De la couverture du jazz d’ici et d’ailleurs

Le saxophoniste John Coltrane
Photo: Archives Agence France-Presse Le saxophoniste John Coltrane

Musiciens jazz et amateurs de jazz du Québec, lecteurs du journal Le Devoir, prière de lire. À la lecture du cahier culturel du journal Le Devoir (journal dont je suis une fidèle lectrice depuis 20 ans), où l’on traite, tel qu’à l’habitude, de l’actualité culturelle québécoise : sorties cinéma, théâtre du moment, concerts classiques, spectacles chansons, expositions, multiples entrevues avec les acteurs culturels… je me suis étouffée (encore une fois) !

Je lisais, je m’instruisais sur ce qui se passe en ce moment à Montréal, je tournais les pages et… PAF ! Un coup à la figure, un brûlement d’estomac soudain… NON, PAS ENCORE ! Car à quoi avait-on droit au sujet du jazz ? À un article sur John Coltrane et Benny Golson ! Évidemment, je n’ai rien contre ces génies américains (dont un est décédé en 1967), là n’est pas la question… Et on nous sert en prime quelques petites mentions dans le bas de l’article traitant de Ben Riley, Chick Corea (ils l’ont tu l’affaire, les Amaricains ? !) et du catalogue ECM… Bref, RIEN. RIEN DE RIEN. NADA. ZÉRO. Pas même une seule miette sur les concerts de la semaine en jazz au Québec et les acteurs et actrices d’ICI (alors qu’il y aurait eu matière, et ce, chaque semaine !).

M. Truffaut persiste et signe. Vraiment, c’est franchement désolant. J’ai mal à ma communauté, comme trop souvent en lisant ce journal que j’apprécie pourtant dans toutes les autres sphères… Ça suffit. Ça fait des années que cela dure. Les artistes créent, s’activent, se démènent, mais si les médias n’en parlent pas, ne mettent pas le public au parfum de ce qui se passe, c’est la fin garantie. Plus de curiosité et d’appui envers ce qui se fait ICI, de grâce !

* Cette lettre a été appuyée ou co-signée par : 
Michel Rivard : auteur-compositeur 
Gilles Bélanger : auteur-compositeur (12 hommes rapaillés)
René Lussier- guitariste, compositeur 
Patrice Desbiens : poète
Claude Duhamel : réalisateur radio- Espace Musique
Pierre Labbé : saxophoniste, producteur (Sacré Tympan)
Rodney St-Éloi : écrivain, poète
Robert Leroux : président du Conseil Québécois de la musique
André Marchand : chanteur- Charbonniers de l’enfer
Éric Champagne : compositeur
Phillipe Ochem : journaliste/écrivain JazzMagazine (France)
André Leroux : saxophonsite
Jean-Pierre Zanella : saxophoniste
Jacques Kuba Séguin : trompettiste-compositeur 
Judy Servay : Propriétaire du resto Robin des Bois
Sienna Dalhen : chanteuse
Michel F. Côté : compositeur (danse)
Felix Stussi : pianiste / compositeur

Réponse de Serge Truffaut

À la lecture d’une de mes récentes chroniques, Mme Trudel a eu un moment de colère, si j’ai bien compris la vulgarité de son propos sur Facebook, après avoir réalisé que l’essentiel de mon texte était consacré à un documentaire sur John Coltrane et au dernier disque de Benny Golson. Bien. J’ai une certitude : pour l’ami-lecteur-qui-achète-Le-Devoir, le sujet de la semaine, du mois, c’était eux. On notera qu’elle qualifie le sujet, donc Coltrane et Golson, de « same old s… ». Que Coltrane, l’auteur de Stars Fell on Alabama, soit réduit à une… L’âme sensible au combat des droits civiques dont il est question dans le film appréciera.

Ensuite, elle affirme que je cultive une « obstination » à parler de sujets « hors Québec. » Ah bon ? Là, le sophisme à la base duquel elle a articulé son affirmation sur un ton si militaire que je me suis mis au garde-à-vous m’a sidéré. Une fois remis, j’ai retenu qu’au cours des récents mois, j’ai traité des albums de Rémi Bolduc, Chantal de Villiers, Pierre Tanguay, Michel Donato, Yves Léveillé, Jean Derome, Jean-Pierre Zanella… Sans oublier nos amis anglophones de Montréal et d’ailleurs au Canada : Kevin Dean, Dave Turner, Corey Weeds, Jerry Granelli, etc.

