Libre opinion - Outrage au peuple!

Cette fois, ça y est : on aura réussi à faire déborder le vase des iniquités. Gabriel Nadeau-Dubois a été considéré comme un criminel par la Cour supérieure du Québec. Et, à moins d’une décision en appel qui infirmerait le jugement du tribunal de première instance, Gabriel Nadeau-Dubois portera désormais au front la marque de la honte pour avoir « sciemment incité […] à contrevenir aux ordonnances de la Cour, dont celle rendue par le juge Jean-François Émond le 2 mai 2012, commettant par là un outrage au Tribunal ».

On croit être en plein cauchemar, mais on est bien éveillé, et on a bien lu. Le tribunal, fondant sa décision sur des articles de loi et la jurisprudence, a donné raison à la poursuite. On peut se demander comment l’étudiant Jean-François Morasse a pris cette nouvelle. Il a obtenu gain de cause. A-t-il le coeur à la fête ? Éprouve-t-il une petite gêne ? Au fond, ça n’a pas tant d’importance : poser ce genre de questions, c’est un peu y répondre.


En revanche, la question est de savoir si la décision du tribunal respecte notre système d’administration de la justice. La réponse est oui, si l’on ne retient que les arguments juridiques. Mais il faut répondre non, si elle est fondée sur le sentiment naturel de ce qui est juste et de ce qui est injuste, c’est-à-dire sur l’équité.


Nous sommes en présence d’un cas où l’opposition entre « justice » et « judiciaire » est frappante. La première est soumise à l’équité et porte un jugement moral, la seconde est le pouvoir de distinguer le vrai du faux et porte un jugement de droit. Il est plus simple, pour un juge, d’appuyer sa décision sur la seconde. C’est d’ailleurs ce qu’on attend de lui : si la règle de droit est observée, on doit conclure que justice est rendue. Mais l’affaire qui nous occupe n’est pas aussi simple.


Les propos tenus par le citoyen Nadeau-Dubois n’ont pas été prononcés dans l’abstrait, mais dans un climat de confrontation sans précédent entre un mouvement de protestation pacifique et un gouvernement dont la mauvaise foi était patente, qui fermait les yeux sur les excès des forces de l’ordre, qui avait grand soin de ne pas parler de la « grève » des étudiants, mais faisait un emploi obstiné du « boycottage » des cours (qu’on retrouve dans le jugement Émond, d’ailleurs, faisant du boycottage même quelque chose de louche) ; qui faisait l’amalgame entre les « casseurs » et l’ensemble du mouvement de contestation ; un gouvernement qui était sévèrement critiqué par une grande partie de la population, de la presse et des observateurs des phénomènes sociaux.


Autant de circonstances atténuantes dont le juge Émond n’a pas voulu, ce qui lui aurait permis de nuancer sa décision ; il a plutôt choisi de s’en tenir à une application stricte du droit. Loin de moi, cependant, l’idée de prétendre faire la leçon à qui que ce soit.


Mais je ne peux m’empêcher de penser que la justice n’a peut-être pas été aussi bien servie qu’on le voudrait. Ni de faire un rapprochement a contrario avec l’outrage au peuple dont s’est rendu responsable un Jean Charest qui, sous le couvert d’une défense de la démocratie, en a au contraire piétiné les principes fondamentaux. Qui a fait insulte à l’intelligence du peuple par ses contorsions des faits et ses affirmations saugrenues et… grotesques.


Or qu’est-ce qui est le plus dangereux pour la société : contester les lois iniques, refuser de faire le jeu des manipulateurs professionnels, monter aux barricades s’il le faut ? Encore une fois, poser ces questions, c’est y répondre.


L’outrage auquel se serait livré Gabriel Nadeau-Dubois n’est rien en comparaison de celui qu’a craché à la figure du peuple le « matricule 728 ». Ce ne sont pas que les « carrés rouges » qui ont essuyé cet outrage, mais la société entière, justement, qui a été outragée de cette chape de mépris qui s’est abattue sur elle depuis le bureau de Jean Charest, et la langue sale du matricule 728.

43 commentaires
  • Gilles Bousquet - Inscrit 5 novembre 2012 06 h 43

    Loi inique pour qui ?

    Voua écrivez : «contester les lois iniques »

    Qui va déclarer qu'une loi est inique ou pas ?

    Chaque loi peut être considérée inique par quelqu'un. Est-ce qu'on devrait lui permettre de la contester par la dsobéissance ?

    • Michel Gagnon - Inscrit 5 novembre 2012 10 h 03

      Pourrait-on faire preuve d'un peu de nuance? On ne parle pas ici de n'importe quelle loi contestée par quelques individus. On parle de circonstances particulières et d'une loi considérée inique par une très grande partie de la population, et qui a entraîné la chute de l'homme derrière cette loi.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 5 novembre 2012 10 h 24

      Tout est relatif, alors toutes les lois se valent... Alors ne désobéissez pas: ne dites pas ce que vous en pensez.

    • Gilles Théberge - Abonné 5 novembre 2012 10 h 36

      Cette loi n'était pas inique pour vous monsieur Bousquet? Pas grand monde ne sera étonné de votre prise de position.

