La fin de l’Association Québec-France

Photo: Manuel Menal / CC
Lettre à André Poulin, président national  de l’Association Québec-France
 

La situation est regrettable, mais depuis longtemps prévisible. Il n’y avait qu’à voir les gestes posés petit à petit qui nous conduisaient à cette conclusion. Pour ma part, j’avais pris mes distances du mouvement après y avoir milité activement. Seule la date de la fin manquait à mon évaluation.

Cette association fondée au moment d’une renaissance des rapports du Québec avec la France voulue par De Gaulle avait d’abord un but culturel et social, mais politique en filigrane. Ce président d’envergure exceptionnelle voyait plus loin que le simple lendemain. Son évaluation de l’avenir du Québec fut toutefois erronée. Trop d’éteignoirs de ce côté-ci de l’Atlantique ont mis la main à la pâte, bien soutenus par les collaborateurs du statu quo. René Lévesque puis Jacques Parizeau ont bien tenté d’accomplir le geste libérateur. Le dernier surtout a failli de peu à le réaliser. On sait de quelle façon malhonnête la mainmise séculaire des autres sur le Québec s’est maintenue. Dès lors, le résultat du référendum de 1995 sonnait le glas de Québec-France, puis de France-Québec à brève échéance. Seul le 400e anniversaire de la fondation de Québec a ralenti la marche finale vers le peloton d’exécution.

Il faut avoir lu l’excellent ouvrage de Frédéric Bastien sur les 20 ans de relations particulières entre le Québec et la France pour comprendre la dimension politique de l’organisme dans ses premiers temps. Il était là pour accompagner un projet. En 1995, les Québécois ont voté par une mince majorité de maintenir leur statut de provinciaux. Pour un pays comme la France, qui a des intérêts à défendre sur la scène mondiale, à quoi lui sert-il d’avoir des liens avec une province absente de cette scène ?

La visite à Québec du président Sarkozy a donné le signal par l’insignifiance de sa présence. Il faut dire que plus insignifiante encore avait été la conduite des Québécois refusant le monument prestigieux que la France voulait offrir à Québec pour les fêtes du 400e anniversaire de sa fondation, insignifiant à ce point qu’on se demande ce qu’il en reste. Les chantres de la petitesse du Québec, les radios poubelles au premier rang de l’attaque, ont gagné et donné un enterrement de première classe à ce projet d’escalier monumental qui aurait avantageusement remplacé des bretelles d’autoroute d’une grande laideur.

Jusqu’à un certain point, Québec-France s’est elle-même faite complice de la situation en évacuant complètement la dimension politique de ses interventions, en s’agitant autour d’activités bénignes, mais demandant beaucoup d’énergie et de dévouement à celles et ceux qui s’y engageaient : cueillettes de pommes et de raisins, échange de maisons, repas gastronomiques, congrès sans lendemain, etc.… Ce n’est pas très dangereux pour les gouvernements hostiles à plus de présence québécoise sur la scène mondiale. C’est à ce moment que j’ai refusé de continuer mon engagement considérant la suite comme une perte de temps. Je pouvais faire autre chose de plus utile ailleurs. Puis il y a eu les coupes de budget de la part de la France entraînant inévitablement les coupes québécoises.

La suite maintenant. La disparition de Québec-France n’est qu’un geste annonciateur d’une diminution du rayonnement international de Québec et du Québec. On constate déjà un consulat général de France à Québec amoindri. Son déménagement n’est qu’un avertissement avant de voir tous les dossiers entre la France et le Québec transiter dorénavant par l’ambassade à Ottawa. Lisez les nouvelles et les communiqués récents. Le consul général de France à Québec est devenu invisible et c’est l’ambassadeur de France à Ottawa qui prend le relais. Voilà tout le monde heureux de la petitesse retrouvée du Québec et de sa capitale.

8 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 1 mai 2015 06 h 37

    Ansi soit-il !

    Un Québec toujours plus exclusivement canadien continu de se mettre en place.
    Pour cela, aucune manoeuvre politique et opportunités ne restent négligées par le pays qui "grandit en espérant"...
    Mais en espérant quoi, si ce n'est qu'une majorité de Québécois persistent à fermer les yeux sur l'insignifiance politique dans laquelle, depuis des ans, il les pousse toujours plus.
    La question de plus en plus urgente est donc de savoir si nous continuerons à plier l'échine en espérant trouver par terre le beau trente-sous qu'on nous y fait espérer, ou si nous nous redresserons tous comme des Hommes ? Comme des Hommes libres, solidaires et unis non pas "malgré" nos différences, mais plus forts que jamais grâce à elles.
    Sauf pour la relativement courte période diplomatique qui alla de de Gaule à Mitterand (inclus), la vérité est que la France n'a jamais perçu avoir besoin d'un Québec solide comme allié. Cela, en dépit de grandes déclarations théoriques d'amour de ses dirigeants et malgré que de ses intellectuels et artistes y perceveraient-là un atout.
    Alors, ainsi soit-il !
    Après tout, en n'ayant pas su mériter sa pérénité, nous Québécois serons une fois de plus mis face à notre urgent choix de destin : rester debout dans la bourasque, ou nous transformer en simples bancs de neige de nous "quelques arpents".
    Soit cela sera annonciateur de notre fin, soit le sera d'un électrochoc salutaire.
    Peut-être ne méritons-nous tout simplement pas cette simple liberté que se donnent les Hommes qui osent se tenir debout ?
    Peut-être n'aurons-nous même jamais été un peuple ?
    Encore moins une nation ?
    Mais juste une bande de caves qui, sans jamais se tanner, aura aimé mourir ?
    Aide-toi et le ciel t'aidera, dit l'adage.
    Mais peut-être vaincrons-nous l'adversité ?
    Vous: je sais pas. Mais moi, pour éviter de participer à la première alternative, j'ai simplement décidé de mettre mon parka pour savoir "d'où ce que le vent vient".

