Voir «Rouges» 150 ans après le Dominion de 1867

Les «Rouges» d’hier sont considérés comme les héritiers des Patriotes de la révolution avortée de 1837-1838.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Les «Rouges» d’hier sont considérés comme les héritiers des Patriotes de la révolution avortée de 1837-1838.

Cent cinquante ans après la mise en place du « Dominion » de 1867, les bilans en forme de célébrations se multiplient. On oublie néanmoins trop souvent le fait que, dès le départ, l’idée d’une union canadienne suscitait une vive opposition au Bas-Canada de l’époque, comme du reste dans le Haut-Canada et les Maritimes. Devant les belles promesses, devant l’aplomb sinon l’arrogance des promoteurs du Dominion qui étaient très près des intérêts de la finance et du rail, le parti des « Rouges » s’est illustré par son combat politique contre une « Confédération bâclée », pour reprendre les mots de Louis-Joseph Papineau, prononcés au soir de sa vie.

Or, au cours des derniers mois, des professeurs de plusieurs disciplines et universités se sont rassemblés en collectif pour jeter un regard critique sur les fondements et le fonctionnement du régime constitutionnel canadien depuis 1867. Sans reprendre dans les mêmes termes les objections et les récriminations des « Rouges » à l’encontre du projet d’union fédérale concocté aux conférences intercoloniales de Québec et de Charlottetown en 1864-1865, ce collectif aimerait faire entendre, à nouveau, une voix d’opposition parmi le concert d’éloges et de hourras que ce cent cinquantième anniversaire du « Dominion » s’est jusqu’ici attiré. Si beaucoup des anciennes critiques des « Rouges » ont conservé toute leur pertinence et leur fraîcheur aujourd’hui, il en est d’autres, inimaginables à leur époque, qu’il revient aux universitaires de notre génération de formuler et de porter à l’attention du public.

Les « rouges » d’hier à aujourd’hui

Considérés justement comme les héritiers des Patriotes de la révolution avortée de 1837-1838, les « Rouges » d’hier s’étaient récriés, au parlement du Canada-Uni et dans des assemblées publiques, contre un projet contraire aux intérêts nationaux du Canada français et aux droits démocratiques les plus fondamentaux. Ils ne manquèrent pas non plus de souligner les accointances des promoteurs de l’union avec les sudistes américains. Dirigés alors par Antoine-Aimé Dorion, les « Rouges » regroupaient l’essentiel de ce que le Bas-Canada comptait de républicains, de libéraux progressistes et de démocrates radicaux. Les protestations des « Rouges » ont retenti dans une société sous l’emprise de l’Église, dans un contexte colonial où moins de 15 % de la population jouissait du droit de vote et où les peuples premiers étaient relégués en tant que « Sauvages » dans d’étroites réserves.

Même si, après la fondation du Dominion canadien, le parti des « Rouges » s’est défait, nous croyons néanmoins que leur esprit leur a survécu.

Beaucoup des critiques que les « Rouges » ont formulées à l’encontre du projet canadien de 1867 ont continué de vivre, sous de nouvelles tournures, portées par d’autres figures publiques. C’est avec cet esprit que notre collectif cherche à souligner les visages multiples d’une « confédération » à bien des égards bâclée. Pour ce faire, il faut d’abord approfondir la question du colonialisme comme esprit fondateur et persistant de l’ordre constitutionnel à l’égard aussi bien des peuples autochtones que du Québec, toujours aussi résolument marginalisé dans l’ordre constitutionnel canadien. On pourra se demander si, marqué par l’expérience impériale britannique, le Canada ne présente pas lui-même plusieurs des traits d’un empire libéral, façonné par de puissantes mythologies collectives depuis sa fondation. En outre, le texte de la Constitution de 1867 étant à la fois incomplet et dépassé, les conséquences débilitantes de l’art canadien de la désuétude méritent une attention particulière de même que celles du gouffre croissant entre le modèle de 1867 et les impératifs de la société contemporaine, notamment pour la question de la justice environnementale.

L’union de 1867 a aussi laissé un héritage d’injustice à l’encontre des francophones vivant à l’extérieur du Québec et de résistance linguistique fluctuante au Québec. Et songeons au fait troublant que la grande majorité des textes qui composent la constitution canadienne n’ont toujours pas de version officielle française. Comment alors se projeter dans l’avenir ? C’est pourquoi nous osons cette question : « faut-il en finir avec la Constitution de 1867 » ?

Le groupe organisera un colloque à l’UQAM les 26 et 27 octobre. voirrouges.wordpress.com

7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 octobre 2017 01 h 32

    Comment dit-on: Être né pour un petit pain

    Et, oui, peut-être, avons-nous toujours comptés pour peu, la France n'y a jamais mis toute les énergies nécessaire, tandis que l'Angleterre et les rouges n'ont jamais fait mieux, se pourrait-il que des notre apparition, il en fut ainsi, ce pourrait-il que nous avons toujours été, cette exception, disons- le clairement, dans le contexte, n'avons-nous pas toujours comptés pour peu, trop petit et marginal malgré les énergies déployées, de compter pour quelque chose, comment dit-on, être né pour un petit pain

  • Yves Côté - Abonné 23 octobre 2017 03 h 32

    Mais oui...

