Le meilleur pour nos enfants à l’école

Je comprends les parents d’envoyer leurs enfants à l’école privée subventionnée, car on leur fait croire depuis des années que c’est ce qui est le mieux pour eux, déplore l'auteur. 
Photo: iStock Je comprends les parents d’envoyer leurs enfants à l’école privée subventionnée, car on leur fait croire depuis des années que c’est ce qui est le mieux pour eux, déplore l'auteur. 

Ayant des enfants à l’école secondaire, j’ai plusieurs fois demandé aux profs de cégep s’il y avait une différence entre les élèves provenant de l’école publique par rapport à ceux qui ont fréquenté l’école privée subventionnée (EPS), en ce qui concerne leur capacité de compréhension et leur bagage pédagogique. La réponse est systématiquement non ! C’est normal, c’est le même programme pédagogique !

Alors, pourquoi payer si cher pour envoyer nos enfants à l’EPS ? Pour le milieu de vie ? Pour que nos enfants ne subissent pas de mauvaises influences ? Pourtant, quand nos enfants se retrouveront sur le marché du travail, ils devront côtoyer tout le monde, pas seulement ceux qui se sont payé un milieu de vie privilégié pendant leurs études. Est-ce un service à leur rendre que de ne pas les exposer à la mixité sociale ? Ne devrions-nous pas faire confiance à nos enfants pour faire les bons choix (avec notre aide) ? Ne faut-il pas favoriser leur ouverture d’esprit plutôt que leur cloisonnement ? Le milieu de l’EPS est-il tant dépourvu de mauvaises influences ? J’en doute. L’influence de l’élitisme est également néfaste.

Je comprends les parents d’envoyer leurs enfants à l’EPS, car on leur fait croire depuis des années que c’est ce qui est le mieux pour eux. Pourtant, mes enfants, qui vont à l’école publique, seront sans doute mieux outillés pour affronter la « vraie vie », ayant côtoyé une plus grande variété de gens, de backgrounds différents. Mes filles auront développé une vraie sensibilité à des personnes ayant un parcours plus difficile qu’elles, et j’en suis ravi. Je considère donc que j’obtiens un meilleur service de l’école publique tout en payant moins cher. Le seul vrai désavantage de l’école publique est la qualité des infrastructures, lesquelles ont un grand besoin de réinvestissements. Si on veut le mieux pour nos enfants, c’est là qu’il faudrait mettre de l’argent.

Corriger le tir

Si on compare l’éducation à l’achat d’une voiture, c’est comme si, pour l’achat du même modèle de voiture, on préférait payer plus cher parce que les vendeurs sont mieux habillés, que les autres acheteurs ont plus de classe et que le local du concessionnaire est mieux aménagé. Est-ce que beaucoup d’entre nous feraient un tel choix ? Ça me semble improbable. Il faut changer le discours ambiant que l’EPS est mieux pour nos enfants, car c’est faux ! Peut-être que certains services spécialisés peuvent être mieux offerts par des écoles privées subventionnées, mais c’est le seul cas qui me semble en défaveur de l’école publique. La pression sociale pour l’EPS est un leurre et il est temps de le dénoncer et de corriger le tir.

Même l’argument économique ne me semble pas viable. On m’a souvent dit qu’il en coûterait plus cher à la société si les élèves allant à l’école privée subventionnée (à environ 60 % de ce qu’obtient l’école publique) se retrouvaient à l’école publique. Dans ce calcul, est-ce qu’on tient compte de l’argent perdu par l’école publique pour compétitionner avec l’EPS pour les mêmes élèves ? Est-ce qu’on tient compte du fait que présentement l’école publique a un plus gros pourcentage d’élèves en difficulté que l’EPS et doit donc supporter davantage de services spéciaux ? Ce qui ne serait pas le cas si la très grande majorité de nos enfants se retrouvaient à l’école publique. Dans un tel cas, l’école publique bénéficierait aussi d’économies d’échelle.

De plus, est-ce qu’on considère dans le calcul l’argent supplémentaire dépensé par les parents des élèves de l’EPS, de l’argent qui pourrait être investi ailleurs pour le bien-être de notre économie ? Est-ce qu’on tient compte du coût de l’élitisme et du possible manque d’ouverture d’esprit sur notre société ? Même s’il y avait une économie à faire avec l’EPS, n’est-il pas insensé pour notre société, notre gouvernement, de profiter de l’extrême sensibilité des parents pour le bien-être de leurs enfants pour leur demander un impôt volontaire en retour d’aucun service ? Les seuls vrais gagnants des EPS sont leurs propriétaires. Nous, les propriétaires des écoles publiques, devons réagir, redonner ses lettres de noblesse à l’école publique et exiger un réinvestissement dans ses infrastructures.

15 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 13 janvier 2018 07 h 17

    Tous les éléments....

    Le pourcentage d’obtention du secondaire 5 est-Il le même? L’implication autour de l’enfant est-Il le même? Votre enquête sur les performances au CEGEP est-elle rigoureuse? Le 60 pour cent des montants pour le 100pour cent plus d’enfants accompagné d’une baisse de qualité car maintenant sans compétiteur, est-Il une bonne chose pour l'école public? Les écoles privés roulent-elle sur l’or?

