Lab-école, un projet qui fait des vagues

«La vraie question qu’il importe de se poser, que l’on soit enseignant, parent, ou simple citoyen, est la suivante: quelle école voulons-nous?», questionne l'auteur. 
Photo: iStock «La vraie question qu’il importe de se poser, que l’on soit enseignant, parent, ou simple citoyen, est la suivante: quelle école voulons-nous?», questionne l'auteur. 

La décision d’accorder un budget de 1,5 million de dollars par année — sur cinq ans — pour un projet au titre accrocheur de « Lab-école » n’a pas fini de faire des vagues — à preuve, les nombreuses réactions qu’il suscite ! Les enseignants montent au créneau, se disant, à juste titre, « mis à l’écart d’une démarche qui les concerne au premier chef ». Le ministre de l’Éducation insiste et refuse de remettre en question sa décision de soutenir les trois promoteurs bien connus des médias, mais sans expertise reconnue dans le champ de l’éducation, du moins à ce l’on sache. Voilà où l’on en est ! Alors que les commissions scolaires « grattent le fond de leurs tiroirs » pour trouver l’argent nécessaire à leur fonctionnement, que les enfants en difficulté sont privés de ressources nécessaires pour se développer, le gouvernement québécois trouve le moyen de consacrer une somme considérable à une opération qui a tout du marketing.

 

Les heureux gagnants, trois personnalités publiques, se voient chargés par le ministère de l’Éducation de « développer les concepts des écoles québécoises du futur, de concevoir un milieu de vie sain qui donne aux enfants le goût d’apprendre ». L’école deviendra, selon le désir du ministre de l’Éducation, « un lieu de partage et de création ». C’est là une bonne intention que tout le monde partage. Faut-il rappeler cependant que cette « nouvelle école », si l’on peut dire, ne saurait s’édifier uniquement sur la base de la socialisation des jeunes et de leur bien-être matériel ? Il faut aussi leur donner l’occasion de développer leur intelligence, une vraie soif d’apprendre, un goût de l’effort. La préparation des jeunes à l’avenir qui les attend doit passer par là.

 

« Quelle école voulons-nous » ?

 

Ces éléments capitaux de la formation sont laissés pour compte par les responsables du projet chargés d’une mission plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. L’édification de l’école de l’avenir devrait commencer par une analyse approfondie de l’école actuelle. Elle requiert une mise en commun des visées des agents de l’éducation, enseignants, chercheurs du champ scolaire, des gestionnaires et, bien sûr, des parents. Le projet dont il est question ne nous permettra pas de faire l’économie d’une réflexion de fond sur ce que nous attendons de l’école d’aujourd’hui après toutes les dérives d’une réforme dont les bases laissent toujours à désirer.

Avant de réinventer l’école, il faudrait lui permettre d’accomplir sa mission

La vraie question qu’il importe de se poser, que l’on soit enseignant, parent, ou simple citoyen, est la suivante : quelle école voulons-nous ? La dernière réforme québécoise faisait déjà le procès de l’école, dite traditionnelle, qui mettait trop l’accent sur la transmission des savoirs et proposait une autre école qui, elle, se réclamait de la centration sur l’élève avec les résultats que l’on connaît : retard scolaire, augmentation du nombre des élèves en difficulté d’apprentissage et d’adaptation, etc. Depuis des années, une pensée unique s’inscrit dans le cerveau des décideurs scolaires, celle de l’approche par compétences (APC). Plusieurs analyses démontrent les limites de cette approche, notamment en ce qui concerne les élèves en difficulté. Et pourtant, elle n’a été que vaguement revue et corrigée ! Mais que fait-on pour rectifier le tir ? Ce serait, il faut en convenir, la meilleure façon de s’assurer de la réussite des élèves, tous niveaux scolaires confondus.

 

Revenir aux fondements, réviser les théories à la base des programmes d’enseignement, prendre en considération les conditions de la fonction enseignante, la formation des futurs enseignants, etc. Les moyens pour y arriver sont bien connus, mais encore faut-il se donner la peine d’y recourir à bon escient. Viser la réussite scolaire est un objectif très noble, mais encore faut-il s’appuyer sur une réflexion en profondeur. Avant de vouloir « réinventer l’école », il faudrait se donner la peine de la connaître telle qu’est actuellement, et lui permettre d’accomplir sa mission ! L’idée de se projeter dans l’avenir peut colmater pour un temps les difficultés du présent, mais ce n’est qu’un leurre ! L’OCDE et bien d’autres organismes ont proposé différents scénarios de l’école du futur tout en avouant que ces projections laissaient place à beaucoup d’imprévus. Comme l’écrivait Hannah Arendt, cette célèbre philosophe qui avait beaucoup réfléchi sur l’éducation, étant elle-même enseignante, « personne ne peut se porter garant de l’avenir ».

