Libre opinion - Nous demandons la démission du recteur

Ces derniers jours ont été désastreux à l’Université de Montréal. Les mots ne suffisent pas pour les décrire. Nous pouvons et nous devons néanmoins condamner ces gestes de violence et d’intimidation. Parce qu’il s’agit de gestes de violence et d’intimidation.

Certes, nous avions pu déjà en avoir un « avant-goût » lors de l’injonction le 12 avril dernier. En support aux agents de sécurité, l’administration avait en effet fait appel à une agence de sécurité privée, l’agence BEST. Lors de l’intervention des agents, des propos racistes et sexistes, des menaces d’intimidation envers les étudiants et les professeurs avaient été relevés. Seule une solidarité entre étudiants, professeurs, chargés et employés de soutien avait permis de mettre fin à cette injonction.


Encore plus loin


Cette semaine, l’administration est encore allée plus loin. Beaucoup trop loin.


Agents de sécurité, policiers, anti-émeutes se sont croisés et sont intervenus dans les couloirs de l’université comme s’il s’agissait d’un lieu de passage habituel, comme si l’université n’avait jamais été ce sanctuaire qu’elle a jadis pu être, comme si l’université n’était plus ce lieu de protection mais bien de répression.


Or, rappelons que seule la direction a le pouvoir de donner l’autorisation à ces corps policiers de pénétrer dans l’université, seule la direction peut choisir ou non de les faire entrer. Bref, seule la direction a le pouvoir de bafouer les principes fondateurs de l’université.


Que reste-t-il, par exemple, du principe de collégialité quand on place les professeurs dans une situation impossible? Quand on ne leur donne pas la possibilité de respecter des votes de grève pris par leurs étudiants et qu’on les oblige, sous peine d’amendes salées, à donner leurs cours et ce, dans une ambiance des plus pesantes et traumatisantes?


Valeur de l’université


Par ailleurs, une université est-elle encore une université quand en ses lieux se déroulent arrestations, gardes à vue, souricières et charges de l’anti émeute? Quand des étudiants sont considérés comme de dangereux criminels alors qu’ils tentent simplement de faire respecter des décisions prises démocratiquement et collectivement? Tout comme les professeurs, les chargés de cours et les employés de soutien, les étudiants sont l’âme de l’université. Or que devient une université qui a perdu son âme? Un simple centre commercial? Une entreprise privée où seule la productivité compte?


Nous pensons qu’elle vaut plus que cela. L’université devrait être ce lieu de confiance et d’échanges, ce lieu de réflexion collective et de partage du savoir, ce lieu de respect. Nous en sommes pourtant bien loin quand des étudiants sont menottés dans un couloir ou que se produit une charge de l’anti-émeute dans les escaliers de l’Université.


Alors que les salles de classe devraient être le lieu où l’on apprend à développer notre esprit critique et à être libre, elle sont aujourd’hui des lieux de séquestrations et de gardes à vue. Alors que l’université devrait être le lieu de l’apprentissage de l’humanité, elle est aujourd’hui ce lieu où l’humain n’a plus sa part.


Nous ne pouvons pas nous en satisfaire. Nous ne pouvons pas nous taire. Nous ne pouvons pas laisser cette université tomber en ruines.


C’est pourquoi, au vu de votre gestion déplorable de la grève, nous demandons, monsieur le recteur, votre démission, et ce, sans prime de départ.

***

Blandine Parchemal
Coordinatrice aux cycles supérieurs de l'ADEPUM (Association de philosophie de l'Université de Montréal)
 


Ont signé cette lettre: Association étudiante de littératures de langue française de l’Université de Montréal, Association étudiante des cycles supérieurs d’anthropologie de l’Université de Montréal, Association des étudiants diplômés d’histoire de l’Université de Montréal, Association étudiante de littérature comparée de l’Université de Montréal, Association étudiante des cycles supérieurs de sociologie de l’Université de Montréal, Association étudiante de philosophie de l’Université de Montréal, Association étudiante d’anthropologie de l’Université de Montréal, Association des étudiants d’informatique et recherche opérationnelle de l’Université de Montréal, Regroupement des étudiants et étudiantes en sociologie de l’Université de Montréal, Association des étudiants en études cinématographiques de l’Université de Montréal, Association étudiante de géographie de l’Université de Montréal, Association étudiante des cycles supérieurs de science politique de l’Université de Montréal, Association des étudiants et étudiantes à l’Ecole de bibliothéconomie et science de l’information, Association des étudiants en histoire de l’art, Association des étudiants en service social de l’Université de Montréal, Association des étudiants en biologie de l’Université de Montréal, Association des étudiantes et étudiants des cycles supérieurs en géographie de l’Université de Montréal.



