Rassurer et accompagner médecins et patients

«Accompagner un patient et ses proches vers la mort et, surtout, administrer un soin qui la provoque, est une expérience très difficile pour les médecins, sur le plan humain et personnel autant que professionnel», écrit l'auteur.
Photo: iStock «Accompagner un patient et ses proches vers la mort et, surtout, administrer un soin qui la provoque, est une expérience très difficile pour les médecins, sur le plan humain et personnel autant que professionnel», écrit l'auteur.

Au cours des dernières semaines, certains, dont des médecins, ont formulé de vives critiques à l’égard de la Commission sur les soins de fin de vie du Québec (CSFV). Les médias ont également rapporté des cas de personnes dont la demande d’aide médicale à mourir (AMM) a été refusée, pour diverses raisons. En tant que médecin membre de la CSFV, je ressens le besoin de sortir du devoir de réserve que je m’étais imposé, afin d’apporter des clarifications qui, je l’espère, pourront rassurer à la fois mes collègues médecins et la population. M’étant plusieurs fois exprimé en faveur de l’AMM et ayant travaillé à sa mise en application, on ne peut certes mettre en doute mon ouverture quant à ce soin.

 

Le mandat de la CSFV est, en résumé, d’évaluer l’application de la Loi sur les soins de fin de vie. Bien que ce mandat dépasse l’AMM, la CSFV a surtout été occupée, depuis sa formation, à l’évaluation des AMM administrées, afin de s’assurer qu’elles respectaient les critères d’admissibilité énoncés par la Loi. Après l’administration de l’AMM, le médecin doit remplir un formulaire et le transmettre à la CSFV. Dans ce formulaire, développé par le ministère de la Santé et des Services sociaux et non par la CSFV, le médecin doit fournir les informations permettant à la CSFV de déterminer si l’AMM a été administrée de façon conforme à la Loi. Si, à la lumière des informations du formulaire (la CSFV n’a pas accès au dossier médical), il est impossible d’en venir à une conclusion, la CSFV demande un complément d’information au médecin. Certains déplorent le nombre élevé de demandes d’information effectué par la CSFV et l’associent même à de l’intimidation. Or, il ne s’agit que d’une demande d’information, lorsqu’on n’a pas répondu à une question, ou qu’on y a répondu partiellement, de manière illisible. Une demande d’information ne doit absolument pas être interprétée comme un blâme. Ce n’est qu’une question, afin que la CSFV puisse évaluer l’AMM adéquatement. Si le formulaire ne contenait qu’une liste de critères d’admissibilité à cocher, sans justification, le travail des 11 membres de la Commission serait inutile puisqu’aucun médecin ne rapporterait une AMM non conforme à la Loi.

 

Évaluer l’acte médical

 

Certains ont également reproché à la CSFV d’évaluer l’acte médical alors qu’elle n’en a pas la compétence. Or, l’évaluation de l’acte médical ne fait aucunement partie des évaluations de la CSFV. Si, à la lumière des informations contenues sur le formulaire, la CSFV ne peut conclure que l’AMM a été administrée conformément à la Loi, elle confie le cas au Collège des médecins du Québec, qui, lui, évalue l’acte médical, ce qui relève de sa compétence. Pour cette raison, il est tout à fait possible qu’une AMM ait été jugée non conforme à la Loi et qu’il n’y ait eu aucune faute médicale puisque la CSFV doit s’en tenir au cadre de la Loi.

 

L’accompagnement d’un patient qui demande une aide médicale à mourir n’est certes pas facile pour un médecin. Nous avons tous voulu devenir médecins pour aider nos patients à vivre, le mieux possible et le plus longtemps possible. Accompagner un patient et ses proches vers la mort et, surtout, administrer un soin qui la provoque, est une expérience très difficile pour les médecins, sur le plan humain et personnel autant que professionnel.

 

Étant impliqué au sein du groupe de soutien de mon établissement, ayant discuté avec plusieurs médecins ayant administré une AMM et ayant moi-même évalué des patients l’ayant demandée, j’en suis tout à fait conscient. Les médecins qui accompagnent ces patients n’ont certes pas besoin d’être réprimandés ou accusés de quoi que ce soit. Ils ont besoin d’être informés et accompagnés dans cette démarche, afin d’aider leur patient. Il serait très dommage que les demandes d’information de la CSFV soient mal perçues et découragent certains médecins d’offrir ce soin à leurs patients qui le demandent.

 

Les évaluations des formulaires de déclaration d’AMM sont effectuées en plénière par les 11 membres de la CSFV. Afin de rassurer la population, je peux vous assurer que, en aucune occasion, les prises de position antérieures de membres de la CSFV n’ont influencé les discussions et conclusions.

 

Situations difficiles

 

L’aspect totalement nouveau de ce soin, le flou juridique qui persiste malheureusement, ainsi que les pressions de militants favorables ou opposés, rendent ces situations difficiles pour tous. Les personnes atteintes de maladies dégénératives sévères et leurs médecins ont besoin d’être soutenus. Il est donc impératif qu’un effort soit fait par toutes les instances impliquées dans ce soin afin de mieux informer les médecins et les patients sur la Loi et les critères d’admissibilité, pour éviter des situations malheureuses telles que celles rapportées par les médias et toutes les autres qui n’ont pas été rapportées.

 

Il est impossible pour la CSFV d’évaluer tous ces cas, entre autres car plusieurs patients ne peuvent même pas faire une demande formelle d’AMM. C’est donc plutôt par un dialogue et une collaboration exemplaires à tous les niveaux, afin d’aplanir les obstacles organisationnels ou idéologiques, que nous pourrons nous assurer que ceux qui le désirent puissent mourir dans la dignité, comme le souhaite la société québécoise et le prévoit la Loi sur les soins de fin de vie.