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 4 avril 2017 07 h 18

    Les enseigants en premier

    Personnellement ,j'aurais de beaucoup préféré que l'école soit pensé par des professionnels de l'éducation ,plutôt que par des vedettes dont les enfants n'ont probablement jamais fréquenté l'école publique.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 avril 2017 10 h 41

      Au contraire, c'est à ces pauvres riches qu'il faut offrir la possibilité de corriger notre réseau public pour qu'ils ne soient plus obligés d'envoyer leurs enfants au privé. Leur rédemption subventionnée profitera à tout le monde, par la bande, peut-être :)

  • Claude Girard - Abonné 4 avril 2017 10 h 34

    Voyons-y

    Le projet « lab-école » n’est pas à rejeter. Il s’agira maintenant de voir quels types de liens seront établis avec les milieux de l’éducation. Il y a eu, dans le passé, des réalisations intéressantes qu’il vaudrait la peine de revisiter.

    J’ai été commissaire pendant une vingtaine d’années et j’ai participé à des comités pour recommander (après évaluation) des firmes de professionnels pour la construction d’une nouvelle école. À quelques reprises, ce comité a privilégié les professionnels qui mettaient en valeur les espaces communs, leur facilité d’accès pour la communauté, l’éclairage naturel, l’environnement. Ainsi, nous avons eu la construction de très belles écoles parce ces firmes de professionnels performaient davantage en qualité à chaque concours. Mais, malheureusement, la commission scolaire évitait autant que possible d’aller en appel d’offres publiques sous prétexte que nous avions trouvé une bonne firme de professionnels. On préférait conclure des contrats de gré à gré prétextant qu’un appel d’offres public « ne servirait pas l’intérêt public ».

    Un autre exemple : l’aménagement d’une école. En 1995, notre école du village (5000 h.) a été agrandie et, suite aux modifications, l’ancienne salle qui permettait la récréation des élèves à côté des toilettes ne servait plus à grand-chose. Avec un conseiller municipal, nous avons développé l’idée d’une bibliothèque scolaire-municipale. J’ai écrit le protocole après avoir consulté un fonctionnaire du ministère de la culture compétent dans ce domaine. La commission scolaire fournissait cet espace légèrement modifié et la municipalité fournissait le personnel et le mobilier. La bibliothèque était ouverte pour les citoyens et les élèves; aucune réservation de l’horaire pour les adultes ou les enfants. Résultats : les abonnés se sont multipliés, chaque classe bénéficie d’une période hebdomadaire à la bibliothèque, des projets ont émergé comme des jeunes qui avaient pour mission de lire un livre et de le racon

  • Cyril Dionne - Abonné 4 avril 2017 17 h 11

    L'école commence à la maison

    Tout le monde n’a pas encore compris que l’école commence à la maison. Les cinq premières années de la vie d’un enfant sont les plus marquantes. Le milieu socioéconomique de son milieu familial dictera, plus souvent qu’autrement, si l’élève réussira à l’école ou non. Vous avez des élèves qui réussissent à bien tirer leur épingle du jeu à l’école alors que d’autres, qui sont génétiquement plus intelligents, seront les premiers décrocheurs. Si nos érudits de Lab-école auraient plus ou moins étudié le milieu scolaire, ils comprendraient cette équation. On n’intervient pas à l’école, mais bien avant et c’est à la maison qu’il faut le faire. La stimulation cognitive a plus d’impact dans le milieu familial.

    L’autre instance complètement oublié dans toute cette histoire d’élitisme, c’est la place du monde numérique à l’école et dans notre société. La technologie bouleversera non seulement le paradigme des écoles, mais aussi la façon de faire, robotisation et intelligence artificielle obligent. Et sur ce point, ce ne sont certainement pas les gouvernements qui résoudront cette énigme. Le concept « école » risque de disparaître sous sa présente forme pour plusieurs raisons variées. Des belles petites écoles, dont on ne chiffre pas les coûts, demeurent un rêve chimérique.

    Alors, pour nos amis en quête de publicité gratuite dont la plupart envoient leurs enfants dans les écoles privées, gardez-vous une p’tite gêne. Vous faites le jeu des libéraux en voulant cacher la forêt avec un arbre. Si vous voulez aider les gens, commencez par aller à la source, la maison.

  • Monique Bisson - Abonné 4 avril 2017 18 h 10

    La mission avant tout!

    Merci, M. Boutin, pour cette mise au point des plus nécessaires dans un Québec qui n'en peut plus de toutes ces idées pour réinventer l'école, alors que tout est dit dans ces deux petites phrases chargées de tout le poids du mot « éducation », et ce, pour le développement de nos enfants : « Il faut aussi leur donner l’occasion de développer leur intelligence, une vraie soif d’apprendre, un goût de l’effort. La préparation des jeunes à l’avenir qui les attend doit passer par là. »

    Monique Bisson, Gatineau