Le ministre Blais s’acharne contre les plus démunis

Les approches punitives et coercitives privilégiées par le ministre de l’Emploi et de la «solidarité sociale» briment le droit à un niveau de vie décent et sont complètement inefficaces, selon les auteurs.
Photo: iStock Les approches punitives et coercitives privilégiées par le ministre de l’Emploi et de la «solidarité sociale» briment le droit à un niveau de vie décent et sont complètement inefficaces, selon les auteurs.

Le ministre Blais croyait profiter du calme estival pour faire adopter en douce son règlement sur le programme Objectif emploi sans soulever la grogne une fois de plus.

 

Comme bon nombre de groupes et d’intervenants sociaux, nous avons déposé un avis dénonçant clairement les mesures coercitives et les coupes de prestations prévues dans cette réforme.

 

Le tumulte de la rentrée avait donc permis au ministre de continuer à s’entêter à l’abri du jugement du public.

 

Heureusement, une déclaration des directeurs de santé publique de Montréal et de la Montérégie publiée récemment a permis de mettre en lumière l’acharnement irrationnel du ministre Blais envers les plus vulnérables de notre société.

 

Un acharnement plutôt gênant pour son gouvernement, qui s’apprête justement à lancer sa nouvelle politique de lutte à la pauvreté. Un acharnement suspect quand on connaît la dénonciation que faisait François Blais, alors professeur, des mesures coercitives dans son livre vantant l’allocation universelle versée sans conditions (Un revenu garanti pour tous, Boréal, 2001).

 

Non à l’approche punitive

 

Les approches punitives et coercitives privilégiées par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la « Solidarité sociale » n’ont pas leur place. Elles briment le droit à un niveau de vie décent et sont complètement inefficaces. Elles vont à l’encontre d’une politique de lutte à la pauvreté réellement solidaire et de programmes d’aide à l’intégration à l’emploi efficaces.

 

Selon le projet de règlement dans le cadre d’Objectif emploi, une personne seule qui, pour une raison ou une autre, ne peut se conformer au plan d’intervention verrait sa prestation de base de 628 $ par mois amputée de 224 $. Une coupe de plus de 35 % !

 

Imaginez une personne qui accumule les malheurs (perte d’emploi, deuil ou séparation) ou qui, en raison de problèmes de santé mentale non diagnostiqués, n’arrive pas à suivre les contraintes imposées. Comment peut-on prétendre aider cette personne alors qu’on la plonge dans une détresse économique qui ne peut qu’aggraver son isolement social et son état de santé ? La coupe vient amputer une prestation de base qui est déjà largement insuffisante pour combler les besoins essentiels.

 

Le ministre fait fausse route. Les expériences démontrent clairement que ce sont les mesures actives positives qui ont le plus de succès. Elles permettent d’aider les personnes à compléter une formation ou à intégrer le marché du travail.

 

Ce fut d’ailleurs la conclusion de Michelle Courchesne, alors ministre libérale de l’Emploi et de la Solidarité sociale, quand elle a retiré, en 2005, un programme qui obligeait les moins de 25 ans à participer à un parcours d’insertion en emploi.

 

Dans son rapport sur l’application de la loi, elle précisait d’ailleurs que l’obligation de participer au programme avait eu un effet indésirable.

 

C’est pourquoi nous croyons que les services actuels d’évaluation de besoins, de suivi et d’accompagnement personnalisé doivent être améliorés si nous souhaitons favoriser l’intégration au marché du travail du plus grand nombre.

 

Par contre, il faut aussi s’assurer que des emplois de qualité offrant un environnement enrichissant soient offerts à ces personnes. La valorisation du travail passe notamment par nos luttes pour un salaire minimum suffisant et des normes du travail décentes.

 

Enfin, il faut rappeler que plusieurs personnes inscrites à l’aide sociale souhaitant travailler sont victimes de discrimination pour des raisons liées à leur condition physique ou mentale, et même sociale.

 

La lutte contre la discrimination et la promotion de l’accès à la formation en emploi pour toutes et tous sont indissociables d’une politique de plein emploi.

 

Nous invitons donc le ministre Blais à s’inspirer du bon sens démontré en 2005 par sa prédecesseure et à revoir son règlement pour en faire un véritable geste de solidarité sociale envers les plus démunis.

4 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 2 octobre 2017 06 h 47

    Et dire que...

    Et dire que M. Blais défendait l'allocation unverselle!

  • Christian Montmarquette - Inscrit 2 octobre 2017 10 h 02

    Varger sur les pauvres quand on a les poches pleines..


    10 milliards de surplus appréhendés au Québec..

    Cette situation est d'autant plus odieuse, quand on sait que le gouvernement Couillard s'apprête, et ce, après deux pénibles années d'austérité budgétaire, à enregistrer des surplus non pas de 4,5 milliards, mais de 10 milliards!! ..tel que révélé par le Réseau TVA le 19 septembre dernier.

    Sans compter que si l'État du Québec cherche des coupables à taxer pour remplir ses coffres, il devrait faire la chasse aux évadés fiscaux qui détroussent l'État de plus de 34 millards* dans des compagnies offshore plutôt que de s'attaquer aux plus démunis.

    La complaisance des gouvernements, et ce, autant au Québec qu'au Canada face aux multinationales et aux BS à cravate représente selon un estimé conservateur plus de 34 milliards par année!, alors que le budget total des prestations à l'aide sociale est de de 2,7 milliards.

    Christian Montmarquette

    Référence :

    34 MILLIARDS PAR ANNÉE D'ÉVASIONS FISCALES AU QUÉBEC

    Les chiffres démontrent que l'évasion fiscale au Québec est estimée à 25% de l'évasion fiscale au Canada; soit plus de 130 milliards de dollars par année au bas mot.

    * Échec aux paradis fiscaux :

    http://www.echecparadisfiscaux.ca/levez-le-voile/c

    .

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 2 octobre 2017 20 h 02

      D'accord avec vous,alors comment vous faites pour appuyer ce parti
      funeste contre mon PQ plein de bonne volonté,pour piquer des votes en les salissant sans bon sens,vous avez fait fausse route et vous récolterez
      le fruit de vos sottises.Remarquez qu'il est toujours temps de faire amende honorable.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 octobre 2017 15 h 21

    À quand le réveil ?!?

    « Enfin, il faut rappeler que plusieurs personnes inscrites à l’aide sociale souhaitant travailler sont victimes de discrimination pour des raisons liées à leur condition physique ou mentale, et même sociale. » (Luc Vachon/CSD, Jacques Létourneau/CSN, Louise Chabot/CSQ, et Daniel Boyer/FTQ - PrésidentEs)

    Effectivement, mais les autorités et fonctionnaires du MTESS préfèrent comme obéir et s’incliner devant l’autorité ministérielle (ministre et sous-ministres), notamment celle prônée par la perception que saisit, avec enthousiasme, la Droite politique et sociale concernant et les pauvres et la pauvreté ; une perception qui, reposant sur des structures de pensée-action du monde des préjugés défavorables, s’alimente de médisance, d’incohérence et d’acharnement, habituellement déplacés et infondés !

    À quand le réveil ?!? - 2 oct 2017 -