Libre opinion - Pour une meilleure gestion de l'eau

Au terme du Forum mondial de l'eau qui a récemment eu lieu à Marseille, de nombreux projets novateurs ont fait souffler un vent d'espoir sur les enjeux liés à l'eau dans notre société. Malgré ces initiatives locales et internationales, de plus en plus de pays sont confrontés à un stress hydrique, terme employé lorsque les besoins en eau outrepassent la quantité disponible.

Au Québec, les préoccupations sont bien différentes. Alors qu'un humain n'a besoin que de 3 litres par jour pour survivre, les Québécois en consomment plus de 400 litres par jour, selon le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP). Si on intègre la consommation des entreprises, ce chiffre s'élève à 800 litres. Un portrait de la consommation en eau potable qui classe les Québécois au 2e rang des plus grands consommateurs en eau du monde après les États-Unis. Comment peut-on alors convaincre des citoyens entourés de 4 500 rivières et 750 000 lacs — soit 3 % des ressources en eau douce de la planète — d'en faire une consommation raisonnable?

Un hydrocide survient quand la pollution de l'eau est si grande qu'elle en altère sa capacité à se renouveler. La qualité de l'eau a un grand rôle à jouer dans sa «fonctionnalité d'eau». Cela entraîne que plus sa qualité est grande, plus elle peut remplir de fonctions sociales, culturelles, économiques et environnementales. Évidemment, l'industrialisation, l'agriculture et l'urbanisation affectent les réserves en eau potable. Plusieurs exemples récents nous conduisent à nous demander quelle importance le gouvernement du Québec accorde à la qualité de l'eau.

La viabilité environnementale de l'industrie des gaz de schiste demeure douteuse, considérant les 596 produits chimiques (répertoriés sur plus de 900 dont la présence a été notifiée) utilisés au cours du processus de fracturation. Comme l'a démontré Theo Colborn, analyste de la santé environnementale au Colorado, bien que l'industrie gazière prétende que l'eau ne contient que 0,5 % de ces produits, il n'en demeure pas moins que 5 tonnes métriques de produits chimiques sont injectées par million de litres d'eau utilisés. Des problèmes peuvent également survenir lorsque l'eau de reflux contaminée par des métaux lourds se trouvant dans le sous-sol, comme l'arsenic et le mercure, remonte à la surface. À cela s'ajoute la pollution atmosphérique causée par la faible étanchéité des tuyaux en béton, qui permet au méthane de se libérer.

Et le Plan Nord


Le Plan Nord, largement débattu dans les médias, apporte aussi son lot d'interrogations quant à la protection des cours d'eau. Même si prévoir la conservation de 50 % du nord du Québec exploité d'ici 2035 constitue une avancée importante, la population a le devoir de remettre sérieusement en question la gestion environnementale de l'autre partie du territoire. Les industries minières qui s'engagent à créer un essor économique dans la région devraient également être tenues de préserver ces ressources pour les générations futures. L'étude de l'IRIS précise que «dans son montage actuel, le Plan Nord apparaît exagérément favorable à l'entreprise privée en faisant porter la plus grande part des risques aux contribuables québécois en échange de faibles retours sur leur investissement collectif. Selon le scénario le plus optimiste, le gouvernement québécois investirait plus de 16,5 G $ pour récolter 14,2 G $ » soit une perte de 2,3 milliards.

L'industrie des gaz de schiste et la mise en oeuvre du Plan Nord doivent susciter un questionnement sur l'urgence du développement de nos ressources naturelles qui se fait à l'encontre des principes environnementaux qui ont actuellement cours. Les méthodes de gestion intégrée des ressources en eau, de gestion adaptative ou encore l'approche écosystémique sont appliquées seulement quand elles ne contreviennent pas à la rentabilité des ressources naturelles. La loi hautement contestée du free mining, qui entrave la création de nouvelles aires protégées sur des territoires considérés comme ayant un potentiel minier, en est un bon exemple. La primauté de la rentabilité économique sur la protection environnementale qui anime le gouvernement actuel doit être remise en question. Les quatre années de mandat politique ne suffisent pas, hélas, à l'environnement pour dévoiler les empreintes néfastes qu'auront laissées ces décisions gouvernementales.

