Libre opinion - La note « échec » pour cette mascarade

C’est avec consternation que la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) a pris connaissance du projet d’entente rendu public le samedi 5 mai, entre diverses parties, mais dont elle était exclue, pour arriver à une solution au « conflit étudiant ». Or, à notre avis, ce projet mérite la note « échec » pour les raisons suivantes :

Le projet offre une solution comptable à un problème qui doit être résolu en termes de « choix de société ».


Depuis des mois, étudiants, professeurs et autres intervenants ont clamé, haut et fort, que le coeur de la question, posé par l’augmentation possible des droits de scolarité, était la suivante : voulons-nous, oui ou non, une université qui, par le gel des droits actuels, préserve son statut de « service public » ? Or, le projet d’entente, en gommant l’augmentation apparente des droits par la réduction des « frais institutionnels obligatoires » (FIO, aussi appelés « frais afférents »), esquive totalement ce coeur de la question. Le projet de société s’est mué en exercice de comptabilité. Échec.


Le Conseil provisoire des universités (CPU) : une mauvaise blague.


La mise sur pied d’un CPU a pour but de dégager des économies qui seront appliquées à la réduction des frais afférents. Ce Conseil est non avenu pour plusieurs raisons.


Là encore, il risque fort de troquer des problèmes de mission, d’orientation de l’université, en simples problèmes de gestion. Ces problèmes existent, et les professeurs les dénoncent depuis longtemps, mais toujours en les prenant en compte dans le cadre des missions de l’université.


La composition du comité est déconcertante : elle ne laisse qu’une seule place à un professeur, sur un comité de 19 personnes, après avoir exclu les professeurs de la négociation de cette entente. Il s’agit là d’une situation non seulement inacceptable, mais insultante. Les professeurs ont toujours fait de la collégialité la marque distinctive de leur gestion, et voilà qu’ils disparaissent au moment des grands enjeux externes. Cette composition du comité est insensée.


Le projet d’augmentation des droits de scolarité devait amener des revenus additionnels aux universités. Le présent projet déshabille Pierre pour habiller Paul, mais sans vêtements neufs dans un avenir proche. Échec.


La grande perdante, l’université comme « service public ».


En 1997, la FQPPU a rendu publique une position sur l’université qui, aujourd’hui, résonne encore plus fortement. Déjà, il y avait un refus de ce qui, depuis lors, a continué de s’amplifier : « L’université qu’on nous propose, c’est l’université marchande, c’est l’université du retour à l’élitisme de naguère présenté comme le dernier cri du postmodernisme. Face à elle, un combat est nécessaire. » Ce combat, et qui est celui que plusieurs d’entre nous ont mené ces derniers mois, c’est en vue d’une université qui est un véritable service public ; une université qui, financée essentiellement par des fonds publics, est « accessible à toutes et à tous et axée résolument sur la réussite du plus grand nombre ». Cette quête vient de disparaître. Échec.


Depuis des années, la Fédération québécoise de professeures et professeurs d’université réclame un vaste débat, sous la forme d’états généraux, sur les grandes options de l’université québécoise. On nous propose ici un arrangement qui édulcore les questions de fond en les déguisant en exercice bancaire et bancal. Nous donnons la note « échec » à ce projet d’entente, car :


il dissout un enjeu social dans un exercice de comptabilité ;


il crée un comité dont la composition ne convient pas à une position élargie des problèmes ;


il ne tient nullement compte de l’engagement et de la passion qui animent les professeures et professeurs pour l’institution universitaire ;


il oblitère complètement le sens de notre action, la préservation d’une université qui soit un vrai bien collectif, un véritable service public pour notre collectivité tout entière.


En conséquence, la FQPPU 1) demandera à ses membres s’ils jugent opportun ou non de participer à ce CPU ; 2) selon l’issue de cette consultation, tiendra dès l’automne 2012 son Sommet sur l’université qui était prévu en 2013 ; 3) rendra publiques ses propositions pour une saine gouvernance des universités.

