La convergence doit être générée, non quémandée

Pas plus tard que dimanche dernier, Jean-François Lisée proposait que l’élection partielle à venir dans Verdun se fasse sous le signe d’une convergence entre le Parti québécois et Québec solidaire.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pas plus tard que dimanche dernier, Jean-François Lisée proposait que l’élection partielle à venir dans Verdun se fasse sous le signe d’une convergence entre le Parti québécois et Québec solidaire.

Le même constat est sur toutes les lèvres: il est minuit moins une pour les indépendantistes. Presque tous le disent, et ceux qui se risquent à l’enthousiasme en ces heures grises sont rapidement discrédités et considérés comme naïfs. On comprendra. À mi-mandat, le Parti libéral du Québec accumule les cafouillages, redouble d’efforts dans son manque d’envergure et se voit surplombé de très lourds soupçons quant à son intégrité et sa bienveillance. Pourtant, rien ne bouge dans les intentions de vote. Le parti de la dénationalisation trône en tête, laissant assez loin derrière ses compétiteurs qui s’arrachent bec et ongles l’espoir de former l’opposition. Ces compétiteurs sont, je vous le donne en mille, les nationalistes de la CAQ et les indépendantistes du PQ et de QS.

 

Pas plus tard que dimanche dernier, Jean-François Lisée proposait, pour briser cette décourageante tendance à l’échec des nationalistes, que l’élection partielle à venir dans Verdun se fasse sous le signe d’une convergence entre le Parti québécois et Québec solidaire. Si l’idée a mathématiquement du sens et qu’une telle coalition de souverainistes aurait, en effet, toutes les chances de ravir la circonscription aux libéraux, la réponse d’Andrés Fontecilla a, sans surprise, rapidement refroidi les ardeurs. Résultat? Oubliez la prise de pouvoir des indépendantistes dans ce comté, même si l’addition des votes fragmentés de ces derniers à travers plusieurs partis les montre bien dominants à côté du PLQ.

 

Je propose, à la lumière de ce nouvel échec de la convergence, de tempérer les ardeurs démissionnaires de la plupart des candidats à la chefferie du Parti québécois et de proposer un contrepoids aux nombreux commentateurs politiques qui voient en la cause souverainiste une question qui lasse les Québécois. Quel peuple, en effet, ne serait pas désespéré d’être plongé dans une impuissance politique pareille à la nôtre? Quel citoyen un peu sensible et préoccupé par la question nationale ne se verrait pas complètement désespéré devant l’incapacité absolue des leaders qui prétendent porter la cause qui lui tient à coeur à projeter la moindre volonté de puissance politique?

 

Au-delà du contexte historique favorable post-Meech qui s’éloigne dans notre rétroviseur, au-delà du triomphe hégémonique de l’idéologie libérale anglo-protestante chez la vaste majorité des politiciens et de la caste médiatico-intellectuelle occidentale, triomphe qui se fait bien souvent d’ailleurs au détriment de la vigueur de la vie politique des sociétés qui s’en voient victimes, il convient d’être sensible à cet autre et non moindre responsable de l’étiolement des forces souverainistes: l’impuissance politique. Cette impuissance, le Parti québécois ne cesse de trouver de nouveaux moyens de s’y enfoncer depuis deux décennies.

 

La méthode à la mode actuellement est celle de baser sa stratégie sur la négociation d’une convergence avec d’autres partis politiques n’ayant absolument aucun intérêt à se prêter à une telle manoeuvre. La convergence doit être générée et non quémandée. Le Parti québécois doit être en mesure de devenir le centre d’attraction auquel les autres voudront se greffer et non se poser lui-même comme celui ayant besoin de converger pour survivre. Comprenons-nous bien. Il s’agit de proposer la création d’un pays aux Québécois, mais surtout de rompre avec une fédération et, pire encore, avec l’esprit politique dominant de notre époque. On comprend les Québécois d’être peu enthousiastes quant à leur avenir national lorsqu’on voit l’esprit de soumission dans lequel le vaisseau amiral de l’indépendance semble se plaire. Il est plus que temps d’en finir avec le pessimisme velléitaire. Peut-être alors les citoyens se montreraient plus enthousiastes face aux beaux discours vantant l’indépendance tenus par ceux qui semblent prêts à surtout ne rien faire pour que cela arrive.

13 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 23 août 2016 11 h 25

    Pensée magique.