Initiatives à souligner

Y a-t-il des solutions? Au Québec, on peut saluer des initiatives qui font de l'eau une ressource mieux protégée. Appliquant le Plan directeur de l'eau, le réseau des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ) permet un suivi accru des problématiques propres à chaque lac et rivière couvrant notre territoire. Bien qu'ayant une légitimité encore insuffisante face à l'énorme tâche qui leur incombe, les 40 organismes de bassins versants qui oeuvrent sur nos lacs et rivières sont un pas important vers la gestion consciencieuse de nos ressources.

Cette année également, la création d'un Institut International de l'aquaresponsabilité municipale (IIAM) sous l'impulsion de l'Université Laval et de l'INRS, qui vise à accorder des certifications aux villes «aquaresponsables», incitera peut-être les municipalités du Québec à tendre vers une gestion de l'eau performante et efficiente.

Bien que ces initiatives soient encourageantes, elles sont loin d'être suffisantes. L'éducation en matière d'utilisation de l'eau doit viser un spectre élargi d'intervenants allant des utilisateurs de l'eau à sa chaîne d'approvisionnement, jusqu'au niveau politique. Tant que, pour préserver leur base électorale, les politiciens s'en tiendront à une logique de préservation de la ressource hydrique discrétionnaire, la gestion intégrée des ressources en eau sera vouée à l'échec!

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Lylia Khennache, doctorante au département de génie des bioressources à l'Université McGill
4 commentaires
  • Jean St-Jacques - Abonnée 26 mars 2012 08 h 25

    A quand de la vraie eau potable?

    Quand aurons-nous droit à une vraie eau potable J2O: incolore, inodore et sans saveur et non à de l'eau de piscine remplie de chlore et de minéraux inorganiques. Ceux-ci se déposent dans nos artères et causent des problèmes de santé graves.

    • Jean St-Jacques - Abonnée 26 mars 2012 12 h 02

      Je corrige: eau: H2O

  • Solange Bolduc - Abonnée 26 mars 2012 10 h 55

    L'importance accordée à l'eau ne va pas à l'encontre de celle que l'on doit accorder à l.éducation, à la motivation des jeunes.

    En effet, l'eau est ce qui nous constitue en grande partie, et qui, hélas, se tarit suivant le soin que chaque individu y met pour faire en sorte qu'elle se régénère sans cesse ...C'est le lit surtout qu'il nous faut protéger en référence à la "rivière d'Héraclite".

    D'où l'importance de bien éduquer les citoyens.
    Et ça sert aussi à ça, Mme Beauchamps, l'éducation: à sensibiliser les jeunes à leur environnement, et non à attendre qu'il soit trop tard ou démotivés, et que le coût de votre mépris n'en devienne que trop prohibitif!

    Ce sont les jeunes d'aujourd'hui qui paieront la note, non seulement celle de votre suffisance, mais de votre manque de pédagogie!

    Se préoccuper de son environnement, c'est penser en terme d'avenir et de santé sous toutes ses formes.

    Le Gouvernement est en train d'aliéner les jeunes par ses projets monstres, ce qui risque de freiner l'enthousiasme des jeunes, de les appauvrir et de profiter qu'aux multinationales.

    L'Eau est telle un Corps se mouvant dans l'espace infini du temps comme la jeunesse qui s'éternise dans son renouvellement: c'est pourquoi il ne faiut jamais la laisser se tarir!

  • Guy Skene - Inscrit 26 mars 2012 18 h 35

    Les bassins versants du Québec

    À Lac Édouard en Haute Mauricie c'est la Ssmbba, société d'aménagement et de mise en valeur de la vallée de la Batiscan qui est notre organisme de bassin versant. Quand je vois que le maire de ma municipalité encourage l'industrie des VHR, des dizaines de milliers de motoneiges et quads et motomarines et gros hors bords empoisonnent inévitablement mon lac, j'ai des photos à l'appui. Quand je vois également que mon maire et ses amis propriétaires de pourvoiries siègent comme administrateurs de mon association écologique du Lac Édouard ADELE, que mon maire siège sur la Sambba et sur le Conseil régionnal de l'environnement de la Mauricie, eh! bien je suis obligé de dire que la plupart des organismes écologiques ne servent pas à grand chose, qu'ils servent bien plus de faire paraître que tout autre chose.