La fin du «boys’ club»

Malgré ce courant fort où les femmes peuvent enfin prendre la parole et dénoncer les comportements inappropriés, personne du milieu des affaires ne s’est encore levé pour encourager nos employées à dire que ça suffit, déplore l'auteure. 
Photo: Spencer Platt Getty Images Agence France-Presse Malgré ce courant fort où les femmes peuvent enfin prendre la parole et dénoncer les comportements inappropriés, personne du milieu des affaires ne s’est encore levé pour encourager nos employées à dire que ça suffit, déplore l'auteure. 

Cher boys’ club, depuis plusieurs semaines déjà, chaque jour apporte une nouvelle dénonciation de harcèlement sexuel, de gestes inappropriés ou d’abus de pouvoir. Le monde artistique est celui qui a surtout été touché jusqu’à maintenant. Sans lien direct avec le mouvement #metoo mais tout de même avec un timing « assez pas pire » merci, Florent Francoeur, ancien président de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, a été radié à vie pour des gestes inacceptables commis contre ses propres employées. Et malgré ce courant fort où les femmes peuvent enfin prendre la parole, dénoncer, rejeter les comportements n’ayant pas de sens, tenter de réparer des blessures importantes, dire haut et fort qu’assez c’est assez, personne du milieu des affaires ne s’est encore levé pour encourager nos employées de tout niveau à dire que ça suffit.

 

Pourquoi ? Parce que nous sommes principalement gérés par des boys’ clubs. Et à toi, cher boys’ club, je veux te dire ceci.

 

Quand tu m’as demandé de montrer mes seins de façon insistante en échange du mot de passe du serveur dont j’avais pourtant besoin, tu m’as humiliée.

 

Quand tu m’as forcée à licencier une employée féminine compétente plutôt qu’une autre moins expérimentée mais qui avait « un esti de beau décolleté », tu as outrepassé ton pouvoir de gestion, mais aussi le gros bon sens.

 

Quand tu acceptes uniquement la séduction comme moyen d’influence des femmes qui t’entourent, cadres et non cadres, tu méprises leurs compétences et leur talent.

 

Quand tu m’as traitée de prude ou « d’esti de coincée » quand je t’ai signifié que tes jokes de foufounes et tes références incessantes à caractère sexuel me rendaient mal à l’aise et n’avaient pas leur place dans nos discussions, tu as rejeté mon jugement et mon droit à un milieu de travail sain.

 

Quand, dans ma fonction de gestionnaire des ressources humaines, tu m’as empêchée d’aller au fond de dossiers qui sentaient le harcèlement sexuel à plein nez, tu m’as fait manquer à mon devoir professionnel et tu as brisé la confiance que ces femmes pouvaient avoir envers la fonction, chez vous et ailleurs.

 

Je suis quand même choyée, cher boys’ club, j’ai quand même eu l’occasion d’oeuvrer pour des gestionnaires formidables au cours de ma carrière. J’ai eu la possibilité d’enquêter dans des dossiers de harcèlement sexuel et de faire cesser ces comportements au sein d’entreprises qui comprenaient que des jokes de saucisses, de sous-marins ou des demandes sournoises de bisous dans le backstore, ça ne tenait pas la route. J’ai eu le privilège immense de ne jamais perdre mon emploi pour une raison d’abus de pouvoir.

 

Cela ne veut pas dire, cher boys’ club, que tu ne m’as pas écorchée maintes fois, tant en début de carrière que dans des rôles de direction. Et ce que je tiens à te dire aujourd’hui, c’est que ton règne achève, cher boys’ club. Ces femmes que tu manipules, que tu humilies, dont tu abuses, je les crois. Et je les invite à se lever à leur tour et à dire qu’assez c’est assez.

 

Mesdames, la parole est à vous. Et je ne suis pas la seule qui vous écoute en ce moment.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 22 janvier 2018 00 h 49

    et dire qu'a une époque on parlait de big brother

    des organisations d'un autre âge, comme ont disparus les clubs macons, le monde avec son 1% de nanties n'en est plus là, le pouvoir est maintenant detenu par des systemes mondialisés , que voulez-vous que des gens de bonnes fois fassent devant le pouvoir d'Amazone ou de Microsoft , il ne nous reste plus qu'a obéir juqu'a la grande débandade finale