Féminisme: je ne suis pas malade, je suis lucide

«Dans la foulée des mouvements #MeToo, #BalanceTonPorc, #MoiAussi, #EtMaintenant, #TimesUp et autres appels à la liberté de parole et de dénonciation s’exprime une nouvelle conscience collective», selon l'auteure.
Photo: Jason Redmond Agence France-Presse «Dans la foulée des mouvements #MeToo, #BalanceTonPorc, #MoiAussi, #EtMaintenant, #TimesUp et autres appels à la liberté de parole et de dénonciation s’exprime une nouvelle conscience collective», selon l'auteure.

Au lendemain de la Marche des femmes, qui a rassemblé des centaines de milliers de manifestant·e·s aux quatre coins de la planète, force est de reconnaître le chemin parcouru en faveur de l’égalité, mais aussi que l’année qui vient de se terminer a amplifié la montée d’une nouvelle culture féministe qui, plus que jamais, revêt des airs universels.

 

Dans la foulée des mouvements #MeToo, #BalanceTonPorc, #MoiAussi, #EtMaintenant, #TimesUp et autres appels à la liberté de parole et de dénonciation s’exprime une nouvelle conscience collective, un ras-le-bol des comportements discriminatoires, sexistes et abusifs envers les femmes. Cette conscience s’exprime aussi avec son lot d’amalgames, qui met dans le même panier un imposant éventail de comportements dorénavant jugés socialement intolérables.

 

Sur ce plan, toutefois, on assiste aussi à une polarisation du débat, lequel, n’en déplaise à certain·e·s, est nécessaire. Sans cadre, sans prescription, sans l’absence d’un consensus définissant les frontières de l’acceptabilité, c’est toute la sphère relationnelle entre hommes et femmes qui est remise en cause, voire l’ordre social. À la base, notre message est simple : nous en avons assez, nous mettons à bas la culture sexiste. Nous exigeons un changement radical, qui s’est trop longtemps fait attendre, des conventions sociales. Nous voulons nous exprimer et, surtout, être comprises. Le féminisme a un nouveau visage. Ne nous percevez surtout pas comme des femmes en colère. Comprenez que nous sommes déterminées.

 

Ce vaste mouvement social se traduit par une prise en charge, une prise de parole, une nouvelle liberté d’expression, portée par une nouvelle génération de voix féministes. Nous nous inspirons des batailles menées par nos pionnières, certes. Mais nous en amplifions la portée en nous réappropriant l’espace public. Nous voulons les hommes à nos côtés. Nous exigeons que la quête universelle pour l’égalité ne se trame plus sur fond de bataille, mais que nous fassions front commun. Le féminisme, ce n’est plus un débat par et pour les femmes. Il ne s’agit pas de nous rassembler entre femmes et de faire du renforcement positif. Nous l’avons compris il y a longtemps. S’il a fallu que ce tsunami de dénonciations inonde l’espace public et la Toile, l’auditoire n’en aura été que plus vaste et l’opportunité d’effectuer de réels changements n’en est qu’accrue.

 

Ne pas sombrer dans la victimisation

 

On ne peut certainement plus parler de féminisme en termes de « condition » féminine, qui renforce implicitement l’inégalité entre les sexes plutôt que de miser sur l’impératif égalitaire. J’ose croire que cette époque sémantique est révolue. Ne sombrons pas non plus dans la victimisation. Changeons notre discours, notre approche. Exprimons nos quêtes pour ce qu’elles sont : l’avancement des femmes. Pas question non plus de parler de « tolérance » quand on parle de diversité et de vivre-ensemble. J’ose croire que les choses ont changé. Que nous pouvons nous diriger vers l’avenir avec positivisme. L’avancement des femmes passe par une réalisation et une compréhension collective du fait que l’état des choses actuelles est archaïque. […]

 

Par contre, j’appelle aussi à la vigilance. Le simple choix des mots importe sur la direction et l’impact d’un tel mouvement collectif. Les propos de Margaret Atwood ou de Julius Grey, évoquant une sorte de chasse aux sorcières et la nécessité d’établir un cadre de dénonciation plutôt que de permettre les amalgames, ont soulevé les passions. Pourtant, ils ont dit tout haut ce qu’une bonne partie de la population pense tout bas : oui au consensus unificateur et dénonciateur ; non au lynchage populaire qui ferait fi de la présomption d’innocence qui régit notre démocratie. Aucun mouvement populaire ne peut fonctionner de façon légitime et pérenne sans cadre clair et défini. Évitons à tout prix l’« un pas en avant, deux pas en arrière ».