    "Faut-il en finir avec la Constitution de 1867 ?"
    Mais oui, bien entendu Mesdames-Messieurs les chercheurs et enseignants.
    Oui et au Québec d'abord.
    Avant les autres parties du Canada et en remplaçant celle-ci enfin par une Proclamation et une Constitution de la République.
    Par et pour les Québécois...

    Merci de m'avoir lu.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 23 octobre 2017 13 h 29

      Il est primordial et urgent d’en finir aves la constitution de 1867 et le rapatriement de 1982 qui continue d’être inéquitable.
      Il semble bien que dès 1867 les Québécois se sont fait avoir par une variété de mystifications et de promesses.
      Puis en 1982, 115 ans plus tard. quand PET et J C ont rapatrié la constitution devant Élizabeth II, encore suite à d’autres magouilles constitutionnelles et promesses non tenues envers le Québec suite au référendum de 1980 et ce dossier national pas plus réglés en 95 malgré le couteux « love-in « préréférendaire .
      L’accession à l’indépendance du Québec sous forme de république et la négociation et la signature d’ententes et de conventions de modus vivendi permettra de ramener un minimum d’équité envers les Québécois et devrait aussi aider à faire respecter les autres francophones vivant au Canada .
      Mais, définitivement les conditions de L’Acte A.N.B. de 1867
      ne conviennent plus à un ensemble de citoyens de diverses nations
      … ce village Gaulois … vivant au Nord de L’Amérique du Nord entre 3 océans

  • Jacques Patenaude - Abonné 23 octobre 2017 09 h 18

    Les rouges défenseurs de la nation?

    Est-ce que je trompe ou bien Papineau, Dorion et les rouges défendaient un projet d'annexion aux États-Unis comme alternative à la "confédération" et que Louis-joseph Papineau dans un discours à l'institut canadien a prononcé le discours sur "les valeurs libérales" qui sert encore aujourd'hui de texte fondateur au parti libéral fédéral?
    Que Laurier successeur de Dorion n'a pas été le plus grands défenseurs des canadiens français et des métis alors francophones de l'ouest Canadien et en Ontario lorsque le français fut interdit par ces provinces anglophones.
    En faire les grands héros de la lutte pour nos droits ne semble une réécriture de l'histoire assez énorme.

  • Claude Bariteau - Abonné 23 octobre 2017 09 h 38

    Des ajouts nécessaires.

    Les auteurs avancent que les sections du Canada-Uni, ex-Haut et Bas-Canada) de même que les provinces maritimes étaient contre une Union élargie, que favorisaient les intérêts de la finance et du rail.

    C'est plus complexe.

    Leur lecture fait fi du contexte dans lequel l'idée d'union élargie prit forme.

    Les craintes de la Grande-Bretagne lors de la guerre de sécession aux États-Unis furent un point décisif. Comme le furent les interventions du gouverneur général Monck, l’approche du député Georges Brown de l’ex-Haut Canada, l’appui de la Grande-Bretagne et celui des descendants de loyalistes aux Sudistes ainsi que la stratégie militaire britannique pour contrer toutes représailles de l’Armée américaine.

    Point à retenir : 1) le parti de Brown, allié à Dorion, change de cap pour devenir promoteur de l’union élargie, 2) la décision d’adhésion du gouvernement du Canada-Uni est prise par les membres de l’exécutif comme pour la Nouvelle-Écosse, seule celle du Nouveau-Brunswick ayant décidé après une élection portant sur l’adhésion, 3) la Grande-Bretagne contribua à la rédaction finale du document et l’approuva après que furent consultés, à sa demande, les élus de l’ex-Bas-Canada au Canada-Uni, 4) le clergé appuyace projet car il fut assuré de contrôler l’enseignement et les services de santé dans la future province de Québec.

    Il est par car contre vrai que le député Dorion et son parti furent exclus du processus de décision et se virent refuser la tenue d’un référendum.

    Dernier point. S’il y a une continuité des idées des « rouges », il y a surtout celle d’une opposition des habitants du Bas-Canada au pouvoir britannique.

    Cette opposition s’exprime par l’appui en 1775 aux Patriots américains, en 1812 par un refus de participer à la guerre de 1812, en 1836 avec le Parti patriote et reprit force au Canada de 1931 avec la naissance de partis « indépendantistes ».

  • Fréchette Gilles - Abonné 23 octobre 2017 11 h 17

    Rouges et rouges

    Les rouges d'aujourd'hui n'ont rien avoir avec les Rouges de 1867. Ces derniers étaient des libres penseurs tentés par le républicanisme. Les rouges d'aujourd'hui ne sont que des tapis fédéralistes sur lesquels les canadiens-anglais s'essuient jouyeusement les pieds.