La rondelle ne roule pas pour le français dans la LHJMQ

Est-il acceptable que, dans toutes les équipes québécoises de la LHJMQ, la langue dans laquelle on s’adresse à l’ensemble des joueurs soit l’anglais?
Photo: Francois Laplante / FreestylePhoto / Getty Images / AFP Est-il acceptable que, dans toutes les équipes québécoises de la LHJMQ, la langue dans laquelle on s’adresse à l’ensemble des joueurs soit l’anglais?

Mon refus d’enseigner l’anglais à un jeune Russe recruté par les Saguenéens de Chicoutimi, de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), a permis de faire ressortir un fait peu connu, alors qu’on souligne cette année le quarantième anniversaire de la Charte de la langue française. Lorsqu’on m’a contacté, j’ai d’abord fait part de mon étonnement que, dans un lieu aussi francophone que la ville de Saguenay, ce jeune homme apprenne d’abord l’anglais. On m’a expliqué que l’anglais était la langue de travail de l’équipe. Autrement dit, c’est en anglais que se déroulent les entraînements et que sont émises les directives lors d’un match, et ce, même si la vaste majorité des joueurs sont des Québécois francophones.

Cette directive proviendrait de la LHJMQ elle-même, au dire de son commissaire, Gilles Courteau, à la demande expresse de la Ligue nationale de hockey (LNH). Les arguments évoqués ? La volonté de recruter des joueurs européens, la langue d’usage dans la LNH et, d’après l’entraîneur des Saguenéens, une occasion pour les francophones d’apprendre une langue qui leur ouvrira des portes. En ce qui concerne ce dernier argument, on peut rappeler que le Québec n’est nullement dénué de ressources pour l’apprentissage de l’anglais, surtout chez les jeunes, qui commencent à l’apprendre comme langue seconde dès le primaire et qui s’en servent abondamment sur le réseau Internet. Les possibilités d’immersion pour le perfectionner ne manquent pas non plus. Et Maurice Richard ne le parlait pas lorsqu’il a été embauché par les Canadiens de Montréal.

Après toutes les batailles que nous avons menées pour la reconnaissance du français comme seule langue officielle, est-il acceptable que, dans toutes les équipes québécoises de la LHJMQ, la langue dans laquelle on s’adresse à l’ensemble des joueurs soit l’anglais, alors que le français est la langue maternelle de près des trois quarts d’entre eux ? Dans la Ligue continentale de hockey (KHL), le Lokomotiv de Iaroslavl compte cinq joueurs étrangers, dont le Québécois Maxime Talbot. L’équipe a-t-elle recours à l’anglais comme langue principale ? Aucunement. J’ai téléphoné pour vérifier. La langue des entraînements est le russe. La minorité doit s’adapter.

Mauvais signal

Il faudrait donc angliciser toute la LHJMQ parce qu’on y trouve quelques joueurs étrangers dans chaque équipe ? Et parce que moins de 10 % iront dans la Ligue nationale ? Faudra-t-il bientôt imposer l’anglais aux équipes de la Ligue midget AAA pour préparer les joueurs qui seront plus tard sélectionnés par la LHJMQ ? Autrefois, dans les conseils d’administration, la présence d’un seul anglophone suffisait pour que l’anglais devienne la langue utilisée dans les réunions. Avons-nous fait tout ce chemin depuis l’adoption de la Charte de la langue française pour en arriver là ? Quel signal donnons-nous à tous ces jeunes, et en particulier aux francophones ? Volontairement ou non, on leur dit que la seule langue qui compte vraiment est l’anglais.

Cette situation n’est pas sans rappeler, mais en sens inverse, la fameuse bataille des « Gens de l’air », au milieu des années 1970. Jusque-là, on interdisait aux pilotes et contrôleurs aériens francophones de communiquer entre eux dans leur propre langue. Le gouvernement invoquait des raisons de sécurité. Devant l’ampleur des protestations, le gouvernement fédéral a finalement cédé et le français est permis depuis 1980. Les annales de l’aviation ne font état d’aucune catastrophe causée par l’usage du français.

Ce qui se passe aujourd’hui dans la LHJMQ est d’autant plus inquiétant que cette tendance semble acceptée dans la plus totale résignation. Autrefois, l’anglais était imposé par les autorités coloniales, et nos ancêtres ont su résister avec leurs modestes moyens. Ensuite, il l’a été par les forces qui contrôlaient la finance et l’industrie, mais contrecarré par le réveil des années 1960 et les politiques d’affirmation nationale qui ont suivi. Aujourd’hui, on ne peut que s’attrister de constater, dans le milieu fort symbolique que constitue le hockey au Québec, que l’anglais est imposé par les colonisés eux-mêmes. Peut-on espérer une réaction de la part des partis politiques qui nous représentent à l’Assemblée nationale ?

13 commentaires
  • Eric Vallée - Inscrit 26 août 2017 00 h 28

    Merci monsieur Roche

    Merci de vous êtes tenu debout! Quand ce n'est plus les Anglais, mais les colonisés eux-mêmes qui imposent l'anglais, c'est désespérant.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 26 août 2017 11 h 20

      A part d'etre esclave,qui est pire que d'etre colonisé ?

