Universités: nous ne pouvons rester silencieux

Les universités québécoises sont dans un état précaire.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les universités québécoises sont dans un état précaire.

Monsieur le Premier Ministre, votre gouvernement a choisi d’exiger des compressions budgétaires de tous, fonction publique, commissions scolaires, service de santé, médecins et système universitaire. Nous, les doyens et les doyennes de l’Université du Québec à Montréal, sommes très fortement préoccupés des conséquences immédiates et à long terme de ces nouvelles séries de compressions qui s’annoncent, notamment pour le système universitaire québécois.

 

Les universités québécoises sont dans un état précaire à la suite de nombreuses compressions qui leur ont été imposées depuis plusieurs années. Sous le gouvernement Charest, il a été clairement démontré que les universités québécoises étaient sous-financées. Ce constat ralliait d’ailleurs l’opposition. Or le gouvernement Marois, après lui, a exigé des universités des compressions immédiates de 123 millions de dollars, promettant un éventuel réinvestissement ciblé qui n’est jamais venu. Or votre gouvernement renchérit maintenant avec des compressions supplémentaires de 172 millions de dollars, sans compter des coupes plus importantes annoncées pour l’an prochain.

 

Comment sommes-nous passés d’une situation consensuelle d’un besoin de réinvestissement à une série de compressions répétées si importantes que les plus récentes à elles seules représentent l’équivalent de la fermeture complète d’une université québécoise de taille moyenne ? Pouvons-nous réellement croire que ces nouvelles compressions, après celles qui nous ont été imposées précédemment, n’altéreront pas le coeur même de la mission universitaire ? Le Québec peut-il vraiment se permettre de réduire ainsi la qualité de ses universités ?

 

Contributions cruciales

 

Une université n’est pas un hôpital. Aussi, son effet et sa contribution à la société sont-ils plus diffus, plus difficiles à illustrer que les temps d’attente pour une chirurgie. Mais ce sont les universités qui fournissent à notre société le personnel hautement qualifié qui oeuvre entre autres dans les hôpitaux, les écoles, les cours de justice et les firmes d’ingénierie. Elles forment nos artistes et nos scientifiques, fournissent les experts qui commentent et expliquent le monde dans les médias. Ces diplômés et diplômées assurent le fonctionnement de la Caisse de dépôt et s’occupent de programmes pour les sans-abri. Ils font des découvertes qui ont de bons effets sur la santé, le mieux-être, le climat, et le monde qui nous entoure.

 

La liste des contributions pourrait s’étirer ainsi longuement. Or, la qualité d’une université, la richesse et la pertinence des savoirs qu’elle développe et qu’elle enseigne, ses infrastructures de recherche, tout cela met des décennies à se construire. Alors qu’on peut très rapidement les miner. Les compressions exigées des universités affaibliront des institutions dont le sous-financement chronique a déjà été démontré et s’ajoutent à un effort déjà consenti depuis des années.

 

À titre de doyennes et de doyens de l’UQAM, nous ne pouvons demeurer silencieux devant les conséquences inévitables de ces compressions additionnelles et historiques. Nous nous devons de dire haut et fort que le système universitaire québécois sera sérieusement accablé par ces compressions qui altéreront immédiatement la qualité de l’enseignement supérieur et appauvriront inéluctablement, et ce, à long terme, le Québec, son éducation, sa santé, son économie, sa créativité et sa compétitivité. C’est pourquoi nous vous demandons de prendre conscience des répercussions sociales et économiques que représentent pour le Québec à moyen et long termes ces compressions, lesquelles auraient pour effet d’affaiblir davantage un réseau universitaire qui a pourtant déjà contribué à l’effort collectif de redressement des finances publiques.

  • Michel Vallée - Inscrit 20 octobre 2014 01 h 24

    Faire sortir le vote !

    Malheureusement, en ce qui concerne les orientations du gouvernement qu’il soit libéral, péquiste ou caquiste, les médias-poubelles qui distillent la pensée-prêt-à-porter et les idées sommaires sous couvert de hargne ont nettement plus d’influences auprès de la masse des citoyens que les critiques articulées de tous les recteurs réunis.

  • François Ricard - Inscrit 20 octobre 2014 05 h 53

    Toutes les dépenses sont-elles justifiées?