Ami lecteur, je vais faire une confidence : j’achète 90 % au moins des disques dont il est question dans mes chroniques. Toujours est-il que j’ai adopté cette position qui me distingue de la grande majorité de mes collègues afin d’avoir une idée très précise des prix et des réseaux de distribution. Résultat ? Trois disquaires sont en fait mes principaux « pushers » de CD. C’est eux qui, tous les mois, me précisent VOS goûts. Bref, Madame Trudel demandant ma tête, elle devrait également, puisqu’elle est habitée par la volonté de châtier, exiger aussi celles de ces gentils disquaires. Amen !

4 commentaires
  • David Cormier - Abonné 17 janvier 2018 16 h 09

    Plus de place au jazz d'ici

    On aimerait en effet que Le Devoir accorde une plus grande attention à la scène jazz locale. Mais maintenant, que dire de l'émission Quand le jazz est là, sur les ondes d'ICI Musique? Non seulement y fait-on rarement jouer le jazz d'ici, mais on y entend peu de jazz tout court! On préfère plutôt nous servir des versions "jazz" de tubes des Beatles et de Michael Jackson. Imbuvable. On est loin de l'époque d'Escale Jazz avec André Vigeant.

    • Claude Paradis - Abonné 18 janvier 2018 09 h 44

      Je vous donne raison!

  • Yves Lanthier - Abonné 18 janvier 2018 08 h 53

    Catégorie Opinion

    Je viens de googler [Serge Truffaut] et j'ai vu qu'il a reçu un prix Judith-Jasmin Catégorie Opinion en 2012. Sincères félicitations. Un gars de plume, c'est un gars de plume. Cependant, en tant que tel, il faut avoir un peu de tolérance vis-à-vis de quelqu'un qui peut être, par exemple, une fille de scène, en l'occurrence une prolifique compositrice et interprète qu'on voit sur toutes les scènes québécoises où il y a un piano, qui enseigne aussi son art dans l'une des meilleures écoles de musique de niveau collégial, et qui, comme un grand nombre d'artistes, peut facilement avoir un sentiment d'injustice devant la disproportion qu'il y a entre d'immenses sommes de travail et la reconnaissance occasionnelle qu'on en reçoit. Personnellement, chroniqueur dans un journal qui a tant autorité intellectuellement, j'aurais répondu sans attaquer.
    Je suis persuadé que si Marianne écoutait Truffaut s'essayer au grand jazz, quel que soit l’instrument, elle l'aurait, cette tolérance.

  • Claude Paradis - Abonné 18 janvier 2018 09 h 43

    La difficulté de couvrir la culture

    Si je comprends très bien les motivations de la sortie de Marianne Trudel, je ne partage pas son avis en ce qui concerne le travail de Serge Truffaut (dont la réplique aurait quand même pu être plus nuancée). Comme Mme Trudel, je lis Le Devoir assidûment, pour ma part depuis le milieu des années 80. Régulièrement, je remarque (et le signale au Devoir en privé) qu'il serait souhaitable que la couverture critique de certains domaines soit plus généreuse, plus variée: c'est le cas en ce qui a trait à la poésie, à l'essai littéraire, comme aussi à la musique contemporaine, et peut-être au jazz québécois. J'ai écrit peut-être au jazz québécois parce que, amateur de jazz, je dois beaucoup de mes connaissances dans la musique jazz aux chroniqueurs du Devoir, et en particulier à M. Serge Truffaut. Je reconnais que M. Truffaut nous présente régulièrement des sommités du jazz américains (je n'oublierai jamais le fabuleux article qu'il avait consacré à Charles Mingus dans Le Devoir du 24 décembre 1999), mais je dois aussi lui reconnaître qu'il m'a fait découvrir bon nombre de musiciens de jazz québécois, dont le contrebassiste Normand Guilbault, les saxophonistes Jean Derome, Yannick Rieu et André Larue, le trompettiste Jacques Kuba Séguin ainsi que plusieurs autres... En plus des chroniques régulières de M. Truffaut, je lis des critiques de jazz d'autres chroniqueurs du Devoir, et je suis souvent heureux d'y découvrir quelques musiciens québécois. On pourrait souhaiter une meilleure couverture de l'actualité musicale jazzistique, mais il m'apparaît injuste de cibler le travail d'un seul chroniqueur, un passionné par-dessus le marché. Je demeure plutôt reconnaissant au Devoir de me tenir informé du monde de la musique jazz.