Martine Ouellet, indépendante à Québec et chef du Bloc québécois

Martine Ouellet
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Martine Ouellet

Dans sa chronique du 20 décembre, Michel David, du Devoir, juge, tout comme Gilles Duceppe, qu’il serait « incompatible » que Martine Ouellet dirige le Bloc québécois tout en siégeant à l’Assemblée nationale.

 

Pour illustrer son propos, il écrit : « Imaginez le tollé si un député de la Chambre des communes avait pris la direction d’un parti représenté à l’Assemblée nationale, par exemple le Parti Égalité, qui se voulait jadis le défenseur des droits des anglophones. On aurait immédiatement crié à l’intrusion fédérale et au conflit d’intérêts. » Bien sûr que les souverainistes auraient crié à l’intrusion fédérale, et cela aurait été de bonne guerre. Mais la question qu’on doit se poser est celle-ci : quelle aurait été la réaction de la communauté anglophone ? Parions qu’elle y aurait applaudi.

 

Plus de 50 ans de lutte pour l’indépendance du Québec — en ne tenant compte que de l’histoire récente — nous ont appris que les fédéralistes considèrent que tous les moyens sont bons dans ce qu’ils décrivent comme une « guerre ». On se souviendra des propos de Jean Pelletier, bras droit de Jean Chrétien, qui expliquait, dans une entrevue accordée au Soleil (14 janvier 2009), pourquoi les fédéralistes n’avaient pas respecté la loi québécoise, lors du référendum de 1995: « On s’est fiché très franchement du comité du Non. […] Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire. […] Quand on est en guerre, on va-tu perdre le pays à cause d’une virgule dans la loi ? »

 

Le projet de Martine Ouellet n’est pas de cette nature. Il n’est pas illégal et ne contrevient pas à l’éthique, ce qu’a reconnu le commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale, dans l’avis que Martine Ouellet lui a demandé.

 

D’autres rétorquent que cette dernière ne pourrait assumer concurremment les responsabilités de député et de chef d’un parti politique. Mais que font les Couillard, Lisée et Legault ? Et les élus qui ont d’importantes responsabilités ministérielles ? Lorsqu’elle était ministre des Ressources naturelles — un ministère particulièrement exigeant —, Martine Ouellet a organisé plus d’activités dans sa circonscription que bon nombre de députés d’arrière-banc péquistes !

 

Les fédéralistes ne respectent aucune règle, mais les souverainistes ont tellement intégré le discours du colonisateur qu’ils mettent des obstacles là où il n’y en a pas. Dans le partage des compétences au sein de la Confédération canadienne, la puissance impériale a procédé de façon tout à fait classique en cédant au Parlement local québécois les pouvoirs de proximité (santé, éducation, mesures de redistribution), qui ont un impact immédiat sur la vie de la population. C’est le fameux « home rule ».

 

Mais les « vraies affaires », les pouvoirs régaliens (politique extérieure, défense, accords de libre-échange, banque centrale, etc.), ont été accordées au gouvernement central, dominé par la majorité anglophone.

 

S’inscrivant dans la même logique, nos médias fédéralistes et même nationalistes consacrent la grande majorité de leurs articles à l’actualité politique de l’Assemblée nationale et négligent ce qui se passe à Ottawa.

 

Pendant la période faste du Bloc québécois, il s’était installé une certaine division des tâches entre le Bloc et le PQ. Elle était discutable et mériterait de faire l’objet d’un sérieux bilan. Mais la déconfiture du Bloc et l’élection d’un chef du PQ qui a reporté aux calendes grecques le référendum sur la souveraineté ont considérablement modifié le paysage politique.

 

Le PQ se cantonne dans une approche carrément provincialiste. Dans le discours, tant célébré, d’acceptation de sa victoire, Jean-François Lisée ne fait référence qu’à des questions relevant du « home rule », mis à part le projet d’oléoduc d’Énergie Est. C’est la même approche qui prévaut dans le texte de fin d’année de Nicolas Marceau paru dans l’édition du 19 décembre du journal Le Devoir et que nous avons critiqué dans notre texte « La provincialisation accélérée du Parti québécois ».

 

Ce respect du cadre du « home rule » était aussi commun à toutes les candidatures, lors de la dernière course à la direction du Parti québécois, sauf celle de Martine Ouellet. Elle a été la seule à sortir du carcan en déposant le projet d’une Constitution initiale d’un Québec indépendant et en prônant de revenir aux principes originels de la Charte de la langue française, en faisant fi des jugements de la Cour suprême.

