Libre opinion - Et si la CAQ était un COQ?

Plutôt scandaleux, non, le mépris à l'égard de l'ensemble de ses membres manifesté par la plus haute instance de l'ADQ, qui n'hésite pas à brader ses principes pour ce plat de lentilles qu'est l'éventuelle réélection de ses députés à l'Assemblée nationale, sous la bannière de la Coalition avenir Québec (CAQ)? Avec, à la clé, réconciliation des Deltell et autres Caire, qui vont se retrouver ensemble sous un nouveau-chef-ancien-ennemi.

Plutôt douteux, aussi, le jeu de chaise musicale de quelques péquistes renégats — eh oui, renégats — lesquels, attirés par le miroir aux alouettes que font chatoyer les sondages, jettent aux orties leurs convictions, dans l'espoir, eux aussi, de sauver leur poste de député et de peut-être se retrouver au pouvoir, si jamais cette CAQ arrivait à déloger le premier ministre le plus conspué depuis des lustres...

Le dernier en date, l'inénarrable François Rebello, a soulevé tout un nuage de poussière dans la basse-cour parlementaire, surtout dans son recoin péquiste, outré par l'effronterie du grand gamin, qui, après avoir juré fidélité il y a un mois, tel un magicien, vient de retourner sa cape d'un beau bleu ciel pour en exhiber le côté bigarré, au grand dam de ses commettants de La Prairie. Et ce, tout en jouant les toreros de salon: «Voyez, ma cape bleue est toujours là, je choisis juste d'en montrer le côté bariolé pour une dizaine d'années...»

Multicolore, la cape des nouveaux caquistes? On en caquette un peu partout, on s'interroge... Le virage à 180 degrés de François Rebello, le rappel de son ancien serment de fidélité à son mentor, l'autre François, celui qui a aussi quitté le Parti québécois dont il n'avait pu devenir le chef, agit comme révélateur des motivations de la plupart des députés qui ont abandonné leur parti au cours des derniers mois, ou se montrent disposés à le fusionner avec le parti chamarré qui se prétend coalition...

Mais où trouve-t-on un tel assemblage de couleurs? Ne pense-t-on pas ici à la flamboyante queue des plus jolis coqs de combat? Bien sûr, les couleurs de la coalition sont plutôt pâlottes, plutôt mièvres même. Le passage dans les rangs de cette coalition, qui prend de plus en plus l'allure d'un conglomérat, se trouve ainsi facilité par l'insipidité de ses couleurs et de ses idées, par leur flou que l'on ne peut certes qualifier d'artistique...

Et c'est ce flou, ce ni-à-gauche-ni-à-droite, ce ni-fédéraliste-ni-souverainiste, qui permet à tout un chacun en mal de réélection assurée, assortie bien sûr d'un salaire tout aussi garanti et de la possibilité d'accéder à quelque poste de ministre, de se glisser dans les rangs coquistes — non, non, ce n'est pas une coquille! Car ce nouveau parti attire, comme un aimant, en raison des sondages qui le font gagnant d'une sans doute prochaine élection, les députés opportunistes qui quittent la barque en perdition, adéquiste ou péquiste, de leur propre parti.

Voilà donc aux yeux de bien des gens, que l'on accuse d'ailleurs de cynisme, le commun dénominateur qui caractérise les nouveaux députés de la formation de François Legault: l'opportunisme. Nous sommes bien loin d'une Coalition pour l'avenir du Québec, d'une CAQ, nous sommes plutôt en présence d'un Conglomérat d'opportunistes du Québec, d'un COQ, dont la queue miroitante ne manquera pas de pâlir, au fur et à mesure que de nouveaux transfuges — on est toujours en attente de ceux du Parti libéral — viendront s'installer dans ses nids de poule et que le bon peuple se rendra compte que le changement dont il est si friand ne loge pas à cette enseigne.

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Simone Landry - Professeure honoraire à l'UQAM
12 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 19 janvier 2012 03 h 13

    La plus juste analyse...

    Qu'il m'ait été de lire dans les pages du Devoir, tous journalistes et analystes politiques confondus. Une pure merveille!

  • Catherine Paquet - Abonnée 19 janvier 2012 05 h 53

    Bravo

    Bien lancé, Mme Landry...
    Il ne faudrait quand même pas que les Caquistes prennent les Québécois pour des tarés qui ne verraient rien de leurs mabitions et de leurs petis calculs. J'espère qu'aucun de ces députés transfuges n'osera se pleindre du cynisme des citoyens.
    Cette course vers les avantages du Pouvoir devrait être dénoncée et la défection d'un député allant à l'encontre du mandat qu'il a sollicité, devrait être interdite à moins que le député en reste à une déclaration d'indépendance vis-à-vis toute option politique.
    Peut-on imaginer qu'un gouvernement élu démocratiquement pour appliquer une politique de gauche, doive, un jour, céder sa place à un gouvernement de droite, parce qu'un certain nombre de députés de gauche auraient décidé de passer à droite, sans autres formalités.

  • Gérard Raymond - Abonné 19 janvier 2012 06 h 02

    Une Tour de Babel

    Merci madame Landry, j'aime bien votre exposé. Avant de le lire, j'avais moi-même associé l'entreprise du COQ en chef, François Legault, à une Tour de Babel, soit la tour que les descendants de Noé prétendaient élever pour atteindre le ciel, ouvrage qui s'effondra en raison de la diversité des langues de ses ouvriers, incapables de se comprendre. Peut-on dire qu'ils étaient des babeleux ?

    Gérard Raymond

  • André Chevalier - Abonné 19 janvier 2012 06 h 15

    Ce serait de la coquetterie

    En se nourrissant à tous les râteliers ( fédéraliste vs indépendantistes, plus d'état vs moins d'état, droite vs gauche) les caquistes (coquistes) auront beaucoup de difficultés à présenter un programme cohérent.

    Au cours des discussions pour transformer les « on verra» en propositions concrètes dans leur programme, les coquistes vont régulièrement passer du coq à l'âne.

  • Airdutemps - Inscrite 19 janvier 2012 08 h 11

    Le ridicule et le mépris

    Bien dit Mme Landry !

    Le ridicule ne nous tuera jamais.

    Le chef du COQ et ses nouveaux amis ont le plus grand mépris pour les électeurs.