    • Michel Thériault - Abonné 26 août 2017 12 h 45

      Je suis tellement désespéré de l'attitude de colonisé de mes concitoyens que j'ai cessé de me considérer comme Québécois le jour de l'élection des libéraux en avril 2014. Lorsque nous aurons notre République bien à nous, vous m'aviserez et je reviendrai avec joie sur mes positions d'aujourd'hui. D'ici là...

      Un apatride qui a honte.

  • Yves Côté - Abonné 26 août 2017 05 h 40

    Se tenir debout sur ses patins...

    Se tenir debout, surtout dans la bourasque et sur des patins, n'est jamais chose qui va toute seule.
    Et l'exemple de votre décision risque fort d'être est élogieux en ce sens...
    Vous ne manquez pas de courage, Monsieur Roche.
    Lorsqu'on joue au sein d'une équipe qui veut nous faire passer pour de mauvais joueurs parce qu'on ne le fait pas toujours en se conformant aux directives officielles, il faut créer sa propre équipe pour continuer à être soi-même.
    Ou bien il faut décider de devenir quelqu'un d'autre, juste comme tous les autres.
    D'abord, est-ce que nous voulons pour la LHJMQ ?
    Ensuite, est-ce ce que nous méritons pour elle ?
    Et finalement, en pensant à une autre situation, si nous souhaitons changer par conformisme facile, il faut alors en décider sans que l'autre ne triche. Parce qu'alors ce n'est pas une décision, mais bien une tromperie sur soi-même à laquelle on accepte de se conformer par facilité...

    Mes amitiés les plus républicaines, Monsieur.

  • Gilles Teasdale - Abonné 26 août 2017 09 h 26

    incroyable

    Colons un jour colons toujours.

  • Gilles Théberge - Abonné 26 août 2017 11 h 40

    Le Québec se meurt, parce que la tête est pourrie.

    Elle est devenue incapable de voir plus loin que le bout de son nez.

    Merci monsieur Roche.

    Ce n'est pas tout le monde qui n'en profiterait pas pour faire une autre génuflexion devant l'anglais.

    D'ailleurs, demandons nous, pourquoi les anglais réussissent à nous intimider jusqu'à nier notre langue jusqu'à nous convaincre que c'est pour notre bien.

    C'est tellement vrai que plusieurs articles ce matin dans le devoir sont décourageants.

    Pissous, est-ce congénital... ?

  • Raynald Richer - Abonné 26 août 2017 13 h 04

    Le talent d'abord


    L’entraineur de l’équipe des Saguenéens semble dire que la maîtrise de l’anglais semble nécessaire pour obtenir un poste de joueur au hockey majeur.

    Il est possible que la langue soit un prétexte pour refuser un joueur moins talentueux, c’est peut-être ce qu’il lui est arrivé.

    Par contre, j’ai de la difficulté à croire qu’un francophone qui a du talent ne soit pas recruté s’il ne parle pas l’anglais. Ce serait vraiment un acte de racisme surprenant en 2017 et il faudrait absolument le dénoncer.

    D’après moi, le talent est plus important.

    La preuve, les Saguenéens viennent d’engager un russe qui ne parle ni anglais ni français par contre, il semble avoir du talent.

    • Marc Therrien - Abonné 26 août 2017 16 h 09

      Et ensuite, la négociation en anglais du contrat dans la LNH.

      En tout cas, à moins d'être repêché par le Canadien de Montréal, il aura sûrement besoin d'un bon agent négociateur bilingue pour lui obtenir le contrat qu'il désire ou à tout le moins d'un interprète s'il veut le négocier lui-même. Simple question de lois du marché. La LHJMQ recrute des joueurs qui rêvent d'être repêchés dans la LNH étatsunienne. Très peu de joueurs rêvent d'aller jouer au hockey en français dans la Ligue Magnus en France.

      Marc Therrien

    • Pierre Raymond - Abonné 26 août 2017 16 h 28

      « La preuve, les Saguenéens viennent d’engager un russe qui ne parle ni anglais ni français par contre, il semble avoir du talent. » R. Richer

      Belle preuve ! Il me semble avoir compris qu'il DEVRA apprendre l'anglais... avec M. Roche ou quelqu'un d'autre.

    • Gilles Gagné - Abonné 26 août 2017 21 h 13

      Qu'a à faire le talent dans le sujet discuté? il est question d'aplaventrisme ici et la dénonciation de M. Roche est incontournable dans un Québec où de tristes sires se vendent pour pas cher. Cette attitude de la ligue est inacceptable!

    • Raynald Richer - Abonné 27 août 2017 10 h 11

      Petites précisions :

      Je crois que je me suis mal exprimé ou que j’ai été mal compris ou encore c’est un généreux mélange des deux, mais voici en clair ce que je voulais dire.

      - Je désapprouve que l’on force les joueurs à travailler en anglais sous de faux prétextes.

      - Je crois que l’excuse du recrutement dans la LNH qui est utilisée par l’équipe est incohérente et inadmissible.

      - Je crois aussi que lorsqu’il sera temps de signer un contrat en anglais. Il n’y a pas de raison que ce soit plus difficile pour un francophone que pour un russe.
      Après tout au salaire que gagnent ces joueurs, ils ont les moyens de se payer une traduction ou un avocat bilingue.