Non à McGill en Outaouais!

Le projet actuellement en chantier prévoit une faculté associée à l’Université McGill, où la totalité de l’enseignement magistral (à distance) sera donné en anglais.
Photo: iStock Le projet actuellement en chantier prévoit une faculté associée à l’Université McGill, où la totalité de l’enseignement magistral (à distance) sera donné en anglais.

Le gouvernement québécois vient de lancer le premier appel d’offres en vue de la construction du futur campus médical Outaouais, qui logera une faculté satellite de médecine, qu’on espère être réalisée d’ici 2019 ou 2020. Or le projet actuellement en chantier prévoit une faculté associée à l’Université McGill où la totalité de l’enseignement magistral (à distance) sera donné en anglais.

 

Le premier ministre Couillard et son ministre de la Santé ont maquillé la réalité en affirmant que 92 % de l’apprentissage se ferait en français, mais la réalité est la suivante, confirmée par McGill : toute la base, toute la formation théorique, qui dure 18 mois, est livrée aux étudiants et étudiantes en anglais, par vidéoconférence.

 

Que cela signifie-t-il pour les futures cohortes outaouaises en médecine ? Elles seront obligées de maîtriser un vocabulaire spécialisé en anglais (puis elles vont se voir obligées de le traduire en français pour les travaux pratiques et la clientèle). De plus, elles devront interagir avec un professorat de langue anglaise et traiter avec une administration universitaire anglophone. C’est un fardeau linguistique qui n’est imposé à aucune autre cohorte de langue française (ou de langue anglaise) au Québec.

 

Le premier ministre Couillard ne voit là aucun problème et nous dit que nous devrions nous considérer comme chanceux : c’est McGill ! De la part d’un politicien qui voudrait que tous les Québécois parlent et comprennent l’anglais, cela ne devrait guère surprendre. Mais ça demeure une politique suicidaire dans des régions comme l’Outaouais et Montréal, où l’anglicisation menace déjà l’avenir de la langue française.

 

Par et pour

 

À l’instar de nombreux citoyens, ainsi que des pages éditoriales des quotidiens Le Droit et Le Devoir, nous réclamons que la médecine soit enseignée en français à Gatineau, et ce, dès 2019, sans transition aucune. La question se pose alors : doit-on faire pression sur McGill pour qu’elle crée une offre en français (pour le moment inexistante) ou faut-il s’adresser aux universités québécoises qui proposent déjà un enseignement de la médecine en français (possiblement en collaboration avec l’Université du Québec en Outaouais) ?

 

Si les Acadiens à Moncton et les Franco-Ontariens à Ottawa ont réussi à mettre sur pied leurs propres facultés de médecine de langue française, dans des milieux où ils sont fortement minoritaires et où les ressources sont moins accessibles, comment peut-on même imaginer offrir moins à des Québécois francophones dans des régions où ils sont fortement majoritaires ?

 

Nous n’accepterons pas de nous faire traiter comme si nous étions minoritaires dans le seul territoire nord-américain où nous sommes majoritaires ! Les Acadiens et les Canadiens français hors Québec réclament de leur majorité anglophone respective et obtiennent, de haute lutte, des établissements scolaires bien à eux… ce qu’ils appellent le « par et pour » : des écoles gouvernées par les francophones, pour les francophones !

 

Avec la faculté de médecine que le gouvernement Couillard nous propose, nous serons associés à une université conçue pour l’enseignement en anglais et à une université sous gouvernance anglophone. Nous ne demandons pas à McGill de se franciser. Les Anglo-Québécois ont droit à leurs établissements. Nous ne réclamons que ce qui nous apparaît normal, en tant que francophones, dans un État où le français est la langue officielle et commune : une faculté de médecine où la seule langue d’enseignement, de travail et d’administration est le français.

 

Il faut intervenir

 

N’allez pas dire que c’est impossible. Nous avons ici l’Université du Québec en Outaouais qui propose déjà des programmes en santé, ainsi que d’excellentes facultés de médecine dans trois universités de langue française : Montréal, Laval et Sherbrooke. Avec une injection suffisante de ressources, doublée d’une ferme volonté politique, tout devient possible.

 

Nous en appelons aux citoyens de l’ensemble du Québec, à nos élus et aux recteurs des universités de langue française : il faut intervenir pour renverser cette décision du gouvernement Couillard, qui a pour effet d’inférioriser le français.