    Vos affirmations manquent de fondement et ne représente qu’une opinion fondée sur d’autres opinions.

    Une vrai enquête sur la différence de performance serait une bonne idée....comme pour notre système de santé. Malheureusement, les systèmes publics aiment bien trop se passer de critique. L’existence de la commission à la santé vient d’ailleurs d’etre abolie. Ça dit beaucoup et on est dans les faits.

    • Bernard Terreault - Abonné 13 janvier 2018 10 h 13

      Aussi bien dans le texte de M. Lauzon que celui de Me. Bertrand, on spécule. Moi-même, mes enfants et à peu prés tout le monde dans ma famille sommes allés au privé. Le bilan est contrasté. À l'Université, nous étions quatre "bolés" dans ma classe, deux venaient du privé, deux du public. Ce que je sais, par contre, c'est que dans tous les pays occidentaux dits avancés, sauf au Québec, l'école privée tient très peu de place. Et pourtant, ces pays se débrouillent pas si mal. Par contre, l'école privée est très répandue parmi la trop peu nombreuse classe moyenne des pays sous-développés. Dans ces pays, comme ici, on ne fait pas confiance à l'école publique. Je suis tenté de conclure que notre classe dirigeante a négligé l'école parce qu'elle savait que, pour ses enfants à elle, il y avait le privé.

    • Jean Richard - Abonné 13 janvier 2018 10 h 22

      « les performances (...) une baisse de qualité car maintenant sans compétiteur... »

      Je crains que vous n'ayez manqué l'essentiel du message et qu'en plus, vous aimiez réduire l'école à une entreprise industrielle en y appliquant le vocabulaire chéri du néolibéralisme de la fin du siècle dernier.

      Ce qui motive trop de gens à envoyer leurs enfants à l'école privée est ici assez bien résumé. Par ailleurs, l'auteur n'a aucunement (et heureusement) parlé de performance, mais de baggage pédagogique et de capacité de compréhension. Ce sont des choses bien différentes.

      Quant à la magie de la compétition, n'y a-t-il pas un brin de naïveté à y croire aussi fort ?

    • Hélène Paulette - Abonnée 13 janvier 2018 12 h 04

      Merci monsieur Richard pour cette judicieuse mise au point.

  • Jean Lacoursière - Abonné 13 janvier 2018 07 h 46

    Le cout de l'éducation privée pour l'État

    L'auteur remarque ceci: "On m’a souvent dit qu’il en coûterait plus cher à la société si les élèves allant à l’école privée subventionnée (à environ 60 % de ce qu’obtient l’école publique) se retrouvaient à l’école publique."

    Chaque fois que j,entends cet argument économique en faveur de l'école privée subventionnée (EPS), j'ai envie de le pousser plus loin: ces élèves allant à l'école privée couteraient encore moins cher à l'État si l'école privée était subventionnée à hauteur de... 0 %.

  • Jacques Jodoin - Abonné 13 janvier 2018 08 h 22

    Tous les éléments...

    Il suffit de parcourir, serait-ce en diagonale seulement, le rapport 2014-2016 du Conseil supérieur de l’Éducation, formé de 75 chercheurs de tous horizons, pour apprécier combien le contenu de cette opinion est tout simplement incontestable.

    Et ce rapport est facilement disponible sur Internet...

    • Monique Bisson - Abonné 13 janvier 2018 13 h 52

      Tout à fait, M. Jodoin, et merci d’appuyer de si belle manière l’opinion de Mme Lauzon que je partage entièrement ainsi que mon mari, professeur de mathématiques au niveau collégial pendant 35 ans.

      Monique Bisson, Gatineau

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 13 janvier 2018 10 h 52

    C'est certain les meilleurs élèves ,obtiennent de meilleurs résultats .Les parents voulant le mieux pour leurs enfants se laissent berner par le palmares des écoles secondaires, sans tenir compte que les EPS sélectionnent leurs élèves. Il serait temps que les écoles privées soient vraiment privées et qu'on cesse de les subventionner.Le gouvernement pourrait transformer certaines écoles en manque de clientèle en école publique.

  • Claude Bernard - Abonné 13 janvier 2018 17 h 50

    L'inébranlable conviction de la certitude

    La conviction semble toujours venir avant les raisonnements.
    Une fois la conviction aquise, elle devient certitude et on se met à la recherche d'arguments irréfragables.
    Ainsi, on parle à la fois d'écrémage des écoles publiques et de résultats équivalents entre celles-ci et le privé : il y a là comme une aporie qui demande explication, je crois.
    On déclarent les parents qui choisissent le privé mal informés et même avoir le cerveau lessivé par de fausses informations.
    Pourtant, sauf erreur, les gens ¨favorisés¨(dont tous les premiers ministres de l'histoire du Québec) sont présumés mieux informés et envoient leurs rejetons dans des écoles ¨favorisée¨; on pourrait y voir une antinomie sans être taxé de mauvaise foi.
    Le rapport du Conseil Consultatif de l'Éducation 2014-2016 fait état de l'avantage des écoles ¨favorisée¨du privé comme du public dans tous les domaines etc...
    Avant de changer un système qui nous fait honneur dans les classements internationnaux (ainsi que le reconnait le Conseil), ne faut-il pas y penser deux fois?