    Au moins 30% des argents continueront d'être donné aux universités anglophones qui représentent 8,5% de la population.
    Et McGill qui reçoit la part du lion de ces subventions va continuer à recruter des étudiants étrangers que nous subventionnons.
    À McGill, les 5300 étudiants étrangers accueillis chaque année représentent le quart de la clientèle du campus.
    Selon les chifres de notre gouvernement, chiffres de 2012, il nous en coûte
    29 942$ par année par étudiant.
    Selon la même source, la somme la plus élevée exigée des étudiants étrangers est de 16 000$ McGill voudrait hausser cette somme pour le MBA. Mais McGill n'a pas encore procédé à cette hausse.
    Nous subventionnons donc ces gens à hauteur de 13 242$ annuellement. Des gens qui ne paient et ne paieront jamais aucun impôt au Québec.
    Avant de dépenser, n'y aurait-il pas lieu de voir où nous pourrions économiser?
    D'autant plus que l'on demande à des institutions, jadis dédiées à la formation intellectuelle et professionnelle, de se transformer en catalyseurs de la croissance du capital.
    Les professeurs se désintéressent de l’enseignement pour se consacrer à la recherche, souvent inutile et génératrice d’inflation bureaucratique, au détriment des étudiants qui n’en ont tout simplement pas pour leur argent, étant plutôt entre les mains de chargés de cours.
    Le sous-financement est bien plutôt un mal-financement dû au fait que l’on demande à l’université des fonctions de développement économique qui sont étrangères à sa mission fondamentale. L’enseignement manque de plus en plus de ressources et la recherche accapare une portion de plus en plus grande des fonds. Cet accent sur la recherche au détriment de l’enseignement se traduit par un problème de sous-financement de l’enseignement à cause d’un accroissement constant du financement de la recherche.
    Les hausses des frais de scolarité font payer les étudiants pour qu’ils aient le « privilège » de financer la reconversion commerciale de l’université vers des

    • Yvan Dutil - Inscrit 20 octobre 2014 06 h 55

      Tant que'à faire le ménage, pourquoi ne pas mettre la hache dans les programmes de sciences humaines. En effet, la majorité des diplômés de ces programme vont occuper des postes de niveau cégeps. Pour l'instant, on diplôme à outrance parce que c'est rentable pour les universités, mais pas pour la société.

    • André Martin - Inscrit 20 octobre 2014 07 h 57

      J’aurais aimé avoir la fin de votre intervention, monsieur Ricard. Intervention pertinente à un article très à propos également.

      J’ajouterais que la gestion universitaire me semble au minimum laxiste et plutôt opaque; je pense à la gestion idiote, et digne d’une prestation à la commission Charbonneau, du complexe de l’ilot Voyageur par l’UQAM; je pense aux sabbatiques (absences ?) abusives de profs et à l’exemple personnel d’un ami prof de bioéthique, en poste permanent, toujours en déplacement mais rarement pour des activités de recherche relié à son emploi d’enseignant (?); je pense à non-questionnabilité du rendement professoral de ces profs, sous couvert d’un statut assorti d’une impunité totale, comme automatiquement accordée avec quasi-vénération, « because » la position de haut-savoir de ces nobles institutions, évidemment non soumises à des principes élémentaires de gestion rigoureuse; récemment, je pense à la position clientéliste généralisée, assez idiote d’un point de vue intellectuel, de son opposition à une charte minimaliste de la laïcité appliquée à l’intérieur de ses murs, etc…

      Ces institutions peuvent sans doute se plaindre, avec raison, de sous-financement (comme à peu près tous les agents économiques de notre société), surtout dans le cadre de la sacro-sainte croissance exponentielle obligatoire et exempte de toutes discussions ou critiques, mais elle pourrait aussi revenir sur terre et maximiser ce qu’elle possède et gère déjà, avec plus de bon sens en tête.

    • Bernard Terreault - Abonné 20 octobre 2014 09 h 43

      M. Ricard, si certaines de vos affirmations sont justifiées d'autres relèvent du manque d'information. Par exemple, les étudiants étrangers, mis à part les Français et certains boursiers méritants, payent ici des frais de scolarité beaucoup lus élevés que les Québécois de sorte qu'ils ne constituent pas nécessairement un fardeau financier pour l'université. En fait, certains demeurent ici après leurs études et deviennent des contribuables et des acteurs utiles à notre société. D'autre part, il ne faut pas opposer recherche et enseignement, le rôle de l'universitaire digne de ce nom est la production de savoirs autant que sa diffusion. Pour caricaturer, sans la recherche on en serait encore à l'alchimie en sciences dures et à Aristote ou la Bible en sciences humaines.
      (B. Terreault, prof. retraité de l'INRS)

    • François Ricard - Inscrit 20 octobre 2014 10 h 13

      M. Martin,
      Voici la fin de ma phrase:
      Les hausses des frais de scolarité font payer les étudiants pour qu’ils aient le « privilège » de financer la reconversion commerciale de l’université vers des activités qui bénéficient d’abord à l’entreprise.

