En votant authentique, nous votons stratégique

Photo: Chris Young La Presse canadienne

La campagne électorale en cours suscite un débat entre indépendantistes. Comment voter à cette élection que tient le Canada sur le territoire du Québec ? En fonction de nos convictions indépendantistes ou pour déloger le gouvernement Harper ? Notre vote, doit-il être authentique ou stratégique ? On me permettra ici d’exposer ma position à titre personnel.

 

D’entrée de jeu, il faut souligner que cette élection se tient sans le consentement du peuple québécois, car elle peut être tenue en vertu d’une constitution qui nous a été imposée par le coup de force de 1982. Comme le rappellent régulièrement des résolutions unanimes de tous les partis représentés à notre Assemblée nationale, cette constitution a été adoptée sans consultation du peuple québécois et sans son consentement.

 

Or, c’est elle qui permet au Parlement du Canada de tenir cette élection au Québec pour élire un gouvernement qui gérera près de la moitié de notre budget et de nos affaires, notamment dans le transport du pétrole et sur bien d’autres questions vitales. D’un simple point de vue démocratique, cette élection est illégitime, mais elle aura force de loi, une loi imposée par la force. Pour les prochaines années, un gouvernement du Canada continuera de se donner le droit d’intervenir dans les affaires du Québec à la place de notre gouvernement national.

 

L’abstention n’étant pas une solution, le OUI a décidé d’entreprendre une campagne non partisane pour dénoncer chaque jour divers aspects de notre dépendance au régime canadien et faire avancer l’idée d’indépendance. Cette élection nous offre une tribune pour débattre de questions importantes pour notre avenir national, en les liant à la nécessité de l’indépendance politique du Québec.

 

Voter authentique ?

 

Une façon de faire avancer l’indépendance consiste à voter authentique, à voter pour des candidats indépendantistes. Toute élection canadienne a un caractère inévitablement référendaire au Québec. Aux yeux des médias, chaque vote compte pour le fédéralisme ou pour l’indépendance. On l’a bien vu en 2011 : la défaite du Bloc a eu un effet démobilisant pour l’ensemble du mouvement indépendantiste.

 

Elle a aussi privé le mouvement d’une partie de ses défenseurs et de ses moyens, lesquels sont utilisés par des députés fédéralistes et leur personnel. Environ 250 personnes du Québec travaillent pour un régime politique qui nie les besoins et les valeurs du Québec. Nous ne pouvons nous permettre cela en vue de l’élection québécoise de 2018.

 

D’un point de vue indépendantiste, on doit faire en sorte que cette élection du Canada sur le territoire du Québec soit la dernière ou, au pire, l’avant-dernière. D’ici l’indépendance, des indépendantistes à Ottawa pourront non seulement mieux défendre les intérêts du Québec, mais aussi lier chaque question débattue au Parlement d’Ottawa avec notre avenir national plutôt qu’avec celui du Canada.

 

Voter stratégique ?

 

À l’opposé, certains indépendantistes proposent de voter stratégique. Devant le bilan particulièrement néfaste du gouvernement canadien actuel dans la réponse aux besoins du Québec, il faudrait jouer le jeu pancanadien et maintenir une forte délégation fédéraliste du NPD au Québec pour provoquer un changement de gouvernement.

 

Or avec 338 circonscriptions au Canada, cela voudrait dire au moins 170 députés NPD pour former un gouvernement majoritaire à Ottawa, dont au moins 120 seraient élus dans les autres provinces que le Québec. Ce simple fait nous rappelle que ce n’est pas le Québec qui va choisir le prochain gouvernement canadien.

 

Avec 54 députés du Québec sur 101, le NPD prend déjà soin de ne pas apparaître trop québécois, car c’est ailleurs qu’il doit progresser. En analysant les débats à Ottawa, on constate l’absence du Québec dans les interventions de presque tous les députés, sauf ceux du Bloc québécois. Qu’en sera-t-il si les néodémocrates, autant que les libéraux d’ailleurs, forment le gouvernement avec des députés du Québec minoritaires dans leur caucus ? La simple démocratie n’implique-t-elle pas qu’ils devront épouser les intérêts de leurs électeurs, comme ce fut le cas des gouvernements libéraux ou conservateur, même dotés d’une forte délégation du Québec, lors du rapatriement de la constitution ou de l’échec du lac Meech?

 

Majoritaire ou minoritaire ?

