Libre opinion - L'entente sur la forêt boréale: chance historique

Le 19 mai dernier, 9 grands organismes environnementaux et 21 sociétés membres de l'Association des produits forestiers du Canada (APFC) dévoilaient une entente d'une durée de trois ans portant sur la conservation des forêts boréales publiques couvrant une étendue équivalente à deux fois la superficie de l'Allemagne (72 millions d'hectares). L'Entente, qualifiée d'historique, vise la suspension de l'exploitation forestière sur près de 29 millions d'hectares de forêt boréale, dont près du tiers se trouve au Québec. Elle permettra entre autres choses de protéger l'habitat du caribou forestier.

Dès son dévoilement, l'Entente a été saluée par le gouvernement du Québec, l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, la Confédération des syndicats nationaux, le Conseil de l'industrie forestière du Québec, la Fédération des municipalités du Québec et l'Ordre des ingénieurs du Québec pour n'en nommer que quelques-uns. D'autres voix, minoritaires, se sont faites critiques de l'Entente. Il convient de corriger certaines perceptions erronées qui alimentent ces critiques.

D'abord, l'Entente ne se substitue en rien au rôle fondamental que les gouvernements doivent jouer dans la gestion de nos ressources forestières. Il est stipulé noir sur blanc en introduction du document que la responsabilité et l'autorité légales pour les décisions en matière d'utilisation du territoire et de politiques de conservation et de gestion des ressources reviennent aux gouvernements, incluant les gouvernements des Premières Nations.

L'entente vise avant tout à concilier les positions de deux intervenants traditionnellement opposés — l'industrie et les groupes écologistes — afin de faciliter la concertation avec l'ensemble des intervenants préoccupés par la forêt. Elle est, sur ce point, un outil inestimable. Elle crée une nouvelle dynamique qui facilitera l'intervention de l'État et qui amènera d'autres entreprises à améliorer elles aussi leurs pratiques pour demeurer concurrentielles. Il nous appartient tous de tourner cette nouvelle dynamique à notre avantage.

Autre point important: l'Entente ne règle pas tous les problèmes de la forêt boréale. D'importants territoires doivent encore être protégés et il importe de ne pas baisser la garde pour s'assurer d'une protection forte des territoires non couverts par cette entente, notamment dans le contexte du Plan Nord du gouvernement du Québec. Nos organisations demeurent engagées dans cette lutte.

Certains ont reproché au processus ayant mené à l'entente de ne pas avoir été suffisamment transparent et participatif. Il importe de rappeler que l'Entente est un point de départ et que sa mise en oeuvre est impossible sans la participation des gouvernements provinciaux, des Premières Nations et de l'ensemble des communautés qui en seront les fers de lance. Tous sont conviés à contribuer dès maintenant à sa mise en oeuvre et à sa bonification.

La critique la plus sournoise envers l'entente est d'affirmer qu'elle a été négociée par des groupes «étrangers au Québec». Aussi, avant de sombrer dans la xénophobie, il est important de souligner que les soussignés sont tous Québécois, que nos groupes bénéficient du soutien de dizaines de milliers de Québécois au service desquels nous poursuivons notre action. Notre engagement est en cela tout aussi légitime que celui de ceux que nous considérons comme nos alliés. C'est à titre d'environnementalistes et de Québécois(es) que nous sommes fiers de l'Entente conclue.

L'Entente sur la conservation de la forêt boréale est un point de départ. Rappelons encore une fois que sa mise en oeuvre fructueuse nécessitera l'appui des gouvernements ainsi que d'une vaste gamme d'intervenants, notamment les collectivités locales. Elle mettra à leur disposition de nouveaux outils qui permettront de faire des propositions conjointes d'aires protégées, basées sur la science, de protéger l'habitat du caribou forestier et d'aller au-delà de la cible politique de 12 % du gouvernement québécois.

Cette entente crée un changement considérable dans les rapports entre deux groupes d'intervenants majeurs. Elle nous force tous à sortir de notre zone de confort traditionnelle. Nous avons fait ce cheminement avec nos partenaires de l'Entente et nous sommes aujourd'hui prêts à entrer de plain-pied dans une nouvelle dynamique qui permettra l'atteinte de notre objectif primordial: la protection et la pérennité de la forêt boréale. Au-delà des principes et des objectifs d'individus ou de groupes donnés, nous devons nous concentrer sur les résultats. Si l'Entente permet d'avancer sur ce point, ce dont nous sommes convaincus, elle aura rempli sa mission.