 

L’Outaouais a depuis longtemps un problème de pénurie de médecins. La présence d’une faculté de médecine, à laquelle nous tenons, fait partie de la solution. Mais confier à une université anglophone la formation de nos futurs médecins dans une région francophone, dans un Québec français, cela ne fait pas partie de la solution ! De fait, cela n’a aucun sens !

  • Diane Leclerc - Abonnée 9 novembre 2016 09 h 04

    Ce Couillard « toxique »

    Si nous ne l'arrêtons pas bientôt, Couillard réussira à empoisonner tous les aspects de notre vie publique.

    Du haut de sa superbe habituelle, il n'a que faire de nos états d'âme relatifs à l'infériorisation du français à la vitesse grand V.

    Que voulez-vous, quand on est canadian avant tout, le français devient secondaire; l'anglais est la langue des vraies affaires, du prestige et de l'assimilation.

    Speak white ! disaient-ils.

    Non, vraiment, Couillard est encore plus « létal » que toxique.

  • Bernard Terreault - Abonné 9 novembre 2016 09 h 18

    En effet

    Totalement aberrant. Si l'on peut enseigner à distance en anglais à partir de McGill, pourquoi la même technlogie ne pourrait-elle pas transmettre des cours en français à partir de l'UdeM ? Je blâme aussi la passivité de l'UdeM qui n'a pas réagi, qui aurait dû être proactive et offrir ses services plutôt que se laisser tondre la laine sur le dos par McGill. Ce n'est d'ailleurs pas le seul dossier où la présente administration de l'UdeM me semble anémique.

  • Bernard Dupuis - Abonné 9 novembre 2016 10 h 01

    Au diable le français?

    Le gouvernement du Québec favorise grandement cette offensive des Anglophones dans l’Outaouais. Cela rejoint cette espèce d’admiration et même d’obsession que les Québécois entretiennent maintenant à l’endroit de l’anglais. Le premier ministre semble lui-même habité par cette obsession.

    Il existe une quantité de plus en plus faible de Québécois qui se portent à la défense de la langue française. En effet, la radio et la télévision diffusent de plus en plus leur musique en anglais. Rares sont les Québécois qui ont le souci d’utiliser les termes français relativement aux nouvelles technologies. L’utilisation du «franglais», du «bilingual» et du «globish» est devenue la nouvelle mode pour les nouvelles générations et pour les «vieux-jeunes» qui ont peur de se faire traiter de «dinosaures francophones».

    S’il faut condamner avec la plus grande énergie le gouvernement Couillard pour ses obsessions anglophiles, il faut se réjouir, pendant qu’il est encore temps, de cette «libre opinion» publiée ce matin dans le devoir. La bataille du français est loin d’être terminée.

    Bernard Dupuis 09/11/2016

    • Gilles Théberge - Abonné 9 novembre 2016 10 h 25

      Nous devons tout mettre en œuvre pour congédier ce gouvernement toxique et malsain...

      Nous pouvons espérer. Le brexit et les dernières élections américaines tracent je l'espère, une voie, que bientôt nous Québécois pourront emprunter.

  • J-Paul Thivierge - Abonné 9 novembre 2016 10 h 34

    Grave menace ; la continuation de l'apartheid linguistique abusif en santé.

    Comme il y a déjà un fort niveau d'apartheid linguistique au Québec où on accorde aux anglophones ou nouveaux venus anglophiles, quand on ne peut que constater que ces populations qui sont 25 % de la population totale du Québec reçoit 50 % des services et des budgets. Ainsi, le CUSM est aussi couteux et géant que le CHUM pour desservir 2 fois moins de citoyens et c'est de même en éducation universitaire où les francophones subventionnent l'anglicisation des étudiants universitaires surtout les non francophones...
    Maintenant, ici c'est le double effet et même pire ... des étudiants ontariens profiteraient des bas tarifs québécois pour leur formation médicale pour ensuite travailler en Ontario, prenant les places de francophones qui pourraient être instruits en français par l'UQO pour assurer que les 75 % de francophone puisent continuer à recevoir des services sans avoir à traduire leurs demandes ou leurs conversations avec leur médecin .

  • Pierre Raymond - Abonné 9 novembre 2016 10 h 40

    Ah notre super PM !

    Je m'abstiendrai d'être vulgaire et je dirai simplement que Philippe Couillard me fait pitié.

    Est-il normal qu'on doive être continuellement sur nos gardes pour éviter d'être
    « enfirouaper » par « notre » gouvernement ?

    Et ce silence autour d'Énergie Est... que sont-ils en train de concocter ?