La question catholique et l’aide médicale à mourir

La question des funérailles catholiques aux personnes décédées par euthanasie ou suicide assisté ne saurait se résoudre en un refus catégorique ou une acceptation d’emblée.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La question des funérailles catholiques aux personnes décédées par euthanasie ou suicide assisté ne saurait se résoudre en un refus catégorique ou une acceptation d’emblée.

En cohérence avec sa position sur le respect de la vie et son caractère sacré, l’Église serait-elle avisée de célébrer des funérailles catholiques aux personnes décédées par aide médicale à mourir ou par suicide assisté ? Telle est la question au coeur de la polémique médiatique de la semaine. La réponse fournie par certains évêques de l’ouest du pays consterne certains, en choque d’autres, mais ne laisse personne indifférent. Pour ma part, je crois pertinent de vanter les mérites de la question elle-même.

 

Dans une démocratie moderne, laïque et libérale, le rôle politique du religieux est difficile à cerner. Mais posons comme Alexis de Tocqueville, célèbre auteur de La démocratie en Amérique, qu’en même temps que la loi permet au peuple de tout faire, la religion l’empêche de tout concevoir et lui défend de tout oser. C’est ce qui donne sens et à-propos à l’interrogation des évêques.

 

Je rappelle pour mémoire, et contre toutes les manipulations démagogiques à suggérer le contraire, que la loi 2 du Québec n’a pas été adoptée dans le consensus et l’unanimité. Elle a été construite contre l’avis exprimé lors de la commission parlementaire par une majorité d’intervenants. En effet, 59 % des avis, toutes origines confondues, ont exprimé sans équivoque une réticence marquée à l’endroit d’une loi offrant l’aide médicale à mourir. De plus, la très grande majorité des personnes impliquées en soins palliatifs y étaient opposées. Devant l’irrésistible logique du droit au « tout faire », le facteur d’expansion des lois favorisant l’accès à l’aide médicale à mourir croît à une vitesse formidable et donne l’impression de rallier la société civile.

 

Ainsi la question posée par les évêques de l’Ouest jette un pavé dans la mare du politically correct. Ils sont métamorphosés en suspects de convenance. Mais leur question n’en demeure pas moins intéressante et importante. Elle permet de réfléchir à la cohabitation du religieux et du politique, à la séparation comme à l’autonomie des institutions au coeur de la communauté politique. Pour cela, il faut avoir de la gratitude.

 

La gestion de la réponse…

 

Je ne suis pas théologien, mais je comprends que l’Église envisage l’existence terrestre dans la perspective du ciel à la rencontre de la cité de Dieu. Une telle perspective divise — ou du moins nuance — l’art de vivre la citoyenneté. Le chrétien est invité à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Une telle posture impose un modus vivendi en décalage avec la posture de celui qui ne se sent redevable qu’à César. La question des évêques de l’Ouest trouve une autre source de légitimité, me semble-t-il.

 

Mais alors qu’en est-il de la réponse ? Ceux de l’Ouest disent « non » à quiconque souscrit à l’aide médicale à mourir et ceux de l’Est affirment le « oui » au nom de la charité. Je caricature, mais entre les extrêmes, la voie moyenne doit tracer le chemin. Il serait ridicule d’exacerber tant la rigidité que la souplesse. La question des funérailles catholiques aux personnes décédées par euthanasie ou suicide assisté ne saurait se résoudre en un refus catégorique ou une acceptation d’emblée. Ici, comme dans tout ce qui engage les actes humains, le discernement fait son nid au cas par cas. Alors la conscience du pasteur avec celle de la famille du défunt traceront ensemble la voie convenable.

 

Il me vient cependant en tête deux conseils évangéliques adressés aux gens d’Église. Le premier vise à modérer les éventuelles réponses à l’emporte-pièce, trop intransigeantes. Devant les défis apparemment titanesques de la vie chrétienne, le Christ rassure en affirmant qu’il y a de nombreuses places dans la maison du Père. Contre la tentation de faire du ciel un centre commercial où la vie éternelle est toujours en solde, le Christ met en garde ses amis en rappelant de choisir la voie qui passe par la porte étroite.

 

La loi de la foi…

 

On retiendra que seul l’amour est digne de foi. Les seules fins de vie dignes de ce nom sont tributaires de l’amour qui les anime et les accompagne. C’est une des raisons et peut-être la raison principale expliquant la réticence des agents au service des soins palliatifs contre la pratique de l’aide médicale à mourir. Le mouvement de l’accompagnement palliatif est de marque chrétienne quant à son origine et il en hérite encore quant à son esprit. L’amour chrétien est plus riche, plus complexe et plus profond que toutes les autres formes possibles.