 

À plusieurs reprises, au cours de la dernière décennie, j’ai entendu les chefs du Parti québécois reprendre ces mots de Danton : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. »

 

Mais de l’audace, nous n’en avons pas vu. Au contraire. Aujourd’hui, nous atteignons un fond abyssal de renoncement, de résignation et de démission avec la mise au rancart du référendum et, en pratique, du projet indépendantiste. Pour éviter une glissade encore plus prononcée (selon les derniers sondages, l’appui au référendum n’atteint que 30 % de l’électorat), il faut sérieusement brasser la cage.

 

Une façon de le faire est de rejeter la séparation artificielle des pouvoirs que les Britanniques nous ont imposée, de refuser le « home rule », de démontrer que la lutte des souverainistes à Québec et à Ottawa procède du même combat. Le « double mandat » de Martine Ouellet remplirait cette mission. Pour 2017, souhaitons-nous « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace » avec Martine Ouellet !

10 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 31 décembre 2016 07 h 31

    J'ai toujours voté pour le Bloc ....

    mais je n'ai jamais pris ma carte de membre. Mais si jamais Martine Ouellet devenait Chef du Bloc, soyez assurés que je la prendrais. Elle ferait une excellente Chef quant à moi, et je pense que beaucoup de Kébékois deviendraient membres aussi.

  • Claude Bariteau - Abonné 31 décembre 2016 09 h 37

    Propos éclairants sur l'enjeu, moins sur la démarche

    Indéniablement, la dynamique d'affirmation au Québec se joue entre la promotion du « home rule », le carré de sable que les Georges-Étienne Cartier du Québec estiment le terrain de survie du Canada français, et des propensions à se doter d’un État indépendant avec tous les pouvoirs d’un gouvernement central.

    Ce texte en fait écho. Cette approche à deux volets a donné lieu à des rapprochements inédits au sein du Bloc populaire au Canada et au Québec de 1942 à 1947 avant de se dilluer dans les partis de l’époque et ceux ultérieurs.

    En 1942, Maxime Raymond, lors de la création du BP canadien, lança : « le Canada aux Canadiens, le Québec aux Québécois ». Il eut l’appui de nationalistes, de Groulx avec son État français, aussi de Paul Gouin et d’Henri Bourassa, de Michel Chartrand et de René Chaloult.

    Comme lui, les deux premiers furent des promoteurs du « Home rule » alors Chartrand était plus à gauche et Chaloult, indépendantiste. Toutefois, le BPC n’eut guère de succès. En 1945, le PLC, Louis Saint-Laurent étant devenu le chef du Québec, fit élire une majorité de députés du Québec et, en 1948, devint PM canadien.

    Après cette élection, le BPC disparaît, Raymond appuie Duplessis et Laurendeau, qui ne se présente pas, supporte Lapalme.

    Les visées du Bloc québécois (BQ) s’apparentent à celles du BPC, mais avec plus de portée car au Québec, le PQ prône une revision du Canada. Il tient la route jusqu’aux élections de 2012 alors que la cheffe du PQ contribue à sa déconfiture.

    Actuellement, sur la scène canadienne, le BQ vacille et, sur la scène québécoise, l’autonomie se marie avec l’identité avec des partis qui tirent leurs inspirations des courants agglutinés dans le BQ.

    Dans les circonstances, il m'apparaît que l'audace doive s'exprimer au Québec. Martine Ouellet peut y contribuer en oeuvrant à créer un parti indépendantiste, car ill est temps de penser le Québec pays indépendant, ce qui rejoint ses idées.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 31 décembre 2016 13 h 12

      Monsieur Bariteau... l'hirondelle ne fait pas le printemps. On ne peut tirer une généralité à partir d'un exemple.
      Nous serons en 2017...dans quelques tictacs.

      "L'audace indépendantiste" doit s'exprimer au Québec...je suis bien d'accord avec vous. C'est aux partis Indépendantistes québécois d'y voir et d'y mettre un "zeste" d'audace.!

      Que Martine Ouellet veuille l'exprimer à la face du monde en passant par Ottawa...est tout aussi audacieux et la "visibilité" internationale y est plus plausible .

      Martine Ouellet peut à la fois diriger un BQ à Ottawa et être députée/
      ministre à Québec pour le PQ...elle en a potentiel.

