Loi 70: le mépris, encore et toujours

Plutôt que de s’attaquer à la corruption érigée en système et à l’évasion fiscale, le gouvernement préfère s’en prendre au « BS »…
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plutôt que de s’attaquer à la corruption érigée en système et à l’évasion fiscale, le gouvernement préfère s’en prendre au « BS »…

On pensait avoir tout vu avec les coupes totalisant plus de 4 milliards de dollars sur le dos de la population et au détriment du tissu social, mais voilà que le gouvernement libéral de Philippe Couillard continue de se déshonorer en s’en prenant lâchement aux personnes assistées sociales. Ainsi, sous l’impulsion du projet de loi 70, plusieurs nouveaux demandeurs d’aide sociale verront leur prestation de base mensuelle de 623 $ fondre à 399 $. Et ce, même s’il est démontré qu’une telle mesure coercitive ne sert pas les objectifs vantés — soit d’encourager la réinsertion sociale et de faire des économies. En effet, parlez-en aux gens du milieu (chercheurs, travailleuses sociales, etc.), une telle mesure coûte plus cher en services sociaux, de même que cela encourage l’itinérance voire contribue au travail au noir et à la criminalité. Les réactions fusent et à raison : « honteux », « inhumain », « abject » !

 

Alors bien sûr, on nous répète que c’est une question d’argent, en nous servant la « gestion responsable » et la dette comme arguments d’autorités. Le PLQ, celui-ci qui « brilla » dans toute sa laideur à la commission Charbonneau et qui faisait tout récemment face à des allégations de fraude en lien avec des collecteurs de fonds du parti, a ainsi le culot de convier la population à se « serrer la ceinture », les plus démunis n’étant pas épargnés. Ce qu’il ne faut pas entendre ! Plutôt que de s’attaquer à la corruption érigée en système et à l’évasion fiscale (les pertes sont estimées à 3,5 milliards de dollars), le gouvernement préfère s’en prendre au « BS »…

 

Dans les classes d’école en travail social, les professeurs font souvent faire à leurs élèves un exercice simple et troublant : se mettre dans la peau d’une personne recevant l’aide sociale en faisant un budget pour le mois. Un exercice formateur que tout député devrait faire annuellement. Très vite, l’étudiant se rend compte que vivre avec la somme de 623 $ est très difficile, voire impossible. Après le loyer — qui prend parfois jusqu’à 75 % du revenu mensuel —, l’épicerie, Hydro- Québec, il ne reste pas grand-chose. Des vêtements ? Le téléphone et Internet ? La passe de bus ? Un montant pour les loisirs ? Il faut souvent oublier cela.

 

Essayez de vivre avec 399 $ par mois !

 

Rajoutons un système de santé à la déroute sous la gouverne du ministre Barrette et un milieu communautaire plus que jamais sous-financé, et ce n’est rien pour aider la personne en quête d’une existence digne. Car oui, ce n’est pas une affaire d’argent, c’est de dignité humaine qu’il s’agit. Pour paraphraser Mère Teresa, il y a une pauvreté bien plus grande que la pauvreté financière, celle de ne pas se sentir aimé, considérée en tant que personne, et être marginalisé par la société.

 

Ce que fait présentement le gouvernement, c’est traiter des citoyens en parias, en moins que rien ; il encourage leur disqualification, leur exclusion, leur impose un sentiment persistant de honte et induit une souffrance sociale. Pire, il nie le droit de se loger, de se nourrir, de se vêtir ; ces derniers qui ne sont pas des « privilèges », mais bien des droits fondamentaux. Si le ministre de l’Emploi, François Blais, avait un coeur, ce dernier cesserait aussitôt de battre devant l’ignominie commise.