    • Loraine King - Inscrite 5 novembre 2012 11 h 22

      On mélange bien des choses. Le jugement est fondé sur la loi qui encadre les gestes des étudiants (LOI SUR L'ACCRÉDITATION ET LE FINANCEMENT DES ASSOCIATIONS D'ÉLÈVES OU D'ÉTUDIANTS). Est-ce cette loi que l'on trouve inique ? En tout cas, ce n'est certainement pour combattre cette loi que 300,000 citoyens sont descendus dans la rue.

      On entretient le mensonge au Québec. Il semble que l'on y favorise la loi de la jungle à la démocratie et à la règle de droit. Tous les mensonges sont permis.

      Pourquoi mentez-vous à vos enfants ?

    • François Robitaille - Inscrit 5 novembre 2012 11 h 58

      @Michel Gagnon: comment pouvoir nuancer quelque chose de claire et de simple comme le propos de Gilles Bousquet?

      Nous vivons dans un pays de droits, nous avons, contrairement à ce que m. Leblond prétend, le droit de dire librement nos valeurs et nos convictions. Mais là ou notre liberté s'arrête c'est à celle des autres. tsé ces personnes qui veulent une augmentation des frais, celles qui veulent se sentir en sécurité chez eux, celles qui pensent que d'aller voter pour faire valoir leurs idées est encore quelque chose d'efficace.

  • François Dugal - Inscrit 5 novembre 2012 09 h 44

    La foi

    Après avoir perdu confiance dans leurs élus, les citoyens perdent leurs dernières illusions face au système de justice.
    Vous reprochez aux citoyens d'être cyniques? Mettez-vous à leur place une seconde; avez-vous encore la foi dans notre démocratie?

    • François Robitaille - Inscrit 5 novembre 2012 12 h 53

      On dirait que personne sur cette page ne réalise l'importance et la gravité de la désobéissance civile.

      On a le droit de ne pas aimer les choix d'un gouvernement, on a le droit de le dire, de le crier, de se réunir pour le faire.

      Mais on a pas le droit de faire ce qu'on veux, vous n'êtes pas seul!

      Je suis content qu'il aie été comdâmné, ça tente de remettre les pendules à l'heure. Nous vivons dans une société de droits, et il a encouragé à la bafouer...au détriment d'autres personnes. c'est simple, c'est clair, c'est évident! C'est RASSURANT!

  • Laurent Desbois - Inscrit 5 novembre 2012 09 h 52

    Moi, je veux un pays! Dehors, les juges nommés par Ottawa!!!!

    Moi, je veux un pays! Dehors, les juges nommés par Ottawa!!!!

    • Michel Richard - Inscrit 5 novembre 2012 13 h 22

      Un juge, c'est un juge. Je pense vraiment pas que les juges nommés par Québec se comportent différemment de ceux nommés par Ottawa.

  • Emmanuel Rousseau - Inscrit 5 novembre 2012 09 h 52

    Voyons...

    "Qui va déclarer qu'une loi est inique ou pas ? "

    Un juge ou un collectif de juristes.

    L'auteur a raison, cette loi a été utilisé en dehors du context normal de fonctionnement de la société... Lorsque 300,000 personnes sortent dans la rue pour décrier une situation, pour appuyer un mouvement, je pense qu'utiliser une loi de cette manière constitu un manque de jugement flagrant. (ou de parti pris flagrant). Je crois qu'il y a matière à se questionner sur la compétence de ce juge.

    • Michel Richard - Inscrit 5 novembre 2012 11 h 40

      Vous pensez vraiment qu'on devrait donner un droit de véto à un juge, ou un collectif de juristes ? 120 et quelques élus se prononcent sur une loi . . . un lieutenant gouverneur la signe.

      Vous voulez vraiment que les élus aillent demander la permission à un juge avant de voter les lois ?

      Le juge deviendrait comme un roi. C'est impensable.

    • François Robitaille - Inscrit 5 novembre 2012 11 h 44

      Losque la liberté des une est brimé par celle des autres, la loi existe pour protéger de façon égale.

      La situation exceptionnelle n'en était pas une contre la législature, mais pour demander un gel ou une abolition des droits de scolarités.

      Cette même situation exceptionnelle a nécessité des mesures exceptionnelles afin de protéger les autres gens!!! Ceux qui ne pensent pas comme les manifestants.... Pour une volonté de calme social, ce qui a évidement été un échec.

      À aucun moment une manifestation a été interdite! Un gouvernement est là pour gouverner et concerver la paix sociale, leur vision passait par l'augmentation des frais de scolarité, vous n'en voulez pas....ne votez pas peur eux.

      Nous sommes tous pour la vertue, mais on se rends compte que les valeurs des uns ne font pas le bonheur des autres....c'est justement pour ça que les lois ont été inventés....et le gouvernement, pour les faire respecter.

    • henri -s garneau - Inscrit 6 novembre 2012 14 h 26

      300,000 ce n'est pas 8,000,000. Ces 300000 ne sont qu'une infime partie de la population du québec. Il faut arrêter de penser que le québec entier approuait les étudiants, dans les vrais faits c'est qu'une grande majorité ne les appuient pas et les droits de Morasse commencent là où cuex de GDN s'arrêtent. point, c'est ça vivre en société et bravo au juge ça me rassure, on peut pas faire ce qu'on veut, à notre tête, vous n'êtes pas seul.

