Faisons école ensemble

Le taux de décrochage au secondaire reste désespérément élevé, à plus de 25 %.
Photo: David Afriat Le Devoir Le taux de décrochage au secondaire reste désespérément élevé, à plus de 25 %.

J’appuie le Mouvement L’école ensemble lancé le 16 juin par des parents de Gatineau. Cette initiative vise dans un premier temps à nous faire prendre conscience que le système d’éducation que les Québécois se sont donné est atteint d’un mal grave — mais évitable — appelé ségrégation scolaire.

 

Ségrégation. Le mot peut sembler trop fort pour certains. Il évoque le sud des États-Unis ou encore l’Afrique du Sud. Mais le Québec ? C’est pourtant la caractéristique dominante de notre école. En séparant physiquement nos enfants (au secondaire, 21 % sont au privé subventionné et au moins 20 % dans des projets particuliers sélectifs), nous foulons aux pieds le principe d’égalité des chances. Jamais nous, les rédacteurs du rapport Parent, n’aurions pu imaginer une telle démission collective.

 

Les conséquences éducatives, sociales et économiques de cette division entre enfants privilégiés et infortunés sont désastreuses pour le Québec d’aujourd’hui et de demain. Parmi les Québécois âgés de 16 à 65 ans, 53 % sont considérés comme des analphabètes fonctionnels. Les résultats de nos élèves dans les examens internationaux stagnent ou déclinent. Le taux de décrochage au secondaire reste désespérément élevé, à plus de 25 %.

 

Un nouveau public

 

La campagne lancée par le Mouvement a le mérite de sortir des ornières de l’habituel débat sur l’école privée subventionnée en considérant l’ensemble de la situation. Oui, nous avons erré en utilisant l’argent des contribuables pour financer l’école « privée ». Mais le réseau public, en voulant concurrencer le privé sur son propre terrain, celui de la sélection des élèves, a accentué le problème en feignant de ne pas voir ceux qui restent derrière, à l’école dite ordinaire.

 

Or, nous engageant sur la voie de la concurrence, nous sommes allés à l’encontre des conclusions de toutes les études les plus scientifiquement rigoureuses. Celles-ci ont régulièrement démontré depuis plusieurs années les effets positifs des classes hétérogènes, de la « mixité » scolaire et sociale des classes, où les bons et les moins bons se côtoient. Une classe n’est pas animée que par l’enseignant ; la composition du groupe d’élèves y fait beaucoup.

 

Dans une classe mixte, la preuve en a été abondamment faite, les meilleurs élèves créent un effet d’entraînement, dont profitent les élèves moins bons et les élèves en difficulté d’apprentissage. Et cela, il faut le répéter, sans nivellement par le bas et sans que ce soit au détriment des meilleurs, contrairement au préjugé courant. Et je ne parle même pas de l’apprentissage social que représente la mixité scolaire et de son impact sur la cohésion sociale du Québec de demain. C’est précisément la vision défendue par le Mouvement :

 

Une école équitable : tous les fonds publics en éducation doivent profiter au réseau public. Les écoles privées ont le droit d’offrir leurs services, mais sans recevoir de fonds publics.

 

Une école sereine : la sélection des élèves au public doit être stoppée. Cet écrémage qui stresse les familles et érode les communautés n’aura plus lieu d’être dans le nouveau public.

 

Une école commune : le nouveau public sera renforcé par le retour de la plupart des élèves du privé subventionné et celui de tous les élèves des projets particuliers sélectifs. Le maintien des élèves les plus performants au sein d’une classe commune est un facteur déterminant de la réussite scolaire pour tous.

 

Une école efficace : le nouveau public doit consolider l’aide aux élèves en difficulté et développera en plus une offre d’apprentissage enrichie pour les élèves les plus performants. Cet enseignement enrichi pourra prendre plusieurs formes ; les Québécois sont assez créatifs pour imaginer des approches que nous enviera le monde entier !

 

Je vous invite à signer la pétition adressée aux partis politiques en vue des élections d’octobre 2018 sur le site www.ecoleensemble.com. On entend souvent dire que le Québec n’a plus de projet de société. Celui de faire école ensemble, pourtant, nous rassemble et nous ressemble. À nous de nous en saisir.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 19 juin 2017 06 h 36

    … préjugés !

    « Dans une classe mixte, la preuve en a été abondamment faite, les meilleurs élèves créent un effet d’entraînement, dont profitent les élèves moins bons et les élèves en difficulté d’apprentissage. » (Guy Rocher, Professeur émérite et ex-membre, Commission Parent)

    Oui, possiblement, mais il reste du « travail de société » à poursuivre, notamment au niveau de la circulation du monde des préjugés touchant les personnes en difficulté d’apprentissage !

    Oui pour la mixité, mais gare aux …

    … préjugés ! - 19 juin 2017 -

  • Marguerite Paradis - Abonnée 19 juin 2017 07 h 12

    MerciS monsieur Rocher

    J'imagine que vous avez plus de « contacts » que moi avec les décideurs, j'espère que ceux-ci et celles-ci vont vous entendre et agir dans ce sens.
    Soyez assuré que je vais ramer avec vous.
    Marguerite Paradis
    humble chargée de cours

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 19 juin 2017 07 h 19

    Non à la ségrégation

    Merci au mouvement l'école ensemble de défendre l'ensemble des élèves québécois.
    c'est avec enthousiasme que je signe la pétition.