 

Là est le lieu d’un véritable mystère et, sous cet angle, le cardinal Lacroix a raison de dire que, du point de vue de Dieu, le ciel est pour tous. Mais la question doit être traitée du point de vue des hommes, et c’est pourquoi elle reste si importante à examiner dans la constante reconfiguration des liens civiques entre l’Église et l’État. Comme le disait si bien James Madison : « Si les hommes étaient des anges, aucun gouvernement ne serait nécessaire. » Cela est vrai de tous et pour tous, sous les régimes des deux cités, celle de Dieu comme celle des hommes.

 

Tocqueville a toujours raison. L’Église reste utile à la société civile. Elle dérange ce qui nous arrange dans nos velléités à tout se permettre. Elle arrange ce qui nous dérange au service des plus vulnérables.

12 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 4 octobre 2016 06 h 15

    Des églises ouvertes!

    Bon texte, avec cette réserve quant aux funérailles catholiques: je suis pour une grande ouverture aux familles de tout défunt qui demandent des funérailles catholiques, sauf évidemment si ce dernier, de son vivant, a clairement manifesté une volonté contraire.
    De grâce, pas de questionnement inquisitorial aux familles implorées! Que les églises du Québec, trop souvent fermées..., ouvrent à cette occasion largement leurs portes, avec une belle et bien préparée cérémonie pour ces familles qui de nos jours ont souvent délaissé l'Église depuis longtemps. Oui aux portes ouvertes, aux paroles et bras accueillants, et sans jugement.


    Michel Lebel

  • Pierre Grandchamp - Abonné 4 octobre 2016 07 h 43

    Accueillir et arrêter de juger

    Il y a, dans l'Église, des gens qui ont le don d'éloigner le monde. Dans la logique de ces évêques conservateurs, il ne faudrait pas concéder des funérailles aux mafiosos, aux Hell Angels. Aux gens en bonne santé qui se sont suicidés.

    Ne serait-ce que par respect pour les familles, il me semble que c'est le devoir de l'Église d'accueillir

    • Marc Therrien - Abonné 4 octobre 2016 17 h 10

      En effet, drôle de réaction pour ces gens de l'Église qui, déjà délaissées par un grand nombre de personnes, par un étrange sentiment de contre-dépendance, risquent d'accentuer leur rejet par les quelques autres qui restent. Combien d'entre elles décideront de s'auto-excommunier de l'Église suivant ce manque flagrant de sollicitude de la part de ces supposés dépositaires de l'amour de Dieu?

      Marc Therrien

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 octobre 2016 08 h 07

    Cérémonial

    Je dois admettre que le cérémonial religieux des funérailles est pour le bienfait des vivants, ceux qui restent. Pour le mort... ça n'a aucune importance.

    Consolez-vous gens de l'ouest... y a aucun évêque de nulle part qui peut vous fermer les portes du Paradis; leur autorité ne monte pas jusque-là. Tolérez-les car comme leur «chef» a dit «Pardonnez-leur car ils ne savent ce qu'ils font».

    Nous sommes tous du genre de pécheur comme celui sur sa croix à son côté à qui il a dit «Ce soir tu seras à mes côtés au Paradis». (Il a probablement regardé tout autour afin de trouver quelqu'un pour le contredire, mais... y avait pas d'évêques modernes).

    C’est toujours une grande énigme pour moi de considérer que les «paroles simples» de Jésus doivent m’êtres «expliquées» par un «docteur de la foi». Tellement simples que ses «premiers apôtres» étaient des pécheurs et non pas des Sanhédrins ou des Légistes.

    Consolons-nous car il a aussi dit que dans «son» royaume, ça se passe autrement qu’ici. (Même si les Évêques veulent nous faire croire le contraire).

    PL

  • Pierre R. Gascon - Abonné 4 octobre 2016 08 h 26

    le chemin sûr et responsable

    Il est juste et bon de rendre hommage aux soignants et à leur expertise autorisée concernant la médecine palliative. Les recommandations de bonne pratique élaborées par les instances compétentes tracent de mieux en mieux le chemin sûr et responsable d’une médecine palliative qui sait prendre soin de chaque personne en fin de vie en respectant ses souhaits, en bannissant l’obstination déraisonnable, en apaisant les souffrances, en permettant à l’équipe soignante d’être là au temps de l’agonie, en accompagnant les familles et en les associant aux décisions de soin.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 4 octobre 2016 08 h 53

    Décision de la société civile

    La société civile a adopté une loi intitulée Mourir dans la dignité. L'Eglise nous dit que la souffrance aide à atteindre son ciel. C'est une croyance non fondée et non prouvée comme plusieurs enseignements de l'Eglise. Je ne me range pas sur ces demi-vérités de l'Eglise et je me suis libérée de ses croyances et j'en suis heureuse.
    Les religions sont à bannir car elles rapetissent l'homme en inculquant des croyances non fondées. Mourir dans la dignité est une loi qui respecte l'être humain et on a pas besoin de funérailles. Une cérémonie intime avec la parenté et les amis avec des témoignages suffisent pour faire ses adieux à celui qui est décédé dans la dignité.