  • sylvain chartrand - Inscrit 5 novembre 2012 10 h 13

    Ah le saint martyr.

    Quand on cherche à se donner des saints martyrs, tous les arguments sont mis à contribution. GND et ses supporteurs claironnent que la décision du juge Denis menace la liberté d’expression au Canada. Comme si la liberté d’expression permettait la désobéisance civile.

    • Solange Bolduc - Abonnée 5 novembre 2012 10 h 47

      Nous ne sommes pas en religion ici, mais dans le domaine du politique, où l'iniquité est roi, où la corruption est maître, où un certain juge s'est permis d'aider à bien garnir les coffres du PLQ, et pourquoi d'après vous ?

      Un peu de nuance dans votre jugement ne vous ferait aucun tort!

    • Loraine King - Inscrite 5 novembre 2012 12 h 10

      Pourquoi pensez-vous que Pauline Marois et les membres de sa famille ont fait des dons au PQ ? C'est quoi votre problème ? Les enfants de Mme Marois et son mari sont corrompus à vos yeux ? Le juge a fait un don à un parti politique en toute légalité, il a la liberté d'expression et la liberté d'opinion. Il a l'obligation de fonder ses jugements sur des textes de loi, sur les principes de loi et de les citer ce qu'il a fait. Pourriez-vous nous dire selon quels articles de droit le jugement est fautif ?

      Nous ne sommes pas en religion ici, en effet. Nous sommes dans le domaine du respect des lois. Cela ne vous ferait pas de tort de vous inspirer du juge et d'appuyer vos dires sur des textes de loi plutôt que sur des insinuations puériles.

    • sylvain chartrand - Inscrit 5 novembre 2012 13 h 25

      @ bolduc
      Qu'est-ce qui vous donne le droit d'accuser gratuitement un juge?

      Un peu de bon sens dans votre jugement ne vous ferait aucun tort!

    • Solange Bolduc - Abonnée 5 novembre 2012 17 h 53

      J'ai droit à mes opinions comme vous avez droit aux vôtres!

      Je vois bien que vous êtes un bon samaritain! Et pour qui vous vous prenez pour défendre là ce point e juge ? Il ne serait pas capable de se défendre ou d'assumer ses propres jugements ? Vous n'allez quand pas en faire un saint martyr canadien ! À moins que ce soit vous, le martyr ? Vous préféreriez que l'on se mette tous d'accord avec vous, cela vous rassurerait ?

      Et vous vous en prenez à moi, en m'appelant "Bolduc", alors que tant de gens ont émis de opinions semblables aux miennes! Qu'est-ce qui me vaut tant d'agressivité ?

      J'ai le droit de ne pas être d'accord avec un juge qui aide à garnir la caisse électorale du PLQ, celui-ci ayant été aux prises avec une situation où les lois imposées frisaient la dictature !

      Le juge aurait dû tenir compte du contexte du "printemps érable", et juger la chose de façon plus équitable !

      Et, s'il est vrai que votre jugement vous empêche de voir autre chose que le droit ou la condamnation d'outrage au tribunal qui semble tant vous satisfaire, comme bien d'autres du même avis, j'y vois plutôt un jugement politique impliquant directement le porte-parole de la CLASSE dont les membres se comptaient par centaines ! La désobéissance civile avec une loi si inique (Loi 78) avait sa raison d'être ! De plus, judiciariser le conflit étudiant n'avait rien de très louable, à mon humble avis!

      Heureusement que certaines personnes dans ces pages émettent des propos plus nuancés que les vôtres, plus portés sur la rancoeur que sur le bon sens!!

    • François Robitaille - Inscrit 6 novembre 2012 07 h 33

      @Solange Bolduc: On a en effets droit à nos oppinions, par contre, c'est quand même vous qui nous demande de la nuance dans nos propos.

      C'est un peu insultant pour les peuple qui vivent sous une vrai dictature de lire vos propos. Une dictature c'est un monde dans élections, je ne comprend pas comment vous pouvez distortionner la réalité à ce point

      Le juge DOIT tenir compte de la gravité des gestes et des précédents possibles. Il n'a fait que son travail pour concerver la paix sociale.

      Si le jugement avait été politique, j'aurais été le prémier à crier, notre démocratie est fragile et il ne faut pas l'abimer. Je ne suis pas un partisan de l'anarchie.

      Le judiciaire a, au contraire, tout intérêt à se mèler du conflit, IL Y A DES GENS BRIMÉS!!! Pour la même raison que la loi 78 a dû être mise en place. En passant, loi qui n'a pas été appliqué. C'était l'évidence qu'elle était là pour tenter de calmer le jeu.

      Vous ne semblez pas réaliser que m Dubois a fait quelque chose d'illégal, pour l'intérêt d'une minoritée, contre une majorité. Il n'y a pas de révolution. parce qu'on est 8 millions, ne l'oubliez pas.