 

Raisonnons stratégiquement, mais en indépendantiste. Quel que soit leur parti, les Québécois à Ottawa ne sont pas au pouvoir et sont de moins en moins nombreux. C’est vrai des députés indépendantistes, mais aussi des députés fédéralistes. Ces derniers, contrairement aux députés indépendantistes, doivent convaincre la majorité de leurs collègues provenant des autres provinces de tenir compte des besoins du Québec, alors que leurs électeurs n’ont pas les mêmes intérêts.

 

L’intérêt du Québec n’est pas de contribuer à élire un gouvernement majoritaire fort à Ottawa, quelle qu’en soit la couleur. L’intérêt du Québec est un gouvernement minoritaire à Ottawa. En votant pour des candidats indépendantistes, on favorise un gouvernement minoritaire qui pourra plus facilement être contré dans ses mesures contre le Québec, que ce soit l’utilisation du territoire du Québec pour le transport du pétrole ou des mesures centralisatrices, comme un ministère fédéral des Affaires urbaines ou une commission de valeurs mobilières.

 

En votant authentique, nous votons stratégique. Avec un gouvernement minoritaire à Ottawa, les 78 députés québécois à Ottawa pourront mieux défendre les intérêts du Québec. S’ils sont indépendantistes, ils pourront faire avancer l’idée d’indépendance par leurs actions plutôt qu’en nous maintenant de fait dans une sorte de dépendance politique. Voter authentique, c’est voter stratégique, c’est créer les meilleures conditions possible pour l’émancipation du Québec.

30 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 26 août 2015 00 h 56

    C’est dans un gouvernement minoritaire que le Québec retrouve un peu de ses forces dans cette monarchie constitutionnelle imposée. C’est dans un gouvernement minoritaire avec des Québécois qui sont là pour représenter les besoins spécifiques d’une nation en devenir et non pas les aspirations d’une autre entité dyslexique sur le fait francophone que le Québec progresse. C’est dans un gouvernement minoritaire et avec les députés indépendantistes du Bloc québécois que les intérêts des francophones seront mieux représentés et défendus dans la capitale de l’Autre puisqu’ils auront la balance du pouvoir.

    Laissons les « Canadians » se chamailler et décider qui ils veulent élire comme le prochain monarque. De toute façon, qu’il soit conservateur, libéral ou bien NPD, il n’y a aucune différence et tous se foutent bien du Québec. Et le Canada ne parle pas français tout comme le « New Democratic Party of Canada ».

    • Christian Montmarquette - Inscrit 26 août 2015 08 h 49

      «C’est dans un gouvernement minoritaire que le Québec retrouve un peu de ses forces » - Cyril Dionne

      « La minorité ne change plus rien»

      Cyril Dionne affirme que c'est dans un gouvernement minoritaire que le Québec retrouve un peu de ses forces, alors que lorsque l'on suit la politique d'un peu plus près, on s'aperçoit rapidement que cette présomption d'une prétendue balance du pouvoir est de plus en plus fausse, quand on sait que les gouvernements minoritaires se comportent exactement comme des gouvernements majoritaires tant que les intentions de votes n'ont pas changés, puisqu'aucun parti ne veut porter l'odieux de plonger le gouvernement en élections en dilapidant les deniers publics pour revenir aux mêmes résultats.

      Christian Montmarquette

    • Sylvain Lévesque - Abonné 26 août 2015 09 h 47

      Je suis partisan du vote "authentique", mais pour des raisons différentes. Je crois que dans une élection, au-delà de la constitution d'un parlement (sur lequel le Québec n'a au final à peu près aucune prise, merci à M. Paquette pour sa démonstration), il y a un message que la population exprime à ses dirigeants, et dont l'effet n'est pas négligeable. Quand je vois ces soi-disant "stratèges" chercher à influencer le cours de la politique canadienne en élisant des députés fédéralistes avec qui ils ne partagent même pas la moitié des convictions, je trouve que ça brouille énormément la clarté de nos positions. L'élection massive de députés néo-démocrates au Québec il y a 4 ans n'aura finalement créé pour le Québec à peu près aucune retombée politique significative (ce qu'on avait reproché ad nauseam à propos du Bloc Québécois), si ce n'est que de donner des arguments aux fédéralistes pour décréter depuis quatre ans la mort du projet indépendantiste.
      Ceci dit, rêver de la balance du pouvoir pour le Bloc Québécois repose sur un calcul probabiliste qui a très peu de chances de se produire. Tant qu'à moi on ne devrait pas perdre son temps à imaginer ce scénario.
      Donc voter pour le Bloc, oui, mais pas dans l'espoir d'exercer un rôle dans le parlement canadien. Simplement pour "parler clair".