      Ayons Nous aussi le potentiel de ...l'audace.

    • Claude Bariteau - Abonné 31 décembre 2016 13 h 59

      Madame Sévigny, je ne nie pas le potentiel de madame Ouellet. Au contraire, j'admire sa détermination à faire du Québec un pays. Or, il urge de revoir le projet de pays et d'en faire un objectif clair avec une démarche adaptée à la situation actuelle.

      Le PQ, qui se dit indépendantiste, envisage de faire un pays dans huit ans et veut, d'ici là, gérer une province. Quant à QS, s'il a choisi l'indépendance, il met la priorité sur les mesures sociales.

      Conséquemment, sur la scène québécoise, là où la décision sera prise, on ne débat pas d'indépendance, mais de prise du pouvoir pour faire autre chose alors que le PLQ, comme la CAQ, font tout en leur pouvoir pour élaguer l'indépendance hors d'horizon, désireux qu'ils sont de jouer dans le carré de sable du « Home Rule ».

      Voilà pourquoi il importe de ramener le débat au Québec. Pour le faire, il faut une onde de choc dont j'estime Martine Oeullet équippée pour la susciter et faire infléchir les choses dans la direction du pays à créer.

    • Yves Côté - Abonné 31 décembre 2016 15 h 27

      Madame Sévigny et Monsieur Bariteau, puis vous "réconcilier" en idée ?
      Il n'y a plus qu'un pas à faire pour nos chefs(fes) : nous présenter un projet de société et de république avant-gardiste, stimulant, humaniste, respectueux de l'environnement et des humains.
      Il y a si longtemps que nous attendons un tel projet, que plusieurs de nous en sont arrivés à oublier cette idée maîtresse...
      Alors même qu'elle pourrait nous électriser en action politique solidaire.
      D'ailleurs, mon humble avis est que cette la venu d'une telle éventualité de projet, est ce que redoute le plus les politiciens du Canada.
      Et ils ont bien raison.

      Amitiés républicaines, Madame et Monsieur.

    • Jacques Patenaude - Abonné 1 janvier 2017 10 h 37

      Pourquoi ne va-t-elle pas à Option nationale, un parti qui correspond définitivement mieux à ses positions politique plutôt que d'aller faire la plante verte à Ottawa où le Bloc végète. Sortir ON de sa marginalité serait un défi plus utile dont je la crois capable.

  • Michel Blondin - Abonné 31 décembre 2016 11 h 27

    La participation à Ottawa du Bloc: fini le "very good deal" fédéraliste

    Certains indépendantistes imaginent qu’il faut respecter la division des pouvoirs Québec/Ottawa. Mais non!

    Se cantonner dans le provincialisme à Ottawa est de respecter le cadre imposé des deux pouvoirs alors qu’on veut les réunir en un seul pour gouverner le Québec. L’indépendance c’est justement de ne plus accepter cette barrière de la séparation des pouvoirs. Ces deux pouvoirs dont l’un domine l’autre depuis 150 ans.

    Le programme flou mou du Bloc faisait depuis 20 ans une diplomatie de salon qui s’inscrivait dans l’amélioration du fédéralisme et une participation sans espoir de gouverne, ce qui le rend plus éphémère et en porte à faux avec l’indépendantisme. Ce n’est pas pour rien qu’il se voulait sans pérennité.

    Il n’en est plus de ce paradoxe et de sa dérive partisane, quand un parti indépendantiste québécois à Ottawa réclame ces pouvoirs manquants à l’internationale et l'inter-nationale. Cela devient un synchronisme et une cohérence avec ses intentions : réunir les deux pouvoirs. En clair, les bottines suivent les babines.

    Il devient le deuxième bras, sorte première ligne d’attaque qui, concerté avec les pouvoirs du premier bras dans un mouvement moteur synchrone, fait son effort pour réunir ces deux pouvoirs en un seul. S’il se synchronise, il y a un effet d'entrainement multiplicateur, une convergence. À défaut, Il préserve le momentum si ténue soit-il. Cependant tout n'est pas réglé.
    Je crois que Martine Ouellet dans cette perspective est une candidature dont ce mandat lui va comme un gant et le défi, pointure à ses convictions.


    Quoiqu’il aurait été souhaitable qu’il y a ait une subordination du parti indépendantiste québécois à Ottawa à celui du parti indépendantiste à Québec, le fait de la multiplicité de partis suggère une distanciation de l’un pour ouvrir aux autres.