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Ont signé ce texte: Josée Breton (Canopée), Mélissa Filion (Greenpeace), Karel Mayrand (Fondation David Suzuki), Suzann Methot (Initiative boréale canadienne) et Sophie Paradis (Société pour la nature et les parcs section Québec).
3 commentaires
  • Claude Boucher - Abonné 7 juin 2010 02 h 46

    Les Québécois de service

    Les signataires sont certes Québécois, mais il est indéniable que les décisions de leurs employeurs respectifs sont prises à l'extérieur du Québec. Ils représentent des groupes extérieurs au Québec, puisque les véritables centres de décision de ces groupes sont situés à Ottawa, Toronto, Vancouver ou Washington D.C. Il ne suffit pas de louer un bureau à Montréal pour que vos groupes soient québécois.

    Quant au ridicules accusations de "xénophobie" qui sont colportées par les signataires, il s'agit du même genre de Quebec-bashing qu'on peut lire occasionnellement dans la presse torontoise. Disons que ce n'est pas à l'honneur de ces "Québécois de service". Je suis étonné que vos "partenaires" de l'industrie forestière vous aient laissé publier ça.

  • robot - Inscrit 7 juin 2010 08 h 44

    La loi des mines plus puissante que l'entente conclue?

    C'est bizarre mais la puissante compagnie minière Osisko a déjà
    défriché plusieurs hectares de forêt pour son projet de mine à
    ciel ouvert sans consultation et avant même les autorisations
    du gouvernement du Québec, avant les audiences du BAPE et
    avant d'avoir consulté et signé des ententes avec les premières
    Nations et les autres utilisateurs de la forêt domaniale.
    Ici, à Malartic, y-a-t'il une loi pour la mine et une autre loi pour
    les citoyens ordinaires ? La Loi des Mines a-t-elle préséance sur
    toutes les autres lois et ententes? Le ministre Pierre Corbeil
    aurait-il déjà aliéné notre bien collectif au profit de la minière?
    Poutant, il habite à trente kilomètres de la dite mine et il ne
    nous a jamais consulté ou informé?...

  • Marc Donati - Abonné 7 juin 2010 11 h 44

    une réponse légitime

    Les signataires de ce texte ont bien raison de répondre à la critique qu'il leur a été faite. Parfois, j'ai l'impression que ce ne sont pas les grands industriels qui nuisent le plus à la forêt boréale que les bien réelles dissensions entre les groupes écologistes (''petits'' contre ''gros'', ''radicaux'' contre ''modérés'') qui relèvent davantage de disputes de cour d'école et qui minent littéralement les efforts mis de l'avant par certains d'entre eux. Autrefois, on a souvent relevé la division de la gauche; Et bien cette maladie encore contagieuse semble vouloir maintenant s'attaquer aux écologistes, dont la présence est pourtant essentielle mais dont la mauvaise foi de certains est souvent bien pernicieuse.
    Si je comprends bien, on reproche deux choses à l'entente: de ne pas être parfaite, ce à quoi les groupes signataires acquiescent volontiers; Et d'être dirigées supposément ''de loin'' par de supposés ''étrangers''. C'est complètement ridicule. Un biélorusse dirigerait Greenpeace que je n'en aurait cure, du moment qu'il travaillerait dans le sens de la protection de la forêt boréale. Les problèmes écologiques n'ont de toute façon pas de frontière et la destruction de la forêt boréale (celle que nous baptisons souvent de façon chauvine ''notre'' forêt) intéresse pareillement l'Ontario et la Colombie-Britannique, puisqu'il s'agit de la même ici que là-bas.
    En terminant, j'inviterais les groupes et les gérants d'estrade qui ont critiqué l'entente à être conséquents avec leur idéologie: qu'ils aient négocier avec le MRNQ une entente bien meilleure. Ce qu'ils n'ont pas réussi à faire jusqu'à maintenant.