Libre opinion - La dérive immobilière de l’UdeM

Comme toute organisation, les universités ne sont pas à l’abri de problèmes de gouvernance comme on l’a vu dans les dernières années (scandale immobilier de l’îlot Voyageur à l’UQAM, indemnités de départ de la haute direction à Concordia, rémunération du nouveau principal à McGill).

Toutefois, l’un des dossiers les plus criants qui s’inscrit dans la prolifération des campus universitaires, mais qui pourtant est passé relativement sous silence et n’a pas fait l’objet de revendications ou de manifestations spécifiques de la part des étudiants jusqu’à maintenant, est la dérive immobilière en cours de l’Université de Montréal.


Sans consultation auprès de la communauté universitaire et de la population environnante, la direction de l’université a choisi de scinder le campus de l’Université de Montréal en deux et de créer un nouveau campus des sciences et de médecine sur la gare de triage d’Outremont dont les coûts sont estimés à 1,6 milliard.


Le choix de ce site s’inscrivait initialement dans le cadre du développement du nouveau Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) sur ce même site qui a ensuite été relocalisé au centre-ville, et au développement de la médecine privée, dont sur les sites adjacents (clinique Laënnec). En plus de l’aberration urbanistique qu’elle représente (désagrégation du campus actuel et du quartier environnant, navettes de transport), cette décision a signifié la vente d’un important immeuble patrimonial.


Tel que cela a déjà été souligné dans les pages du Devoir (Michel Seymour, Louis Dumont, Jean-Claude Marsan et Daniel Turp, 15 février et 1er mars 2012), afin de justifier le manque d’espace, la direction de l’université a vendu l’ancien Collège du Mont-Jésus-Marie, sur le boulevard Mont-Royal, acquis en 2003 d’une congrégation religieuse à un prix réduit à condition que l’immeuble conserve sa vocation d’enseignement.


La rénovation du bâtiment estimée à 140 millions de dollars aurait permis de relocaliser plusieurs services et d’accroître significativement l’espace disponible sur le campus. Toutefois, l’université, plutôt que de respecter ses engagements et après avoir consacré 40 millions pour l’achat et la mise à niveau de l’édifice qui contient une chapelle historique l’a vendu 28 millions de dollars grâce aux bons offices de la Ville de Montréal à l’entrepreneur Paolo Catania (le même entrepreneur qui a récemment été arrêté lors de l’opération Marteau de l’escouade anti-corruption pour possible malversation dans d’autres dossiers immobiliers impliquant la Ville de Montréal), et ce, afin de construire des condominiums de grand luxe sur la montagne.


Cette dérive immobilière et les apparences de conflit d’intérêts potentiels qu’elle soulève nécessiteraient l’attention des mouvements étudiants et du gouvernement dans le cadre des discussions qui s’amorcent sur le financement des universités.


Une saine gouvernance publique requerrait un réexamen complet des plans d’aménagement de l’Université de Montréal et devrait inclure une consultation élargie auprès de la population, de la communauté universitaire et des partenaires.


La possibilité du réaménagement du campus actuel et de la rénovation de certains immeubles, y compris l’intégration harmonieuse du Collège du Mont-Jésus-Marie, devrait être sérieusement évaluée afin d’éviter la dérive immobilière de plusieurs centaines de millions de dollars qui s’annonce.

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Bernard Gauthier - Professeur titulaire à l’Institut d’économie appliquée de HEC Montréal

8 commentaires
  • Michel Seymour - Abonné 4 juin 2012 05 h 58

    Merci !

    Je suis heureux de lire le collègue. Je suis entièrement d'accord, sauf sur un point de détail. Le 1420 boulevard Mont-Royal n'a pas encore été vendu. La légalité du changement de zonage n'a pas encore été établie. La cause est en appel et sera entendue vers la fin de l'année ou au début de l'an prochain.

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 4 juin 2012 13 h 07

      Bonne nouvelle. Si ce collège n'a pas encore été vendu à ces crapules, il y a encore de l'espoir d'en faire ce que les religieuses ont exigé, condition sine que non, un lieu d'enseignement.

  • Gilles Delisle - Abonné 4 juin 2012 07 h 03

    UdeM: une grosse "business".

    Quand on sait que deux membres sur six du comité exécutif de l'université siègent au conseil d'administration de Power corporation, doit-on se surprendre de ces transactions douteuses et malsaines pour une université. La vente malheureuse du Collège Mont Jésus Marie à des fins immobilières,malgré les promesses non-tenues de l'université d'en garder la vocation éducative, est un bel exemple de dérive de cette université "mercantile".

  • Zohra Joli - Inscrit 4 juin 2012 09 h 05

    Où va l'argent des universités

    Merci monsieur Gauthier ! Voilà où va l'argent dans nos universités et voilà pourquoi il y en a de moins en moins pour l'enseignement !
    Et les étudiants ont raison sur cela dès le début.

  • André Chevalier - Abonné 4 juin 2012 10 h 24

    Ça ressemble au mont Orford

    Des particuliers ont donné leurs terres du mont Orford au gouvernement pour en faire un parc public. La communauté des soeurs Jésus-Marie a cédé son couvent à l'université de Montréal à la condition qu'il serve pour des fins d'éducation.

    Le gouvernement libéral a voulu céder le parc Orford à un promoteur privé au détriment du public. L'université de Montréal vend à un prix dérisoire le couvent Jésus-Marie à un promoteur privé au détriment du patrimoine public.

    Les gens sont descendus dans la rue et ont réussi à faire reculer le gouvernement Charest. Quand les gens vont-ils manifester dans la rue pour défendre cette pièce du patrimoine?

    Il est temp qu'on se rende compte que les gouvernants actuels (fédéraux, provinciaux, municipaux ou universitaires) ne prennent pas des décisions fondées sur l'intérêt public, mais pour servir des intérêts occultes.
    La seule façon de les contrer, c'est de monter aux barricades.

    • Michel Leclaire - Inscrit 4 juin 2012 12 h 12

      "La seule façon de les contrer, c'est de monter aux barricades."

      Hé oui, la vraie révolution est, pour notre malheur, la seule alternative.

  • Jacques Morissette - Abonné 4 juin 2012 10 h 48

    Est-ce ambition ou cupidité?

    On y va de ses propres ambitions démesurés, sans penser qu'il y a quelqu'un quelque part qui devra payer. Je suppose que les gens qui imaginent ce genre de projet le font en vue éventuellement des salaires qui devraient grimper en fonction de la valeur des bâtisses. En effet, je ne suis pas sûr que ces gens ont en tête des causes nobles, de quelque nature qu'elles soient. S'il y a une cause, c'est la leur unilatéralement.