    Voici la dure vérité: les gens ne veulent tellement pas de référendum qu'ils sont prêts à endurer le PLQ pour ne pas en avoir, même s'ils le méprisent.

    Ce dur constat, on peut le comprendre, fait l'objet de déni par plusieurs indépendantistes (pas tous - par exemple, JFL n'a pas perdu contact avec le réel à ce sujet).

    Pourtant, on pourrait faire tellement mieux et plus dans notre propre juridiction, sans l'obsession référendaire en filigrane. Une grande partie de la population serait davantage ouverte à autre chose que le PLQ si cette menace ne planait pas.

    Mais l'obsession référendaire nous condamne au PLQ, ou peut-être à la CAQ.

    Que se passerait-il s'il y avait un parti de gauche non contaminé par cette obsession?

    • Michel Blondin - Abonné 23 août 2016 20 h 31

      "les gens ne veulent tellement pas de référendum" ?????

      Qui a mis en évidence cette marotte si ce n'est que les adversaires.
      Les fédéralistes n'en veulent pas. Ce n’est pas pareil.

      Pas de références sérieuses sur ce que vous écrivez, mais des « parlotteries » sans fondement scientifiques.

      Connaissez-vous des gens intéressés aux élections? Pas moi.
      C'est un devoir civique que certains pays menacent d'une loi obligeant les citoyens à voter.

      Faut pas mélanger le devoir civique et le bonheur de se prendre en main et d'être responsable de ses décisions.

      Des idées "tricky" pour sortir de l'impasse que de faire une petite gouverne. Alors que les anglos votent en bloc pour donner la moitié des votes nécessaires à l'élection du PLQ. Et l'autre moitié, un quart de francophones fédéralistes.
      Le référendum n'a rien à voir la dedans. Un simple calcul,dis-je.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 août 2016 23 h 03

      C'est au poing de PKP que la dernière campagne électorale a tourné. Jusque là, le PQ menait dans les sondages. Un homme puissant veut la souveraineté: tout à coup elle paraît possible, un référendum se pointe le nez à l'horizon. La campagne se met à porter sur la souveraineté. Et ça commence à mal tourner pour le PQ.

      Tentant de colmater l'hémorragie, Mme Marois dit qu'elle ne fera pas de référendum, à moins que les circonstances ne s'y prêtent - circonstances qui seraient exceptionnelles.

      Malgré les dénégations de Mme Marois, l'ombre de la vague possibilité d'une infinitésimale probabilité de référendum a suffi pour faire élire le PLQ.

  • Christian Montmarquette - Inscrit 23 août 2016 12 h 41

    Le scrutin proportionnel évacué du PQ


    Les péquistes qui passent leur temps à se lamenter sur la division du vote, n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes, puisque c'est eux qui ont choisi d'évacuer le scrutin proportionnel de leur programme en 2011 en sachant très bien que cela soustrait les votes et les canditats.tes souverainistes les uns des autres plutôt que de les additionner les uns aux autres.

    En un mot comme en cent, le PQ prône la convergence quand ça fait son affaire point à la ligne et il n'aucune crédibilité et aucune conviction dans ce domaine comme dans bien d'autres d'ailleurs.

    - Vous dansiez en 2011?

    - Et bien chantez maintenant!

    Christian Montmarquette

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 août 2016 16 h 53

      Le QS chante et danse de joie deja de la victoire du PLQ aux prochaines élections.Comment qualifier cette attitude devant la perte du pays: incroyable ou suicidaire?

    • Jean Lacoursière - Abonné 23 août 2016 17 h 47

      Bonjour,


      http://www.ledevoir.com/non-classe/463916/le-devoi

      Extrait:

      "À un certain moment, M. Lisée a mentionné que l’exécutif du PQ de Rosemont avait justement l’intention de soumettre une résolution pour modifier le mode de scrutin au Conseil national du PQ, ce week-end, à Trois-Rivières. Il a dit avoir « bon espoir qu’elle soit adoptée ». Ces avances n’ont toutefois pas semblé convaincre Mme David, qui a rappelé les coupes imposées par le parti à l’aide sociale à l’époque du gouvernement Marois."

    • Jean-Pierre Blanchard - Inscrit 23 août 2016 19 h 58

      Et QS fait tout pour nuire à notre volonté de faire un pays.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 23 août 2016 22 h 11

      C'est exactement ce que je disais.

      Les péquistes se lamentent et ne répondent pas à l'argument.

      - Endurez-vous pardi!!


      Vous êtes les premiers responsables de votre propre malheur!

