Libre opinion - D’autres chiffres pour parler des universités

L’ancien recteur de l’Université de Montréal, devenu émérite, monsieur Robert Lacroix, a raison de sortir de sa retraite pour contribuer au débat public sur le financement des universités en rappelant que l’étude de la CREPUQ (Conférence des recteurs et principaux d’université du Québec) de 2002, « mise à jour » en 2010, a affirmé que les universités québécoises étaient sous-financées de plusieurs centaines de millions de dollars par année.

Étant moi-même professeur d’université, je comprends que la tentation soit forte de se joindre au discours martelé par certains recteurs qui répètent, à satiété, qu’il y a sous-financement en comparaison du reste du Canada et que notre « compétitivité » serait même en péril si on ne comblait pas rapidement ce sous-financement, dont la démonstration reste pourtant nébuleuse. Ils l’estiment d’ailleurs si évident qu’il serait même inconvenant, sinon absurde, de simplement vouloir le remettre en question. Mais il faut résister à la tentation, car le premier devoir d’un professeur est de garder en éveil son esprit critique et d’analyser les phénomènes sous plusieurs angles avant de conclure de façon tranchée.


Or, le ministère de l’Éducation (laissons de côté le Sport et le Loisir pour faire court…) a publié en mars 2011 un Bulletin statistique (no 40) très intéressant qui analyse en détail la structure des revenus et dépenses des universités québécoises et canadiennes. En utilisant les mêmes sources de données que la CREPUQ, il arrive à des conclusions assez différentes. En effet, tenant compte de corrections structurelles et du coût de la vie relatif entre les provinces (via la parité du pouvoir d’achat), cette étude conclut que, pour l’année 2008-2009 (les dernières données disponibles), la « dépense par étudiant dans les universités est, au Québec, plus élevée de 3 % par rapport à la moyenne du reste du Canada ».


Au chapitre des revenus, l’étude conclut que « lorsqu’on tient compte à la fois des différences structurelles et du coût de la vie, il apparaît que le revenu par étudiant dans les universités est au Québec sensiblement le même que dans la moyenne du reste du Canada ». De plus, la même année, le salaire moyen par professeur est identique au Québec et dans le reste du Canada en tenant compte de la parité du pouvoir d’achat, précaution méthodologique élémentaire pour comparer des comparables.


Mais si parler de financement est important, parler d’efficience l’est encore davantage. Or, si le sous-financement était aussi flagrant et datait du milieu des années 1990, cela devrait se répercuter sur la qualité des programmes et de la recherche. Pourtant, rien ne suggère que les étudiants soient mal formés tant au premier cycle qu’aux cycles supérieurs.


Mieux, les indicateurs de la recherche suggèrent plutôt que l’on est plus efficient que les autres, ce qui devrait être une bonne nouvelle ! En effet, la proportion des octrois de recherche obtenus par les universités québécoises des Fonds fédéraux de recherche, par rapport aux octrois obtenus par l’ensemble des universités canadiennes, reste très stable autour de 26,7 % depuis l’an 2000, avec des fluctuations maximales de 0,5 % sur toute la décennie. La population du Québec représentant 23,6 % (en 2011), les résultats obtenus par les universités québécoises sont donc toujours supérieurs à notre poids démographique, et ce, de façon constante depuis plus de dix ans. Quel économiste reprochera à une firme de produire à moindre coût (s’il y avait sous-financement !) un « produit » de qualité comparable !


On le voit, les choses ne sont pas aussi simples que le prétend monsieur Lacroix, qui, à titre de président de la CREPUQ, concluait sa présentation sur le sous-financement des universités devant la commission permanente sur l’Éducation (le 17 février 2004) en disant au gouvernement : « Envoyez-nous le chèque, 375 millions. »


Malgré le respect que l’on doit à toute personne émérite, on peut tout de même penser que le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur a tout à fait raison de se méfier des arguments d’autorité et de prendre le temps de réévaluer sérieusement ces diverses études avant de signer le chèque tant attendu. Car contrairement à ce qu’annonce la publicité récente des comptables, le dernier mot n’est jamais un chiffre, car un chiffre doit toujours être interprété ; or certaines hypothèses de calcul sont parfois lourdes de préjugés ou d’idéologie…

  • Carole Dionne - Inscrite 25 octobre 2012 01 h 21

    Allo

    J.ai lu le bulletin no 40. Effectivement, si on prend le PIB par rapport aux dépenses des universités , le Québec sembkle donné un avantage certain. Par contre, il faut aussi décortiquer ces chiffres, comme vous le dites si bien.


    De quoi est composé le PIB? Valuer total de la production de biens et services. Plus le PIB est grand, l'indicateur ratatine. Il faut savoir que l'Ontario produit plus que le Québec. Quand aux provinces de l'ouest, la production de pétrole fait bondir le PIB.


    Seulement le fait de produire et d'exporter du pétrole ne fait que gonfler artificiellement le PIB mais cela ne donne rien de plus dans nos poches.