    • Jacques Gagnon - Inscrit 26 août 2015 11 h 45

      Alors pourquoi donc ceux qui souhaitent le vote proportionnel pestent-ils donc contre les gouvernements minoritaires ? Le vote proportionnel mènent directement aux parlements à l'italienne et israélienne avec des dizaines de petits partis avec lesquels il faut négocier. Je ne dis pas ici que ça n'est pas bien, mais je soulève la contradiction de ceux qui souhaitent la proportionnelle tout en niant les bienfaits d'un gouvernement minoritaire, qui est la conséquence obligée de ce vote.

  • Bertrand Malenfant - Inscrit 26 août 2015 06 h 07

    Vote authentique

    Bravo M. Paquette: le vote authentique est le seul vote possible pour des indépendantistes. Quant au vote dit stratégique, il contribuerait à consolider ce régime fédéral que nous rejetons. Je regrette simplement que vous vous exprimiez "à titre personnel". J'aurais souhaité qu'au lieu de regarder passer le train électoral en rejetant la pertinence de cette élection (position officielle des OUI Québec), vous preniez position au nom de l'organisation, et que la consigne soit transmise aux orgranisations membres de votre coalition. Merci de votre prise de position.

  • Robert Lauzon - Abonné 26 août 2015 06 h 53

    Affirmons-nous encore et encore!

    Votez pour des fédéralistes sera toujours un vote contre la souveraineté du Québec.

    L'axe gauche-droite fait disparaître l'essence même de la lutte identitaire du Québec.

    La gauche pense, à tort, que voter pour Thomas Joseph Mulcair sera un atout pour le Québec. Il est superflu de rappeler que ce monsieur a mené la charge des antis-loi 101, qu'il fut contre les intérêts du Québec en 1980 et 1995, que cet ancien ministre de l'environnement manque de gros bon sens en ne dénonçant pas le projet dangereux de transport de pétrole bitumineux dans un vieux gazoduc impropre à un tel usage laissant ici le Québec exposé à tous les risques sans aucun bénéfice réel. Mulcair, ce pitbull libéral, qui défend Thatcher et le néo-libéralisme serait devenu un gars de gauche, vraiment? Faire semblant d'y croire une seule seconde relève de l'angélisme, d'une naïveté affligante.

    Le Québec doit se doter des moyens pour enfin s'émanciper du Canada. Nous donnons à nos voisins près de 30 milliards annuellement et ce, net de tout retour direct, quand nous déciderons-nous enfin à gérer nous-même notre avoir? Peut-être qu'il faut être avant d'avoir.

    Alors pour une fois, encore, le 19 octobre prochain, ré-affirmons le besoin du Québec d'enfin exister! Votons Bloc, votons Québec!

    • Gilles Delisle - Abonné 26 août 2015 08 h 28

      Tout à fait raison, M. Lauzon! Mulcair a une belle gueule, et il parle bien, mais a-t-on oublié qui, il a été vraiment! Cet ex-président d'Alliance Québec, qui a combattu les défenseurs de la loi 101, comme vous le dîtes si bien, et qui à tître d'ex- ministre de l'environnement vient prôner le projet Energie-Est sur nos terres et rivières, voilà qui n'a rien de rassurant pour tous les Québécois, qui sont majoritairement contre ce projet.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 26 août 2015 09 h 20

      «L'axe gauche-droite fait disparaître l'essence même de la lutte identitaire du Québec.» - Robert Lauzon

      «Je me souviens.. De pas grand chose..»

      C'est à mon avis exactement le contraire qui s'est produit. Alors que la lutte nationale, telle que menée depuis 45 ans par le Parti québécois, a terriblement nuit à la lutte sociale, avec tout le Québec qui dérive de plus en plus à droite depuis des décennies.

      Et c'est même l'erreur majeure (ou le choix) de notre belle et grande famille péquiste, que d'avoir dissocié la lutte sociale de la lutte nationale, pour la réduire à une petite lutte culturelle et linguistique économiquement émasculée pour le peuple du Québec. Puisque l'origine même de la lutte nationale, était une lutte sociale et une lutte de classe, opposant les pauvres Canadien français à l'oppression économique des riches Canadiens anglais.

      La lutte nationale a perdu son sens fondamental en dissociant la lutte sociale à la lutte nationale; deux luttes qui n'auraient toujours du constituer qu'une seule et même lutte, pour une véritable libération nationale.

      Ce n'est pas pour rien que les appuis à l'indépendance stagnent à «40%» depuis plus de 45 ans.. On ne change pas de pays pour le plaisir de changer de pays.. Mais dans l'objectif bien légitime d'améliorer son sort.