    • Raymond Labelle - Abonné 23 août 2016 22 h 52

      M. Lisée propose une "mixte proportionnelle" dans sa proposition pour la course à la chefferie en cours - 75 députés de comtés et 50 députés de liste pour rapprocher de la proportion de vote.

      Il propose que cette mixte proportionnelle soit appliquée dès 2022 si le PQ est élu en 2018 (avec lui à sa tête).

      Vous pouvez voir ceci en toute lettre à sa proposition 9, que l'on retrouve ici: http://jflisee.org/leadership-compte-a-rebours-202

      Toutefois, rien ne garantit que M. Lisée sera élu chef du PQ.

  • Jean Jacques Roy - Abonné 23 août 2016 14 h 15

    Pourquoi faudrait-il sauver le PQ?

    "les gens ne veulent tellement pas de référendum qu'ils sont prêts à endurer le PLQ pour ne pas en avoir, même s'ils le méprisent". Raymond Labelle

    Vous avez raison de dire Monsieur Labelle que 70 % des gens méprisent le PLQ... mais n'oubliez pas qu'il y en a autant et parfois davantage qui méprisent aussi le PQ!

    Quant à l'excuse de la peur du reférendum! Voyons! C'est une projection de la peur des péquistes de l'establishment lui-même! Cherchons ailleurs les raisons de la chute du PQ.

    Pour ma part, je crois que ce parti qui se prétend parti admiral s'est sabordé lui-même: d'indépendantiste il n'a que la réputation et de néo-libéral il en a tous les défauts d'un parti populiste!

    • Raymond Labelle - Abonné 24 août 2016 09 h 52

      Merci de votre attention M. Roy. Je dirais que l'histoire de la dernière élection est assez éducative à ce sujet. Jusqu'au poing de PKP, le PQ menait dans les sondages. J'en parle plus en détail dans une autre intervention ci-dessus.

  • Jacques Morissette - Abonné 23 août 2016 15 h 06

    «Rien ne bouge dans les intentions de vote.» Le parti Libéral est le parti de ceux qui n'ont pas le temps ou ne se posent pas beaucoup de question. Ils se disent probablement " mieux vaut se faire fouler dans la farine par le système fédéraliste établi que d'embarquer sur un bateau que de nous faire mener en bateau." Y a-t-il quelqu'un qui pourrait vraiment tenir le flambeau au PQ? De fait, tout dépendra de son chef le moment venu.

  • Michel Blondin - Abonné 23 août 2016 15 h 22

    Deux pas pour converger et en principes.

    Dans le renvoi sur la sécession du Québec du 20-08-1998, les juges de la Cour Suprême, au paragraphe 88 du jugement, expriment que:

    « le rejet clairement exprimé par le peuple du Québec de l’ordre constitutionnel existant conférerait clairement légitimité aux revendications sécessionnistes ... ».

    Or, tous les partis au Québec (PQ, PLQ, CAQ, QS.) rejettent l’ordre constitutionnel des fédéralistes de 1982. Et, le premier pas exigé par la Cour suprême est un clair rejet de la constitution existante.

    Éliminer le choix de la constitution actuelle est pertinent comme point de départ. Après tout, si le Québec était satisfait de la constitution il ne la rejetterait pas. Mais, il est difficile de tenir un référendum sur le rejet de la constitution fédérale par le Québec.

    Donc, en premier, le fond le plus solide et le plus général seraient que tous les partis reconnaissent d’emblée dans un document commun qu’ « ils rejettent le statu quo constitutionnel ». Ceci mettra au pied du mur ceux qui hésitent et aurait l’avantage d’un départ canon sur force clarté.

    Ensuite, il est impératif de faire une entente déclaratoire sur l’avenir commun. Le choix d'un nouvel ordre constitutionnel et ensuite le choix de l’indépendance et la souveraineté du Québec pour les partis qui se sentent en accord. Cela porteraient la convergence à un niveau jamais atteint. Un intermédiaire crédible conviendrait pour adoucir l’ensemble. Il existe déjà et porte le nom de OUI.
    L’entente devrait porter sur une déclaration vaste sinon universelle de l’importance de l’accession des peuples à son autonomie. Et d’en venir au point que le Québec dans la situation inacceptable, d’une constitution à laquelle il est exclu et s’applique devient une situation absurde. Elle exige que la réponse incontournable tel bâtir un pays soit à sa mesure.

    Exceptions ponctuelles, la démarche de principe est la seule convergence générale possible.