 


 

 

 

14 commentaires
  • Roland Guerre - Inscrit 31 août 2012 02 h 03

    Franchises universitaires

    Deux mesures s'imposent : le respect des franchises universitaires, l'abrogation de la loi 78/12. L'histoire de l' Université fournit des exemples propres à éclairer les recteurs, les pouvoirs publics. Chaque manquement à l'exercice des libertés universitaires nourrit la crise, rend plus difficile la définition des solutions à apporter au conflit. J'espère que le prochain gouvernement sera plus sensible au rétablissement du sanctuaire universitaire.

  • Michel Lebel - Abonné 31 août 2012 03 h 59

    Que faire?

    Mais que faire d'étudiants(?) masqués, d'étudiants intimidants, de gens qui s'intéressent plus à casser le sysème qu'à étudier? Les laisser faire en attendant que la situaton se résorbe d'elle-même. C'est la méthode traditionnelle de faire de l'UQAM. Pas très courageux comme moyen! Cette université se tire dans le pied en agissant ainsi et ce n'est pas la première fois.

    La police ne doit cependant pas intervenir sur le campus, sauf s'il y a commission d'acte criminel. Il faut laissser aux agents de sécurité de l'université faire leur travail. Quant aux étudiants masqués ou intimidants, ils devraient tout simplement être expulsés de l'université et ne plus pouvoir la fréquenter.

    L'université doit être un lieu de débat et d'exercice de l'esprit critique, et non un lieu de violences et d'intimidation. Permettre ces dernières choses, c'est l'université, l'intelligence et toute la démocratie qui est perdante. Cela doit cesser immédiatement.


    Michel Lebel
    Ancien professeur d'université

    • Vincent Beaucher - Abonné 31 août 2012 15 h 17

      M. Lebel, vous répondez vous-même à votre questionnement. Il faut croire, cependant, que M. Breton ne s'est pas questionné aussi longuement.

    • Anne Beaulieu - Inscrite 31 août 2012 22 h 31

      Le fait est que, pour avoir été sur palce, j'ai vu peu d'étudiants masqués, et si il y avait quelques excités, il n'y avait rien d'ingérable pour des profs et des direteurs de département, au pire pour le service de sécurité. La présence de policiers, et leurs interventions musclées, ont fait augmenter la tension et rendu impossibles toute médiation et tout dialogue.

  • Stéphane Thellen - Abonné 31 août 2012 06 h 09

    De profs contre la hausse à profs contre la répression policière et pour la liberté académique

    Une liste de 100 signataires de Profs contre la hausse a été transmise à l'auteur, appuyant ainsi la demande de démission du recteur Guy Breton. Les profs contre la hausse sont aussi « Des profs contre l’État policier », « Des profs contre la judiciarisation de l’éducation », « Des profs pour la liberté académique et contre la répression policière ».

  • Yvan Dutil - Inscrit 31 août 2012 07 h 02

    Le rescteur ne fait pas son travail!

    En vertu des réglement internes de la plupart des universités québécoises, empêcher ds étudiants d'aller à leur cours sous la menace est passible d'expulsion! Les recteurs n'ont pas fait leur travail et devraient démissioner.

  • Chantal Bédard - Inscrite 31 août 2012 09 h 07

    Respect, vous-dites respect?

    Chère Madame Parchemal. Une bande d'étudiants masqués qui chargent une classe pour la vider inspirent-ils la confiance, favorisent-ils l'échange, la réflexion collective, le partage du savoir, le respect. Poser la question, c'est y répondre. Si l'université est un sanctuaire, vous devriez décourager les méthodes de "vidage de classes" instaurées par les étudiants masqués et favoriser la discussion sur la ligne de piquetage, sans bloquer l'accès. Dans une université, toutes les opinions ont droit de cité. Un principe que vous avez la responsabilité de défendre. Un malheureux oubli dans votre formation ou dans votre description de tâche.
    C.Bédard, Québec

    • Charles Routhier - Inscrit 31 août 2012 10 h 52

      Que faisaient-ils, ces étudiants, qui au lieu de se rassembler et d'aller voter au vote de grève, se rassemblaient dans leur cours et forcent un professeur à enseigner pour 10 élèves sur les 90 ?

      J'étais dans une asso à Sherbrooke, et ce qui me dérangeait des personnes se présentant à la salle de classe, c'était que leur égo était SI démesuré, que le problème ce n'est pas qu'ils soient là, que dans les 80 absents, 50 seulement étaient pour la grève et 30 ne font que RESPECTER LA DÉMOCRATIE.

      Vous ô noble personne avez souvent tendance à oublier que certains ont encore un respect pour cette démocratie étudiante et qui, chaque semaine, se présentaient pour voter et respectaient leur défaite tout en essayant de proposer des solutions alternatives.