      Le discours étriqué strictement identitaire des péquistes, a non seulement évacué la lutte sociale de la lutte nationale, mais ne parvient qu'à convaincre des convaincus.es. Au point ou certains nationalistes pourraient même prendre pour devise..

      «Je me souviens.. De pas grand chose..»

      Christian Montmarquette

    • Jacques Gagnon - Inscrit 26 août 2015 11 h 40

      Bravo Monsieur Lauzon, au moins vous, vous n'êtes pas empêtré par la lutte des classes, qui aura libre cours en tout temps de toute façon, comme l'acné accable les adolescents. Il y aura toujours des nostalgiques de Karl Marx.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 26 août 2015 17 h 06

      «Vous, vous n'êtes pas empêtré par la lutte des classes, qui aura libre cours en tout temps de toute façon, comme l'acné accable les adolescents.»- Jacques Gagnon

      Certains se prétendent nationalistes, et méprisent le segment le plus pauvre de leur propre nation.

      - Vous êtes nationaliste de quoi au fait, M. Gagnon?

      - Nationaliste de drapeau ou de sirop?

      Mais sachez bien, que les millions de Québécois qui crèvent de faim et de misère parce qu'ils ont été abandonnés autant par le PQ que le PLQ, n'a rien à voir avec une maladie d'adolescents, et tout à voir avec nos brutes économiques PQ et libérales, qui gavent leurs amis des entreprises à coups de milliards, pendant qu'il s'attaquent lâchement aux plus faibles de notre société.

      Et avec des propos comme les vôtres, tout ce que les bloquistes méritent, c'est une seconde et cuisante défaite liées à leur inconsience et leur impuissance sociales.

      Et à «16%» des intentions de votes pour le Bloc, contre «47%» pour le NPD.. - Vous pouvez être assuré que vous allez l'avoir!

      Christian Montmarquette

      Référence :

      «Les banques alimentaires débordées; 1,6 million de demandes par mois au Québec» - Le Devoir

      http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci

      .

    • Robert Lauzon - Abonné 26 août 2015 23 h 53

      M. Montmarquette,

      Mon commentaire est, à nouveau, une mise en garde pour signaler le danger pour le peuple du Québec de voter pour des fédéralistes, quelqu'ils soient, mais plus particulièrement ici, il est très inquiétant que des québécois soient tentés d'accorder leur confiance à Thomas Joseph Mulcair. Son passé est criant de désaveux des désirs minimaux du Québec. Mulcair est un danger pour le Québec.

      Je ne dis pas que votre lutte pour une meilleure équité sociale, une répartition juste de la richesse et pour une égalité des chances dans notre société est futile, bien au contraire. Je suis plutôt de votre avis.

      Ce que je dis, par contre, c'est que nous devons absolument additionner les votes des souverainistes, de gauche, du centre comme de droite pour enfin espérer nous donner notre pays. Pays où nous pourrons nous doter de la société que nous voudrons, pas celle des autres mais, enfin, la nôtre.

      Vouloir imposer ses volontés à l'autre, c'est lui manquer de respect mais se laisser imposer la volonté d'un autre, là, c'est se manquer de respect.

      Le projet de société de la nouvelle société à naître dans la république du Québec sera largement consensuel ou ne sera pas. Là est le véritable défi à relever: sommes-nous, nous souverainistes, capables de nous concocter un projet de société suffisamment consensuel pour minimalement satisfaire chacune des factions sans perdre de vue que l'objectif est l'émancipation politique du peuple du Québec.

      Un projet largement consensuel saura, j'en suis convaincu, rallier au lieu que nous soyons chacun de son côté des chiens de faïence épiant les faux pas de l'un comme de l'autre. La confrontation a assez duré, il est temps de travailler ensemble autour d'un projet rassembleur.

      Réaffirmons pour une fois, encore, le 19 octobre, le besoin qu'a le Québec d'enfin exister.

  • Josée Duplessis - Abonnée 26 août 2015 07 h 15

    Tellement vrai. Merci!
    Rien à ajouter.

  • Jacques Lamarche - Abonné 26 août 2015 08 h 27

    Du pareil au même!

    Les fédéralistes sont d'abord au service du Canada! Notre premier Ministre en est la plus claire illustration!

    Les Québécois qui rêvent de liberté et de pouvoir se tirent dans les pieds en faisant confiance à des acteurs qui sont voués à des intérêts tout à fait contraires aux nôtres!! Indépendantiste un jour, indépendantiste toujours! Surtout sur le terrain de jeux fédéral!

    Merci M. Paquette!