    Quant aux fédéralistes, ils n'en veulent pas de ce type de mandat, mais pas du tout! Ils contrôlent le jeu pipé. Invitent tous à participer. Frenchy's, a very go

  • Patrick Boulanger - Abonné 31 décembre 2016 19 h 22

    « Le projet de Martine Ouellet n’est pas de cette nature. Il n’est pas illégal et ne contrevient pas à l’éthique, ce qu’a reconnu le commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale »?

    En ce qui a trait à l'éthique, le commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale (Jacques Saint-Laurent, je crois) est-il une référence?

  • Claude Gélinas - Abonné 31 décembre 2016 21 h 09

    Des interrogations !

    En cette fin d'année plusieurs questions me turlupinent.

    D'abord, après les deux dernières dégelées du BQ et du PQ, comment expliquer cette précipitation à se lancer dans une campagne à la chefferie tout en repoussant sous le tapis l'aggirnamento nécessaire pouvant expliquant les raisons de la défaite et relancer les partis sur le chemin de la victoire ?

    Comment expliquer également que malgré la présence du BQ à Ottawa que l'adhésion des électeurs à la souveraineté ait diminué au lieu d'augmenter au Québec ?

    Comment expliquer les divisions notamment sur la Charte entre les anciens ténors du PQ et du BQ et le Gouvernement Marois ? Ces divisions seraient-elles la démons tration de beaucoup d'improvisation et d'électoralisme ?

    Et cette Convergence des partis souverainistes qui s'essoufle avant même de prendre son envol et surtout avant même que les partis souverainistes en discute incapable d'en parler autour de la même table alors que tous savent que sans Convergence , tel que le prévoit le sondeur JM Léger, nous serions condamnés à 30 ans de régime libéral.

    À quand des États généraux sur la souveraineté 2017 réunissant les partis souverainistes ? Prélude souhaité à cette alliance stratégique.

    La défaite crève-coeur de Martine Oullet l'amène à vouloir souhaiter changer de niveau qui malheureusement l'éloignera du Québec et de son chef pas suffisamment pressé sur l'échéance référendaire.

    Chef du BQ à Ottawa cette division sur le rythme se poursuivra de plus belle avec ceux qu'elle a qualifié de "provincialistes". Ce qui continuera d'être une source de tensions et de divisions. Une de plus.

    • Claude Bariteau - Abonné 1 janvier 2017 06 h 34

      Vos interrogations et vos souhaits vont à l'essentiel. L'indépendance n'est pas au cœur des préoccupations du BQ, du PQ et de QS. Le sont l’élection de députés sur les deux scènes, leur activation locale (home rule) et des prises de position sur ceux du gouvernement canadien qui œuvre dans les vraies affaires et celles, complémentaires, des provinces, des créatures à son service.

      Aussi, l’idée du pays s’effiloche, sa conception renvoie à des analyses dont le contexte s’est transformé et la division règne entre des partis ayant ce projet à leur agenda dans un futur plus nébuleux qu’il le fut dans les années 1970, 1980, 1990 et 2000. Là se trouvent des réponses à vos interrogations et la pertinence de vos souhaits.

      Vos souhaits invitent à « se parler » d’indépendance, à concevoir le pays et à identifier une démarche. Je ne la vois pas dans la tenue d’États généraux à moins que vous utilisiez ce concept comme référent à un lieu de débat chapeauté par des représentants désignés par les partis indépendantistes sous l’égide d’un organisme existant ou à créer et auquel citoyens et citoyennes indépendantistes de tous horizons seraient invités à participer de même que les organismes de la société civile désireux de faire connaître leur apport à l’indépendance et les attentes qu’ils ont.

      À vrai dire, l’audace est là. Elle consiste à réunir de façon inédite des promoteurs de l’indépendance pour qu’elle devienne un lieu de débats générateurs de liens entre les Québécois et les Québécoises en 2017. Il faut que ce lieu soit l’assise d’une conception neuve de l’indépendance, de sa définition, des pouvoirs du pays du Québec et de leur prise en charge par les citoyens et les citoyennes, ce qui implique un cadrage de l’organisation politique du « vivre ensemble » et l’agencement d’une mobilisation enthousiasmante.

      En quittant le PQ pour devenir une députée prônant l'indépendance, Martine Oeullet peut reprendre cette idée qui mêne à cérer un parti indépendantiste d'envergu