 

Ce gouvernement, avec son sourire béat sur le visage et le bien commun nulle part, horripile même le plus insensible. À l’opposé de ceux qui nous gouvernent présentement, le député italien Nichi Vendola affirmait avec grandeur que : « Le but de la politique est la recherche de la beauté. La beauté de faire le bien. La beauté de faire ce qui est juste. […] La beauté de reconnaître la particularité de chaque être humain. La beauté de combattre un système dont la cruauté se cache derrière des statistiques de richesse qui n’ont rien à voir avec le bien-être de ceux et celles qui sont mis à la marge. La beauté d’une vie qui ne se marchande pas. »

 

Vivement un gouvernement qui n’a pas comme vocation le mépris pour le peuple.

10 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 15 novembre 2016 05 h 16

    Oui mais...

    Oui mais, "Le mépris n'aura qu'un temps".
    Faudrait peut-être le rappeler plus souvent aux plus jeunes et à ceux qui oublient de se souvenir de l'idée révolutionnaire et de l'oeuvre artitisque et politique qui ont fondées cette déclaration ?

    Tourlou !

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 novembre 2016 07 h 47

    Quelle désolation !

    « Plutôt que de s’attaquer à la corruption érigée en système et à l’évasion fiscale (les pertes sont estimées à 3,5 milliards de dollars), le gouvernement préfère s’en prendre au « BS »… » (Étienne Boudou-Laforce, Québec)

    De cette citation, on-dirait qu’il est ou demeure plus facile et moins onéreux de s’en prendre aux prestataires d’aide de derniers recours que d’appeler et modifier le monde de la corruption et de l’évasion fiscale vers la transparence !

    De plus, et de cette Loi 70, la Gouvernance actuelle, avec ou sans l’assentiment de l’ANQ, semble réussir là où la mentalité-culture « trumpiennes » n’auraient pu faire mieux !

    Quelle désolation ! - 15 nov 2016 -

  • Jean Lapointe - Abonné 15 novembre 2016 08 h 33

    Le manque d'amour c'est le pire de tout.

    «il y a une pauvreté bien plus grande que la pauvreté financière, celle de ne pas se sentir aimé, considérée en tant que personne, et être marginalisé par la société.» (Etienne Boudou Laforce)

    Elle n'est sans doute pas plus grande cette pauvreté mais elle marque sans doute plus que tout les individus.

    Le gouvernement Couillard ne semble manifester aucun amour pour qui se soit.

    C'est un sentiment qui semble lui être complètement étranger aveuglé qu'il est par sa soif de richesses.

    • Nadia Alexan - Abonnée 15 novembre 2016 19 h 36

      «Le gouvernement Couillard ne semble manifester aucun amour pour qui ce soit. » Non, M. Lapointe, vous n'avez pas raison de limiter l'amour de ce gouvernement. Ce gouvernement manifeste chaque jour son amour pour les milliardaires et les grandes sociétés. Il a démontré son amour avec sa politique de l'austérité pour les pauvres et les subventions pour les riches! Il travaille essentiellement pour les plus fortunés et les plus nantis. Il pratique la politique de la porte tournante, après un stage en gouvernement, il pourrait avoir accès à la largesse des sociétés qu'il a servie avec loyauté.

  • Gilles Théberge - Abonné 15 novembre 2016 09 h 12

    Le Trump du nord

    Assurément ce n'était pas nécessaire d'être américain où se désoler de voir trum triompher mardi dernier.

    Ce n'était pas nécessaire de voir la ministre Vallée défendre l'indéfendable, sous l'image insoutenable de la ministre David "s'écrottant" le nez...

    Ce n'était pas nécessaire de voir ce vaudeville infect du parti libéral disant d'un côté de la bouche ce qu'il nie de l'autre pour avoir l'impression d'avoir élu Trump.

    On l'a Trump, un Trump du nord.

    Alors, quand est-ce qu'on s'en débarasse...?

  • Hugues Savard - Inscrit 15 novembre 2016 09 h 51

    Ce que les gens veulent

    Il y a des votes derrière ce gouvernement. Ils sont élu, ré-élus et ré-ré-élus depuis belle lurette...

    Il y a beaucoup de gens qui méprisent le BS.

    En ce sens, ce n'est pas la faute du gouvernement car il est cohérent depuis le début.

    C'est ce que les gens veulent faut croire...