4 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 23 septembre 2016 07 h 35

    Une autre termnologie

    Vous dites ««Accompagner un patient et ses proches vers la mort et, surtout, administrer un soin qui la provoque, est une expérience très difficile pour les médecins, sur le plan humain et personnel autant que professionnel». Je dis autrement : «Accompagner une personne éclairée et libre, respectant ses valeurs et sa liberté de choix, et ses proches vers la fin de sa vie et, surtout, parmi tous les autres soins prodigués avec dignité et compassion, donner le soin ultime qui vient terminer sa vie, est une expérience très intense et très privilégiée, sur le plan humain et personnel autant que professionnel.» Terminologie, ô terminologie, que traduction de nous-mêmes tu commets en ton nom !

    Autre point.«M’étant plusieurs fois exprimé en faveur de l’AMM et ayant travaillé à sa mise en application, on ne peut certes mettre en doute mon ouverture quant à ce soin.» Qu’en est-il de l'ouverture de la président, de la vice-présidente, de Me Deschamps? Sont-ils plutôt en mode fermeture, hérité de Réseau des SP? Il est plus que temps qu'ils sortent de leur silence douteux, tellement parlant.

    Autre point. «Le mandat de la CSFV est, en résumé, d’évaluer l’application de la Loi sur les soins de fin de vie.» OK. ET la Commission a tellement autre à faire, «les autres et les vraies affaires» : donner des avis et proposer au ministre des bonifications possibles et souhaitées à la Loi. Ce serait là beaucoup vous mêler de vos affaires, tout en laissant avec confiance, support et solidarité les médecins et les autres professionnels concernés s'occuper avec compassion, sagesse et authenticité de leurs affaires, en cohérence et en respect de leurs codes de déontologie.

    Pour des travaux à réaliser, relisez mes propositions dans mon commentaire à l'article du 19-9 L'impartialité de la Commission mise en doute.

    Merci pour votre écrit. Au besoin, sortez encore de votre devoir de réserve. Dites à d'autres membres de faire de même. Avons besoin++ de clarification.

    • Yvon Bureau - Abonné 24 septembre 2016 14 h 04

      Tiré de l'article du 19 septembre :

      Voici du travail noble pour la Commission : travailler sur Comment inclure l'AMM dans les directives médicales anticipées. Ce qui était prévu à la fin de la Commission sur la question de mourir dans la dignité et du débat sur le projet de loi.

      Autre travail : Comment diminuer le stress, l'insécurité et l'insérénité des personnes qui sont autorisées à recevoir l'AMM et qui sont terrorisées à l'idée de perdre leur aptitude à consentir lors du Moment venu? Proposition: que la personne en fin de vie désigne son mandataire uniquement à cette fin. Vous en pensez?

      Un autre travail: préparer et réaliser la publicité promise sur les droits, les libertés et spécialement les responsabilités de la personne en fin de vie et à la fin de sa vie.

      Engager de nos artistes en âge avancé serait des plus espérés. Les Janette, les Gilles, les Lise ...

      Enfin, un URGENT travail à faire : comment harmoniser notre remarquable et remarquée Loi avec le Jugement unanime de la CSC de février 2015 et la Loi C-14 de juin dernier. Clarté juridique oblige. Paix clinique, sociale et institutionnelle le demande. Tout cela d'ici Noël. Juristes, au travail !

      Que la CSFV reconnaisse pleinement l'expertise et le gros bons sens clinique de l'équipe interdisciplinaire.

      Que la CSFV donne des entrevues aux médias. La population à un grand besoin de mieux les connaître.

      Assez de travail pour laisser travailler en paix et en grande confiance nos médecins et leurs équipes qui aident des mourants à terminer leur vie avec AMM !

      D'ici là, Le Barreau doit rencontrer Me Deschamps, en déficit++ de crédibilité.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 23 septembre 2016 08 h 26

    C'est sûr que ce n'est pas facile car c'est vraiment un soin controversé. Pour plusieurs médecins il s'agit de tout un changement de paradigme. Cependant il faut garder en tête que le devoir ultime des professionnels de la santé est de répondre au besoin du patient et que l'aide médicale à mourrir est une grande avancée pour les patients actuels et futurs qui se sentent maintenant rassurés, pour ne pas dire beaucoup moins angoissés, de pouvoir garder le contrôle de leur vie, dignement, jusqu'à la fin. Si la démarche, avec ses étapes précises, est bien appliquée il ne devrait pas y avoir de tatillonnage administratif visant à rechercher la moindre erreur. C'est déjà assez émotif comme ça donc pas besoin d'en rajouter.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

  • Jana Havrankova - Abonnée 23 septembre 2016 09 h 22

    Exemples concrets seraient utiles

    Il serait opportun que les médecins qui se sont sentis intimidés ou harcelés par les demandes d'information de la Commission sortent eux aussi de leur « devoir de réserve » en gardant bien évidemment la confidentialité de la personne qui a bénéficié de l'AMM. La Commission impose-t-elle des tracasseries inutiles? Ou s'agit-il des demandes légitimes pour s'assurer de la conformité avec la Loi, le rôle principal de la Commission?

    Si certains membres de la Commission ont exprimé des réserves quand à l'AMM dans le passé, peuvent-ils avoir changé d'idée? On aimerait les entendre! Sont-ils disposés à faire appliquer la Loi telle qu'elle est?
    De plus, les membres de la Commission, se sentent-ils capables de proposer des améliorations à la Loi ou se contenteront-ils, avec plus ou moins de réticence, du statu quo?