    Vive le Québec libre !

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 1 mai 2015 09 h 39

    Bof...

    Pourquoi n'organisent ils pas un téléthon, lavothon, marathons, ....si cela est si primordial et nécéssaire, afin d'assurer la pérénnité de leurs organismes et leurs indépendances financières?

  • Gilles Théberge - Abonné 1 mai 2015 10 h 09

    Tout le monde est heureux?

    Couillard est heureux, ça c'est certain. Comment voulez-vous qu'il s'émeuve de la perte de rayonnement du Québec. D'abord l'émotion ça ne fait pas partie de son registre. Le seul rayonnement qu'il envisage pour le Québec, c'est celui d'une présence accrue au sein de la bande de «pyranhas» qui ne rêvent que de nous voir accepter enfin de nêtre qu'un dixième de ce que nous pourrions être. Je parle ici du «Conseil de la fédération», la patente à Charest. Que par ailleurs boude ostensiblement Harper

    Harper aussi est heureux. Harper qui pense qu'il parle pour nous et en notre nom, à chaque fois qu'il ouvre la bouche.

    Les autres le sont-ils? Ça dépend de qui sont ces autres.

    Les autres, c'est-à-dire ceux qui ignorent totalement ces faits, les leçons que vous en tirez, et donc les conséquences de ces changements? On parle ici de ceux et celles qui ignorent même ignorer ces faits et qu'il y a des conséquences à cet état de fait.

    Ils ne sont ni heureux ni malheureux les autres, ils s'en fichent. Et c'est bien ça le drame.

    Pour ne pas perdre totalement la dimension affective avec la France, il ne reste plus aux familles nombreuses attachées à leurs racines, que la petite voie individuelle des associations de familles.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 1 mai 2015 10 h 26

    Difficile de comprendre l’apparente indifférence de M. Couillard


    Difficile de comprendre en effet, l'indifférence de M. Couillard envers la France et les relations France-Québec. D'autant plus que par sa mère (née Parde) M Couillard est également citoyen français.

    Peut-être son patronyme, hautement suggestif, y est-il pour quelque chose! Il ne doit pas être aisé de s'afficher politiquement dans les pays francophones avec un patronyme qui peut porter trop souvent, hélas, à la plaisanterie surtout dans les "vieux pays". Il serait difficile, voire impossible par exemple qu'un président français porte un patronyme égrillard ou malplaisant (voir: http://www.temoignages.re/la-reunion/local-160/les,21948.html )

    Ici, au Québec, nos patronymes sont souvent colorés, on s'y fait, on n'y pense plus, cela n’a plus d’importance, mais il en va autrement en pays francophones. D’autre part, en régions anglophones ou en pays étrangers les signifiants patronymiques francophones amusants ou cocasses ne signifient rien, d'où l'avantage de s’y promener…

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 1 mai 2015 12 h 17

      Ça fait du bien de lire quelqu'un qui ne soit pas couard.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 1 mai 2015 12 h 06

    Hier...

    j'ai écrit au PM du Québec et au président* de l'ANF...leur demandant de revoir le dossier..à la hausse. (langage "affaires" pour attirer leur attention)

    Tu es naîve...me disait une amie. Peut-être... mais j'ai suivi mon instinct, mes
    émotions... et mon esprit bagarreur.

    Il ne faut jamais, au grand jamais, niveler par le bas .

    * parce que je n'arrivais pas à trouver les adresses courriels de MM Hollande et Valls et de Mme F. Pellerin.

    • Yves Côté - Abonné 1 mai 2015 15 h 10

      Madame Sévigjy, pour leur écrire, normalement il suffit d'écrire leur nom sur les enveloppes sans les adresser (sauf pour la mention "France")...
      Autrement, si vous connaissez quelqu'un qui prépare un petit voyage pour ce pays, vous lui donner les enveloppes sans affranchissement et par la Poste française, elles se rendront. Dans cette République, c'est un droit pour tous de pouvoir s'adresser ainsi aux deux personnes en question, Président et Premier Ministre (800 lettres par jour leurs arrivent).
      Salutations amicales, Madame.