 

Pour moi, être femme n’est pas une condition. Je ne suis pas malade. Je suis lucide. Je suis ambitieuse. J’oeuvre au quotidien pour l’atteinte de l’égalité de droit et de fait. Pour mon avenir, celui des générations futures. Les choses doivent changer. Le dialogue entre les hommes et les femmes est nécessaire, libre des stéréotypes qui ont trop longtemps défini les conventions sociales et régi nos relations. L’ère dominant-domin·é·e est révolue. Nous avons une occasion en or de véritablement faire avancer les choses, ensemble. Tâchons d’en faire bon usage.

 

Ne nous percevez surtout pas comme des femmes en colère. Comprenez que nous sommes déterminées.

6 commentaires
  • Robert Sarrasin - Abonné 24 janvier 2018 09 h 00

    #F-H égalitaires

    Réflexion bien articulée.
    Le féminisme a une longue histoire, marquée par la lutte contre la discrimination, ouverte ou larvée, des systèmes sociaux et de leurs idéologies. Du fait que ceux-ci reposent historiquement sur le pouvoir des hommes, cette lutte a pris très souvent l’allure d’un affrontement homme-femme. La dynamique interne des combats a fait en sorte de figer parfois le discours féministe (sans que ce soit forcément voulu au départ) dans cette posture d’affrontement et plus récemment, sous l’influence de certaines idéologies, de le faire dégénérer en entreprise de démonisation du masculin ; en réalité, un tel clivage est susceptible de cristalliser les situations qu’on aimerait au contraire modifier ou éliminer.

    Maintenant, pour que se réalise le changement de mentalité et de comportement que les vibrations autour de #MeToo ont mis en lumière, il faut que toutes et tous poussent dans la même direction. Cet objectif exige un discours féministe qui, sans renoncer à la vigueur nécessaire, soit plus rassembleur, axé davantage sur la promotion d’une vision commune, un féminisme égalitaire, justement. Comme modèle de relation face à l’empire du porno, à la guerre des sexes ou à la méfiance-indifférence réciproque, c’est la seule alternative crédible, la seule aussi à laquelle les hommes puissent pleinement s'identifier.

  • Yvon Bureau - Abonné 24 janvier 2018 09 h 37

    Habitons le même pays,

    la Personnie. Au pays des Personnes.

  • Jean-Sébastien Garceau - Abonné 24 janvier 2018 11 h 50

    Il faudra sans doute le dire au 1% et même à ces 8 personnes ...

    Que "L’ère dominant-domin·é·e est révolue."
    Avec un tel découpage, l'égalité de droit et de fait, c'est pour la fin du capitalisme financier actuel et ses immenses moyens de reproduction (les grandes familles richissimes).
    On aura, comme de fait, besoin de beaucoup d'ambition pour éviter de les servir également. Comme quoi, l'égalité, ça peut être une égalité dans la servitude ou ça peut être une égalité qui vise vraiment l'émancipation de tous.
    Mais voilà, il y a beaucoup de larbins qui aiment tellement la servitude qui en viennent à détester toutes celles et ceux qui osent remettre en question les conditions actuelles de notre servitude économique. Ça serait "naturel", une question de "talent" ou de "paresse". Et à ceux-là comme les autres, il faudra répéter votre phrase :
    Que "L’ère dominant-domin·é·e est révolue."

  • Jean Gadbois - Abonné 24 janvier 2018 21 h 38

    Quel est le lien entre maladie et féminisme?

    Un peu de formation de l'esprit pourrait générer une pensée plus claire... ça va en se dégradant de ce côté, non?

    • Michèle Cossette - Abonnée 25 janvier 2018 13 h 03

      C'est que la démonstration de madame s'appuie sur un anglicisme. En anglais, le mot « condition » signifie, entre autres, « maladie ». Donc, jeu de mots, qui n'a aucun sens en bon français, sur la condition féminine...

  • Solange Bolduc - Abonnée 24 janvier 2018 23 h 44

    Des mots, des mots, et quoi encore ?

    Je n'arrive pas à comprendre où vous voulez en venir ? Qu'il s,agisse de faire partie d'une jeune génération de féministes, je veux bien ! Mais cela veut dire quoi être lucide? Que les féministes des années 70 ne l'étaient pas, que vous l'êtes davantage, et surtout atteintes d'aucune maladie, mais de quelle maladie, parlez-vous ? Vous me donnez l'impression de dire ce qui , pour vous, est indicible, tellement vous ne savez au juste comment exprimez l'indicible ? Une réaction aux mouvements que vous mentionnez, ici, mais dont vous ne savez au juste quoi en faire, par manque d'expérience dans le domaine? Ou par simple besoin de contester sans savoir ce que vous contestez? De la clareté aiderait à mieux saisir votre propos !