    " Par ailleurs, la com pa rai son des sour ces de reve nus des uni ver si tés mon tre que le finan ce ment public
    est plus impor tant au Québec (68,6 %) que dans le reste du Canada (59,8 %), alors que c’est le contrai re
    pour le finan ce ment privé (31,4 % com pa ra ti ve ment à 40,2 %). Le finan ce ment privé inclut, entre
    autres, les reve nus pro ve nant des droits de sco la ri té, dont la contri bu tion est net te ment moins éle vée
    au Québec (12,7 %) que dans le reste du Canada (25,0 %). "

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 25 octobre 2012 09 h 37

    Faux débat.

    Il ne s'agit pas de savoir si les chaires de recherche ont plus ou moins de succès que leurs pairs au canada, ou si les gradués s'intègrent plus ou moins bien au marché du travail, il s'agit de savoir si les universités contribuent correctement au développement social et économique du Québec. Or on leur demande de produire du "volume" sans se soucier de la qualité et on les encourage à accepter tous les candidats aux études supérieures, sans discriminer. C'est ce qui arrive quand le principe d'action se réduit exclusivement, pour des raisons idéologiques, à celui de l'accès aux universités.
    Il faut que celles-ci soient mises en concurrence pour l'obtention de fonds additionnels, et que les étudiants soient sélectionnés en fonction de leurs talents et de leurs capacités. Quand l'offre (pertinente) et la demande (besoins réels) seront assurées, l'équilibre sera plus facile à établir. Mais on dénoncera certainement mon propos, surtout à l'UQAM, comme étant la démonstration de la marchandisation du savoir. Quelle horreur.

    • Yvan Dutil - Inscrit 25 octobre 2012 12 h 54

      Ce que vous dites reviens à faire disparaitre plus de la moitié des programmes de sciences humaines.

    • Julie Blaquière - Inscrite 25 octobre 2012 15 h 53

      " C'est ce qui arrive quand le principe d'action se réduit exclusivement, pour des raisons idéologiques, à celui de l'accès aux universités. " À mon point de vue ce n'est pas tant de donner accès aux universités mais c'est plutôt de rendre le savoir accessible à tous. Le système d'"offre et de demande" ne s'inscrit que dans une vision à court terme du rôle d'une université. Qui sait ce qu'il sera nécessaire de connaître dans 20,30 ou cinquante ans juste pour vivre sur cette planète?

    • Yvan Dutil - Inscrit 25 octobre 2012 22 h 56

      Le problème c'est que l'acquisition de ce savoir à un coup social. Quand ont étudie 3 ans à l'université et qu'il y a 40% de chances que l'on occupe un emploi qui ne demandera jamais un tel niveau de compétence, il y a un gaspillage évident de ressources. Si le but n'est que de donner un accès à la connaissance, subventionner des clubs culturels seraient aussi effiaces avec moins de conséquences sociales négatives.

  • François Dorion - Inscrit 25 octobre 2012 11 h 28

    Qui paye quoi!

    Un apprenti boucher est payé pendant qu'il apprend; un apprenti de la construction est payé pendant qu'il apprend; un apprenti d'usine est payé pendant qu'il apprend; pourquoi un apprenti lettré devrait-il payer pour apprendre et aisni prêter à la société ce dont il a besoin pour vivre? Ne se rend-on pas compte qu'on construit ainsi une classe sociale qui est désolidarisée de la population et qui est solidaire entr5e elle peu importe swa compétence réelle?
    En se comportant en séraphin vis-à-vis les lettrés le gouvernement du Québec prépare un enfer à une population qu'il a trompée.
    Que les lettrés se solidarisent avec ceux qui les nourissent les vêtent et les abritent, et donnent aus politiciens et fonctionnaires
    ce qui leur revient.

    • Yvan Dutil - Inscrit 25 octobre 2012 22 h 58

      Le problème est que l'aprenti lettré ne travaille pas (et probablement pas) en lettre. Incidemment, le modèle que vos proposer est purement utilitariste: on forme pour l'emploi. Je hâte de voir votre pirouette pour justifier cela.

  • François Beaulé - Abonné 25 octobre 2012 12 h 27

    Vivement le sommet promis par le ministre

    Et ce sommet ne doit pas être enfermé dans le conformisme étroit des recteurs émérites ou non. Il faut qu'il soit possible d'étudier d'autres modèles que le modèle canadien pour l'orientation des universités. Il faut pouvoir examiner les modèles suédois et allemand. Il faut pouvoir sortir de l'approche comptable simpliste jusqu'ici utilisée par la CREPUQ.

  • Serge Desjardins - Abonné 30 octobre 2012 07 h 10

    fond de pension

    Le principal problème de financement des université est du a sont déficit chronique des fonds de pension des employées et professeurs des universitées Québeccoises ce qui a mon sense relève de L'INTERNE..C'est a dire une problème qui devrait être réglé entre les employeur/employé et pas absorbé par LA POPULATION a qui ont tente de faire avalé la pilule par la peur!!!!