L’État québécois nous anglicise déjà assez!

Le gouvernement québécois pratique le bilinguisme institutionnel avec tous les immigrants adultes, ce qui veut dire que l’État rend disponibles tous ses services en anglais ou en français.
Photo: Getty Images Le gouvernement québécois pratique le bilinguisme institutionnel avec tous les immigrants adultes, ce qui veut dire que l’État rend disponibles tous ses services en anglais ou en français.

L’accès à la formation professionnelle en anglais pour les adultes n’est pas restreint par la loi 101. Il n’est donc pas illégal de faire migrer les réfugiés syriens adultes vers les écoles de la commission scolaire Lester B. Pearson. Personne ne remet en question aussi le fait que des citoyens qui ont fréquenté le système scolaire anglophone, les ayants droit de la loi 101, puissent le faire une fois rendus adultes.

 

Le Québec reçoit 50 000 immigrants par année, dont 20 000 (40 %) n’ont aucune connaissance du français à leur arrivée. La clé pour stopper l’anglicisation en cours au Québec est de faire en sorte que l’aménagement linguistique organisé par l’État amène, de façon naturelle et sans effort, les immigrants à faire usage du français dans l’espace public, au restaurant, dans les commerces et dans la consommation des services offerts par nos institutions. Le jour où une très grande majorité d’immigrants utiliseront le français en public, nous pourrons dire que le français est ici la langue commune au même titre que l’allemand en Allemagne ou l’anglais au Canada.

 

Cependant, tous savent que l’État québécois est un des principaux contributeurs à l’anglicisation des nouveaux arrivants. Le gouvernement québécois pratique le bilinguisme institutionnel avec tous les immigrants adultes, ce qui veut dire que l’État offre tous ses services en anglais ou en français. C’est le libre choix de la langue pour l’obtention du permis de conduire, de sa carte d’assurance maladie, pour remplir sa déclaration de revenus, pour enregistrer son entreprise au registraire des entreprises, et enfin, dans toutes les institutions de santé. Comment le gouvernement peut-il demander aux entreprises de fonctionner en français si ce dernier ne pratique pas l’unilinguisme institutionnel à l’image des provinces canadiennes avec non seulement les immigrants, mais aussi les francophones hors Québec ?

 

Ce bilinguisme institutionnel québécois, comparé à l’unilinguisme institutionnel des provinces canadiennes, nous montre tout le pouvoir d’intégration linguistique des institutions publiques. En effet, au Québec, il n’y a que 55 % des transferts linguistiques des allophones qui s’opèrent vers le français (45 % vers l’anglais) comparativement au 99 % vers l’anglais dans le reste du Canada.

 

La position du maire Coderre, calquée sur celle de la ministre Weil dans le cas des réfugiés syriens, nous ramène aux « good old days » où nous avions une petite élite canadienne-française au service des possédants anglais. Notre élite canadienne-française se fait l’écho des demandes du puissant lobby anglais, le Quebec Community Groups Network (QCGN), qui reçoit cinq millions de dollars par année de Patrimoine Canada pour affaiblir le fait français. Coderre et Weil veulent que les commissions scolaires anglophones prodiguent en anglais la formation professionnelle aux réfugiés adultes syriens, et cela, sans aucune raison valable. Avec les deniers publics, nous anglicisons des gens qui pourraient autrement contribuer, comme tant l’ont fait jusqu’à aujourd’hui, au français québécois rempli d’accents haïtien, maghrébin, hispanophone ou autres.

 

Déjà, en voyant cette élite canadienne-française qui tait sciemment le déséquilibre aberrant lié à des investissements publics de deux milliards de dollars par année au profit des institutions anglophones, on aurait cru avoir touché le fond du baril, mais force est de constater que ceux qui se complaisent dans leur posture de néocolonisés réussissent toujours à nous surprendre.

  • François Séguin - Abonné 27 novembre 2015 07 h 55

    Il est temps que ça cesse.

    Messieurs Bouchard et Laporte ont raison à 100%. Et ce n'est pas les Couillard et Coderre qui vont s'investir à protéger notre langue. Quant au PQ, il aurait dû, lorsqu'il était au pouvoir, et ce malgré l'opposition de la CAQ et du Parti libéral, défendre bec et ongles son projet de loi visant à resserrer la loi 101. Jusques et y compris en étant prêt à faire de cette question un enjeu central de la dernière campagne électoral. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire.

    François Séguin
    Knowlton

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 27 novembre 2015 08 h 30

    Merci!

    En espérant que votre texte brise ce silence étrange et malsain des élites politiques et journalistiques, qui perdure depuis une semaine... comme si tout le monde s'en fichait ou regardait ailleurs.

  • Jacques Lamarche - Abonné 27 novembre 2015 08 h 35

    Ils viennent au Canada, d'abord!

    Le Québec est une province, un corps administratif, soumis à une autorité supérieure qui, dans un pays anglophone, impose le bilinguisme. Or la langue officielle du Québec, dans l'esprit de nos dirigeants, qui sont aussi des Canadiens, n'a pas force de loi! Il faut des convictions et du cran pour aller à contre-courant!

    La Canada verrait d'un très mauvais oeil le Québec s'il défiait sa loi! Une autre fois, il serait taxé d'étroitesse, de fermeture, de tous les mots (maux), de mauvaise foi!

    Quand tu n'es pas maître dans ton pays!!

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 27 novembre 2015 10 h 48

      M. Lamarche,

      Si je comprends bien, vous avez peur du «mauvais oeil» canadien et suggérez de plier l'échine... ou doit-on vous prendre au second degré?

  • François Beaulne - Abonné 27 novembre 2015 09 h 40

    Gare aux Troyens

    L'histoire remonte à l'Antiquité où, après avoir été chassés de Troie par la défaite et la destruction de leur ville aux mains de l'armée grecque aidée des astuces d'Ulysse et son fameux cheval, un groupe de troyens dirigés par Enée trouve refuge à Carthage où la reine Didon les acceuille à bras ouverts sans se douter que ces mêmes réfugiés et leurs descendants iront fonder Rome qui détruira Carthage à tout jamais.
    Si le gouvernement Lévesque a ouvert généreusement les portes du Québec aux réfugiés Haitiens, Indochinois, Latino américians,Roumains, Maghrébins dans les années 1970-1980 c'était, bien sûr, par solidarité et compassion. mais également parce-que ces groupes, pour des raisons culturelles, linguistiques ou historiques reflétaient un potentiel de contrinuer au renforcement de la culture et de la langue française de la société d'acceuil, politique consignée en 1978 par l'Entente Cullen-Couture qui conféra au Québec le pouvoir de choisir ses immigrants et gérer leur intégration. Pourquoi n'en serait'il pas ainsi des réfugies syriens ou autres?

  • Gilles Théberge - Abonné 27 novembre 2015 10 h 02

    De toute façons

    Deux exemples récents. Radio Canada nous aproposé récemment deux reportages portant sur deux familles de migrants syriens, qui montrent que un an après leur arrivée au pays ces familles ne parlent pas français!

    Dans les deux cas il est manifeste que le mère ne parle qu'Arabe le père anglais et les enfants français.

    C'est ça le portrait de la situation. Alors arrêtez de nous faire croire que l'intégration se fait en français au Québec.

    Heureusement que la loi 101 existe. Et ce n'est pas là ministre de l'immigration et l'intégration des immigrants qui ne se contient pas à la pensée "jouissive" de là formation professionnelle en anglais.