    • Simon Pelletier - Inscrit 20 octobre 2014 10 h 15

      Yvan Dutil:

      - Pas rentables pour la société, les sciences humaines? Certes on ne fabrique pas de barres de chocolat ou de téléphone avec les sciences humaines, mais il me semble qu'on peut leur être reconnaissantes pour quelques biens d'une certaine importance. Réfléchissons. Ah, oui. L'invention du droit et l'invention de la démocratie, par exemple. Et, mieux encore, la capacité d'en étudier la nature et d'en mener la critique.

    • François Ricard - Inscrit 20 octobre 2014 11 h 52

      M. Terreault,
      L’Institut canadien d’information sur la santé (connu sous son acronyme anglais « CIHI ») compile chaque année des données concernant la migration des médecins canadiens. On y apprend bien des choses.
      Par exemple, que 1859 des 3668 médecins canadiens formés au McGill University Health Center (MUHC), soit 46,3%, ne pratiquaient pas au Québec en 2013. Le tiers des médecins formés au MUHC, soit 1220, pratiquait carrément en Ontario!
      En ce qui concerne les médecins de famille, denrée rare s’il en est une, seuls 575 des 1190 formés au MUHC pratiquaient au Québec (soit 48,3%).
      Si on convertit ces statistiques en données financières en assumant que la formation d’un médecin coûte en moyenne 200 000$ à l’État, on constate que la scolarité des 1859 médecins formés au MUHC ayant quitté le Québec a coûté près de 400 millions de dollars aux contribuables Québec en dollars actuels.
      Une ponction financière que le Québec verse indirectement aux autres provinces canadiennes (dont presque 200 M$ à l’Ontario) via la faculté de médecine de McGill et ce, sans aucune contrepartie. Une sorte de péréquation des pauvres vers les riches quoi.

    • François Ricard - Inscrit 20 octobre 2014 11 h 54

      M. Terreault,
      Il est vrai qu'un étudiant étranger paie beaucoup plus qu'un étudiant québécois.
      Les frais les plus élevés de McGill sont de 16 000$ par année. Nous perdeons quand même puisque selon les chiffrees de 2012, chaque étudiant universitaire nous coûte un peu plus de 29 000$.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 octobre 2014 13 h 44

      Question de terminologie: un Ontarien est-il un étranger?

    • Yvan Dutil - Inscrit 20 octobre 2014 13 h 53

      Monsieur Pelletier, le problème c'est la surproduction de diplômes. On a 60% des étudiants d'université qui vont occuper des postes qui ne demandent pas une formation universitaires. Autrement dit on leur fait perdre 3 ans de leur vie et on maintient les salaires bas pour la société. On sait que le gros du problème se situe en sciences humaines.

      Pour les université, ce sont des programmes «vaches à lait» : exigences minimales à l'entrée, coûts de production minimes, majorité des cours données par des chargées de cours. C'est donc très payant pour les universités.

      Il me semble que ce serait tout à fait sain que la société décide de limiter le gaspillage et d'exiger moins de surproduction de diplômes.

    • Mathieu Bouchard - Abonné 20 octobre 2014 21 h 02

      @ François : le montant de 29 942 $ inclut beaucoup plus que les coûts reliés aux programmes universitaires, qui ne sont qu'environ la moitié de ce montant, si je me souviens bien, mais ça dépend de comment on comptabilise. Le reste du montant est constitué de fonds de recherche et autres choses attachées à la recherche. C'est dur à séparer, parce que les profs sont payés pour les deux à la fois, et aussi parce que les édifices, infrastructures et employés de soutien sont partagés entre les deux sortes d'activités. En plus, les programmes universitaires post-bacc contribuent à la recherche, mais... pas complètement, puisqu'ils ont aussi des cours.

      Chaque inscription à l'université occasionne des dépenses en recherche simplement parce que la formule de financement des universités prévoit un montant de recherche proportionnel au nombre d'étudiants. Ça ne veut pas dire pour autant que ces fonds de recherche font partie des coûts de l'enseignement... au sens strict, le coût de la scolarité est beaucoup plus bas, et c'est pourquoi les étudiants étrangers payent beaucoup moins que 29 942 $. Il y aurait aussi d'autres grosses nuances à apporter (subventions non-proportionnelles, philanthropie, ...) mais ça dépasse mes connaissances sur le sujet. On peut sûrement trouver des rapports à ce sujet sur le net (j'en ai déjà lu, je crois).

  • Robert Breton - Inscrit 20 octobre 2014 07 h 44

    Centres de savoir? À réviser!