***
 

Max Roy, Président de la FQPPU et Pierre Hébert, Membre du comité organisateur 

du Sommet sur l’université

13 commentaires
  • Robert Delamare - Inscrit 9 mai 2012 03 h 58

    L'anti-science technocratique

    Tout est résumé dans ce billet de blog de l'IRIS, bref la tentative incroyable et misérable d'introduire par la fenêtre une monstruosité mercantile qui bafoue les professeurs et l'enseignement, soit la fameuse "assurance qualité", comme si l'enseignement était un grille-pain, comme si les professeurEs n'existaient pas :
    http://www.iris-recherche.qc.ca/blogue/la-derniere

    Il faudra veiller à cela, que les associations étudiantes ne se laissent pas coopter par les gouvernants et les entrepreneurs pour façonner une université-entreprise sur le dos des professeurEs et du public.

    Bien à vous,
    Robert Delamare

  • Pierre Bourassa - Inscrit 9 mai 2012 05 h 54

    La grande perdante, l’université comme « service public ».

    ''Le projet offre une solution comptable à un problème qui doit être résolu en termes de « choix de société ».''

    Merci de replacer ce débat dans sa perspective globale.

  • François Dugal - Inscrit 9 mai 2012 08 h 12

    CPU

    Sur le CPU, un prof et DEUX membres de la Chambre de Commerce nommés par la ministre (!!!!!!!!); que font-ils là?

  • Marc Bourdeau - Abonné 9 mai 2012 08 h 49

    Le projet ...de société

    De Louis.Marc.Bourdeau@Gmail.com

    Le projet québécois de société devrait s'articuler sur la triade «Libertas, humanitas, felicitas» (devise de l'empereur romain Hadrien). Facile de comprendre que l'éducation est au coeur de chacun des trois termes.

    N'oublions pas tout de même que du strict point de vue fiscal une éducation universitaire rapporte gros à notre société, vu le surcroît moyen de revenus que les détenteurs de diplômes universitaires feront tout au long de leur vie productive. Dont une bonne partie ira à notre collectivité via des taxes & impôts supplémentaires.

    Les petits calculs suivants en font une démonstration, même simplifiée, qu'on pourra lire avec profit:

    http://wikistat.polymtl.ca/tiki-download_file.php?

    Dans ces circonstances toute personnes n'ayant pas été chercher, faut de moyens financiers, le surplus moyen de revenus prévisible dû à une éducation universitaire, cause un manque à gagner à la collectivité.

    Du point de vue fiscal seulement. Mais il faut ajouter aussi le 'bonheur collectif' supplémentaire apporté par une éducation plus poussée. Avec tout ce que le mot bonheur comporte de sens...

    L'éducation n'est pas qu'un bien individuel, mais avant tout un bien collectif.

    • Michel Richard - Inscrit 9 mai 2012 10 h 31

      Vous avez raison, les études de chacun rapportent à la société. Vous oubliez de dire, par contre, qu'elles rapportent aussi à l'étudiant. C'est pourquoi la société paie actuellement environ 85% des coûts, et les étudiants 15%.
      Des aménagements ont été apportés et l'accessibilité aux étdudes sera améliorée après la hausse des droits de scolarité et les améliorations aux prêts et bourses.
      Finalement, dire que l'éducation n'est pas un bien individuel mais un bien collectif, ça veut rien dire.
      Le gouvernement a fait un choix, c'est sa job de faire des choix. Si on est pas content, on vote contre aux prochaines élections. C'est comme ça qu'on bâtit un "projet québecois de société"

    • Solange Bolduc - Abonnée 9 mai 2012 12 h 37

      @ Michel Richard

      C'est comme ça que l'on ferme le bec à ceux qui croient au dialogue, donc à la démocratie : "Si on est pas content, on vote contre aux prochaines élections. C'est comme ça qu'on bâtit un "projet québecois de société""

      Votre façon de voir les choses est plus que simpliste! Dommage pour vous, mais nous, nous sommes bien disposés à continuer le dialogue, avec ou sans le gouvernement !

      Nous induire à garder le silence en attendant les élections est un affront aux citoyens pour qui le droit de parole, avant, pendant et après les élections, est fondamental dans notre système politique.

      La loi du Silence (clergé, corruption gouvernementale, etc.)dans l'histoire du Québec et d'ailleurs, on sait où cela peut mener...à la frustration qui incline à la violence physique et verbale....C'est ce que vous désirez! Pas moi!

