La science canadienne: renforcer les éléments fondamentaux

«L’attitude du gouvernement Trudeau envers la science est fort différente de celle du précédent gouvernement», note l'auteur.
Photo: iStock «L’attitude du gouvernement Trudeau envers la science est fort différente de celle du précédent gouvernement», note l'auteur.

La technologie est la face visible de la science : le laser dans votre console DVD ou dans la main du chirurgien, le circuit intégré dans votre téléphone intelligent ou votre voiture, l’aimant supraconducteur dans l’imageur par résonance magnétique ou le train à grande vitesse. Pourtant, tous ces dispositifs ont été précédés de longues recherches en science fondamentale : des recherches d’abord motivées par le désir de comprendre la nature plutôt que par un objectif technologique. L’obsession d’hier de comprendre le fonctionnement obscur de la théorie quantique dans le but initial de rendre compte des spectres atomiques a jeté les bases d’une grande partie de la technologie d’aujourd’hui.

Le soutien à la recherche scientifique varie beaucoup d’un pays à l’autre et d’un gouvernement au suivant, comme l’influence de la science sur les décisions politiques. Au cours des 15 dernières années, la proportion du PIB consacrée à la recherche au Canada a baissé de 2 % à 1,6 %, tandis que celle de presque tous les autres grands pays a augmenté. Nous ne faisons plus partie des 30 premiers pays pour le soutien à la recherche et sommes loin derrière la moyenne de 2,38 % pour l’OCDE. De plus, nous avons sensiblement délaissé la poursuite de la recherche fondamentale, les fonds réels disponibles par chercheur ayant diminué de 35 %.

L’attitude du gouvernement Trudeau envers la science est fort différente de celle du précédent gouvernement. Son soutien à la science a dépassé les discours. La nomination de la Dre Kirsty Duncan comme ministre de la Science, l’annonce que le gouvernement désignera un conseiller scientifique en chef, ainsi qu’une augmentation modeste des fonds du CRSNG dans le budget de 2016 pour contrebalancer en partie les années d’austérité sont toutes de bonnes nouvelles.

Un rapport essentiel

En juin 2016, le gouvernement fédéral annonça la formation du Comité consultatif sur l’examen du soutien fédéral à la science fondamentale. Dirigé par C. David Naylor de l’Université de Toronto, le Comité comprenait des gestionnaires d’universités et d’organismes subventionnaires, des leaders industriels ainsi que le plus récent lauréat canadien du prix Nobel, le physicien Art McDonald de l’Université Queen’s. Son mandat « consistait à examiner le système fédéral de financement de la recherche extra-muros ».

Le rapport, publié au mois d’avril dernier, étaie le bilan du soutien décroissant de la recherche fondamentale au Canada décrit ci-dessus. L’impact de cette diminution est substantiel. La production de recherche (mesurée par le nombre d’articles) augmente au Canada, mais plus lentement que dans d’autres pays comparables, ayant chuté à l’échelle internationale de la 7e à la 9e place pendant la période de cinq années se terminant en 2014. Sans un redressement, notre impact scientifique actuel — 6e à l’échelle internationale pour le taux de citations — va rapidement décroître, puisque notre taux d’augmentation est le 15e. Le Canada recule en comparaison de ses pairs.

Toute recherche appliquée dépend de la recherche fondamentale. Pour que le Canada demeure concurrentiel et prospère au XXIe siècle, il est essentiel que le gouvernement tienne compte des recommandations du Comité. Certaines visent à améliorer la supervision et la coordination du financement chez les organismes subventionnaires fédéraux. D’autres traitent du soutien lui-même, recommandant en particulier d’augmenter de 30 % le soutien à la recherche initiée par des chercheurs, pour corriger le déséquilibre produit en « favorisant la recherche axée sur les priorités durant la dernière décennie ». D’autres encore traitent de la formation. Malgré une hausse marquée du nombre d’étudiants, ni la valeur ni le nombre de bourses d’études supérieures n’ont augmenté depuis 10 ans. En tout, le rapport recommande une hausse du budget des quatre principaux organismes de financement de la recherche de 3,5 à 4,8 milliards de dollars par an.

À plusieurs reprises, le gouvernement a montré une attitude positive envers la science et il a indiqué vouloir que la science — les données — éclaire ses décisions. Le Comité a fourni les données. Au moment où le Canada fête ses 150 ans, nous encourageons vivement le gouvernement à mettre en oeuvre, avec courage et vision, les recommandations du rapport Naylor.

* Lettre signée par une vingtaine d’anciens présidents de l’Association canadienne des physiciens et physiciennes:  Melanie Campbell, PPhys, professeur, University of Waterloo; Allan Carswell, professeur émérite, York University et président, Carswell Family Foundation; Walter F. Davidson, directeur, Canadian Isotope Innovations Gordon; F.W. Drake, PPhys, professeur, University of Windsor; Robert Fedosejevs, PPhys, professeur, University of Alberta; Béla Joós, PPhys, professeur, Université d'Ottawa; Gabor Kunstatter, PPhys, professeur, University of Winnipeg; Ronald M. Lees, professeur émérite, University of New Brunswick; Richard MacKenzie, PPhys, professeur, Université de Montréal; Robert Mann, PPhys, professeur, University of Waterloo; Louis Marchildon, PPhys, professeur émérite, Université du Québec à Trois-Rivières; W. John McDonald, professeur émérite, University of Alberta; J.C. Douglas Milton, vice-président (retraité), Atomic Energy of Canada Ltd.; Michael Morrow, PPhys, professeur, Memorial University Allan Offenberger, professeur émérite, University of Alberta Shelley Page, PPhys, scientifique senior, University of Manitoba; Kenneth Ragan, professeur, McGill University; Beverly Robertson, professeur émérite, University of Regina; J. Michael Roney, professeur, University of Victoria; Adam J. Sarty, PPhys, professeur, Saint Mary's University; Michael Steinitz, PPhys, professeur émérite, St. Francis Xavier University; Mike Thewalt, PPhys, professeur, Simon Fraser University

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 16 juin 2017 08 h 49

    Pour, évidemment, mais

    En tant que physicien retraité je ne peux qu'aprouver la teneur de cet appel. Il est cependant étrange que les signataires soient essentiellement des leaders retraités plutôt que des actifs, et que certaines universités réputées en physique, comme Laval et Sherbrooke, ne soient pas représentées.

  • Louis Marchildon - Abonné 16 juin 2017 15 h 52

    Précision

    Comme signataire de cette lettre, je souhaite préciser qu'elle vient d'une initiative de quelques anciens présidents de l'ACP, qui ont par la suite invité les autres anciens présidents à la cosigner. Plusieurs sont retraités. Trois physiciens de l'Université Laval ont déjà présidé l'ACP mais, malheureusement, ils sont décédés.