    Les universités furent longtemps le centre du savoir et ce, depuis l'Antiquité.
    L'image du vieux barbu philosophe (donc non scientifique) possédant de nombreuses connaisssances générales et professant aux jeunes hommes absorbant ce savoir (afin de bien paraître face au professeur pouvant les couler d'un trait de crayon) persiste encore.
    Aujourd'hui, le professeur qui professe (mais qui n'enseigne pas) 6 heures par semaines afin de «faire» de la recherche le reste du temps (ie rechercher des subventions) et où les étudiants doivent endurer des chargés de cours (qui veulent souvent bien paraître face au prof et qui ne savent rien de l'enseignement) pendant des heures est le nouveu modèle.
    Remplacer ces chargés de cours par des agoras informatisés supervisés, des contenus en ligne (où le monde francophone est totalement absent), où les professeurs et quelques assistants fournissent le contenu, le savoir, est le modèle à venir.
    Dans mes études en science, j'ai connu des profs formidables et d'autres nuls; des chargés de cours presque tous inutiles. Dans mes cours en éducation, je n'ai absolument rien appris d'utile en enseignement, puisque les profs n'ont jamais enseigné!
    Les universités ont le potentiel de redevenir des centres de savoir et non pas des tours d'ivoire.

    • Patrice Viau - Inscrit 20 octobre 2014 10 h 14

      Correction : l'université n'est pas une créature de l'Antiquité, mais bien du Moyen-Âge.

    • Francis Catellier-Poulin - Inscrit 20 octobre 2014 12 h 50

      Correction: le modèle de l'université nous vient de l'Académie de Platon, fondée en 387 av. J.-C.

    • Yvan Dutil - Inscrit 20 octobre 2014 13 h 54

      Le modèle moderne de de Humbolt en 1810. La version ancienne, c'est une université qui ne fait pas de recherche et qui se contente de donner des cours.

    • Robert Breton - Inscrit 20 octobre 2014 16 h 33

      @Francis: 100%
      @Patrice: 28% (la note minimale d'un élève selon la réforme Marois).
      @Yvan: 50% (vrai pr Humbolt; partiellement faux pr le reste: l'équivalent universitaire était un agora où les philosophes venaient professer. Il n'y avait pas de recherche selon la méthose scientifique, mais une certaine réflexion sur le monde qui nous entoure).

    • Yvan Dutil - Inscrit 21 octobre 2014 08 h 50

      Les université moderne sont basée sur le modèle de Humbolt. Le modèle antique a été abandonné parce qu'il était désuet. Les universités ne faisaient que repasser des textes anciens et toute la recherche se faisait dans les académies scientifiques.

  • Nicole Moreau - Inscrite 20 octobre 2014 07 h 56

    si les compresssions demandées équivalent au fonctionnement d'une université régionale...

    ne peut-on croire que l'objectif finalement visé par le PLQ sera la fermeture pure et simple d'une université régionale?

    Martin Coiteux avait été clair là-dessus, des programmes seront coupés, ces propos ont été réaffirmés par Philippe Couillard il y a quelques jours.

    si cela s'avérait, c'est qu'on veut ainsi ignorer l'importance crûciale des institutions d'enseignement pour la dynamique régionale, il est plus facile pour les organisations d'attirer et de retenir des gens formés dans la région que d'aller en chercher ailleurs, on le sait tous.

    • François Ricard - Inscrit 20 octobre 2014 08 h 20

      Pourquoi ne pas réduire le nombre ou la capacité des universiotés anglophones?

    • Nicole Moreau - Inscrite 20 octobre 2014 09 h 32

      monsieur Ricard, vous croyez vraiment que le PLQ va demander à McGill, Concordia ou Bishop de fermer certains programmes?

  • François Dorion - Inscrit 20 octobre 2014 16 h 53

    Les priorités

    Il faut cependant remarquer que les recteurs d'université au Québec ont souvent mal placé les b udgets qui leur était confiés.
    Au lieu d'investir dans la recherche fondamentale au départ, il aurait mieux valu investir dans les disciplines qui ont le plus fort effet d'entraînement économique comme le génie industriel, le génie chimique et l'agronomie.
    Aisni la richesse collective aurait pu être augmentée et la recherchce fondamentale financée des retombées du développement économique.
    Il n'est pas trop tard pour bien faire;`les copupes sont l'occasion pour les universités de recentrer leurs priorités.

    • Yvan Dutil - Inscrit 21 octobre 2014 08 h 55

      C'est incroyable comme affirmation!

      Les budgets de recherche sont contrôlé par les organismes subventionnaires. Les universités n'ont pas de contrôle là-dessus sauf dans la mesure où elles exigent des profs qu'ils payents leur salaires en subvention de recherche lors de leur embauche. Si l'industrie mettait dans l'argent dans le domaine du génie industriel, le génie chimique et l'agronomie, ce serait de plus gros département. Anyway, ce qui ets le moins subventionné c'est la recherche fondamentale.

      Sinon, les universités mettent leur billes dans les cours qui coûtent rien à produire et qui ne sont pas trop exigeant. L'exemple typique est l'administration, mais cela inclus aussi tous les cours de sciences humaines.