    • Michel Richard - Inscrit 9 mai 2012 16 h 10

      Mme Bolduc
      Vous avez raison. Le droit de se faire entendre, de manifester, de tenter d'influencer l'opinion publique est fondamental. Et on a plus de droits que simplement faire un x tous les 4 ans.
      J'ai probablement mal articulé ce que je pense.
      Dans ce cas-ci, on a une minorité qui insiste et qui fait beaucoup de bruit. Elle a le droit de se faire entendre et je n'ai aucune objection aux manifestations qui continuent, du moment qu'elles sont pacifiques. En fait j'aime ça.
      Par contre un politicien a déjà dit que le mot le plus difficile à dire pour un politicien c'est un simple "non". Qu'arrive-t-il si une minorité bruyante demande quelque chose avec insistance, demande à dialoguer etc . . . et que le gouvernement élu au suffrage universel répond: "je vous ai bien entendu, je comprend votre point de vue et vos demandes, mais je vous répond: - voici ce que je peux faire mais pas plus, après, c'est Non - "
      La minorité n'est pas satisfaite, elle continue à manifester etc . . .
      Qu'est-ce qui est juste alors ? Le gouvernement n'a-t-il pas le droit de dire "je vous ai entendus, je peux faire ceci, mais pas plus" ?
      Me semble que la société doit alors accepter ce qui est décidé et passer à un autre dossier. Et le gouvernment doit vivre avec les conséquences politiques et électorales de sa réponse.

  • Michel Richard - Inscrit 9 mai 2012 10 h 23

    Choix de société

    Vous écrivez: ''Le projet offre une solution comptable à un problème qui doit être résolu en termes de « choix de société ».''
    Notre société fait son choix par le biais d'élections au suffrage universel, où toute la société peut s'exprimer.
    On fait pas des choix de société quand une minorité d'étudiants fait la grève.
    70% des étudiants ont fait le choix de continuer à étudier malgré la situation. 70% de la population appuie le gouvernement dans cette affaire.
    Vous voulez un choix de société, mais seulement si le choix qui est fait est celui qui fait votre affaire !

    • Geneviève Boivin - Inscrite 9 mai 2012 13 h 17

      Vous ne prenez que l'information qui fait votre affaire! Il n'y a pas 70% de la population qui est pour la hausse. Le sondage vient de LA Presse, et n'est pas issus d'un échantillion probabiliste. 800 personnes intérrogées, et La Presse elle-même mentionne, en petit caractères, que ce sondage n'est pas valide au sens des probabilités et donc que l'information est trompeuse (comme je le répète à tout ceux qui, comme vous, prenez ce qui est écrit en gros pour du cash et ne lisent pas les petits caractères, ou ne s'informent pas sur la provenance de l'information)

      De plus le 70% des étudiants sur le banc d'école, plusieurs la dedans sont soit neutres ou rouges, ils sont contres la hausse, mais ne veulent pas perdre leur session ou retarder leurs études.

      Il faut nuancé les propos je l'accorde des deux côtés. Tout n'est jamais tout noir ou parfaitement blanc. Si vous ne faites pas le tris de l'information et que vous n'écoutez que les médias empreints de convergeance, je comprend que votre jugement soit aussi fermé.

    • Michel Richard - Inscrit 9 mai 2012 16 h 23

      Mme Boivin,
      Si vous avez un chiffre plus précis que le 70% en ce qui concerne l'appui de la population au gouvernement, svp le fournir. Si l'échantillon est trop petit, ça veut dire que la marge d'erreur est plus grande, dans un sens ou dans l'autre. Mais ce 70% demeure la meilleure indication disponible, à ma connaissance.
      Quand aux étudiants qui ont continué à étudier, c'est vrai que certains sont "rouges". Comme certains qui sont en grève, ou en boycott, sont "verts".
      Chose certaine, cependant, les leaders étudiants de la FECQ, FEUQ et de la CLASSE ne peuvent pas parler au nom des étudiants qui ne sont pas en grève, ils n'ont pas de mandat de ces étudiants. Quand ces leaders parlent, ils ne peuvent donc prétendre représenter qu'un minorité d'étudiants, et ils ne peuvent donc pas prétendre proposer des choix au nom d'autre chose qu'une minorité d'étudiants.