    • Jean-Henry Noël - Inscrit 19 juin 2017 09 h 25

      Je suis tout à fait d'accord : il ne faut pas subventionner les écoles privées. Comment faire pour uniformiser les écoles ? En nivelant par le bas ? Il y aura toujours des élèves fortunés qui peuvent se payer Stanislas ou Brébeuf. Il y aura toujours des individus plus intelligents que les autres. Il y a vngt ans, l'Ecole d'éducation internationale de la Rive-Sud, une école publique, battait allègrement Bréboeuf. Bien sûr, elle faisait une sélection des élèves du primaire. Mais qu'avez-vous contre les «bollés» ?i

    • Benoit Toupin - Abonné 19 juin 2017 11 h 24

      Est-ce les subventions à l'école privée qui posent problème ou le fait qu'elles soient accordées sans condition? Couper le financement public des écoles privées en fera fermer un grand nombre; places élèves financées à 60% que nous devrons remplacer par des places financées à 100%. Il me semble qu'il y a mieux à faire des argents neufs investis en éducation. La théorie énoncée par ce groupe est très intéressante, mais les moyens proposées me semblent questionnables. Soyons fermes sur le principe mais créatifs sur les moyens.

    • Jean-Henry Noël - Inscrit 20 juin 2017 00 h 09

      Monsieur Toupin. Il s'agit d'améliorer les écoles publiques. Les écoles d'éducation internationale en sont un faabuleux exemple. Les autres peuvent le faire aussi. L'éducation commence avec la famille, au primaire,ce qu'exercent les familles de la classe moyenne et moyenne supérieure. Pas toutes cepemdant Il y a aussi l'ADN qui est inné. Je comprends que les familles défavorisées sont incapables d'accomplir cette tache. Il faudrait éliminer les classes sociales. Mais ceci est utopique, car le capitalisme nous en empêche. Que pouvons-nous contre le capitalisme ?

  • Pierre Desautels - Abonné 19 juin 2017 07 h 58

    Un appui majeur.


    Il est à espérer que le PLQ, la CAQ et le PQ prennent le temps d'y réfléchir. Le privé subventionné à 60%, c'est inacceptable. Il faut plutôt réduire graduellement ces subventions et adopter le modèle ontarien. De toute façon, le Québec est mûr pour de nouveaux États généraux sur l'éducation.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 19 juin 2017 14 h 14

      Faut faire quelque chose,autant de décrocheurs et d'analphabetes est une plaie ouverte infectée.Oui aux Etats généraux ou une révolution ,tout
      pour sortir de cette navrante situation dans la formation des futurs citoyens capables de réfléchir et se souvenir.

  • Claude Bernard - Abonné 19 juin 2017 08 h 40

    Le "busing" est un échec

    Retourner de force, combien? 50%? des élèves du privé au public serait une erreur historique, à mon avis.
    Obtenir la mixité dont on parle comme la panacée à tous les problèmes de l'école aura deux conséquences néfastes et injustes pour ses victimes:
    D'une part, les écoles privées seront réservées aux riches et aux écoles religieuses où les Québécois francophones sont sous représentés.
    D'autre part la mixité requerra le "busing" des élèves des quartiers comme le Plateau ou Outremont vers les quartiers comme Hochelaga-Maisonneuve et vice-versa.
    Les résultats de ce transport forcés seront catastrophiques pour tous, comme le prouve l'expérience américaine.
    Dans un monde idéal, la mixité est une excellente chose mais pas quand elle nécessite des déplacements involontaires de population; l'échec est alors garanti.
    Cela aussi de nombreuses études le prouvent.
    Avant de jouer à l'apprenti sorcier évaluons les conséquences pratiques de cette idée théorique.
    Nous la verrons peut-être d'un autre œil.

    • Armand Morissette - Inscrit 19 juin 2017 09 h 46

      Un professeur émérite devient un apprenti sorcier, des données probantes des erreurs historiques, des élèves d'Hochelaga déplacés vers Outremont, et sur ces 50% de nouveaux déplacés, il n'y en aurait aucun qui épargnerait le déplacement.Ô rigueur quand tu nous tient!

    • Dominique Cousineau - Inscrite 19 juin 2017 10 h 29

      C'est mal connaître la réalité montréalaise: les quartiers centraux, en pleine revitalisation, sont désormais des lieux de forts contrastes sociaux et économiques. Le "busing", c'est en ce moment qu'il se produit, alors que des élèves résidents d'Hochelaga-Maisonneuve (notamment) se déplacent vers leurs écoles privées ou à vocation particulière en délaissant l'école de quartier présumée "ordinaire".

    • Claude Bernard - Abonné 19 juin 2017 13 h 07

      Que savons-nous de la composition sociologique et du lieu de résidence des familles qui seraient affectées?
      Rien.
      Quelles certitudes avons-nous qu'il n'y aura pas busing pour la majorité des élèves "nationalisés" pour servir la cause de l'égalité?
      Aucune.
      Qui vous dit que seule Montréal serait affectée, que faites-vous du reste de la Province?
      Quelles classes sociales seront exclues du privé?
      Surement pas les riches et les minorités ultra religieuses.
      L'argument d'autorité a une limite quand on n'a pas les réponses aux questions les plus élémentaires.
      Quelles preuves avons-nous des bienfaits de la mixité quand aucune de ces études n'est citée?
      Qui vous dit que cela s'applique ici?
      Sont-ce des études théoriques ou des expériences effectuées dans la réalité?
      Poser des questions n'est pas interdit en démocratie.
      Ni réfléchir par soi-même.