Le droit de choisir sa mort

Le Devoir du lundi 12 février fait état d’un bond des demandes d’aide à mourir. C’est une nouvelle intéressante. C’est dire que les professionnels de la santé comprennent que l’usager est au coeur des services de santé et des services sociaux. En effet, la Loi sur les services de santé et les services sociaux précise à l’article 3 que « la raison d’être des services est la personne qui les requiert » et que « le respect de l’usager et la reconnaissance de ses droits et libertés doivent inspirer les gestes posés à son endroit ».

Ainsi, l’usager n’a pas à dépendre des valeurs des professionnels ou de ses proches, attitude qui s’apparente à du paternalisme. Il ne doit pas être considéré comme un simple partenaire des décisions prises par des professionnels à son endroit. Il a l’autorité de demander ce qu’il considère être bon pour lui… et de l’obtenir selon les règles auxquelles il est appelé à se soumettre.

Au cours de la dernière année, une amie qui a été dirigée vers une unité de soins palliatifs s’est fait dire par le personnel de l’unité des soins palliatifs, « nous autres, on est contre les affaires à Barrette ! ». Une autre de mes connaissances a dû attendre un an avant d’obtenir l’aide médicale à mourir… Douleur et souffrance insupportables. À qui profite cette souffrance ?

En 2004, l’éthicien Hubert Doucet faisait le commentaire suivant : « L’effort entrepris ces dernières années pour contrôler la souffrance fait de celle-ci une condition physique traitable plus qu’une expérience humaine profondément complexe. D’où le risque d’oublier qu’une meilleure gestion de la douleur ne fait à peu près rien pour adoucir la souffrance causée par le spectre de la fin, par l’indignité du déclin et par l’expérience d’impuissance progressive. Toute souffrance n’est pas traitable. Le croire serait perdre de vue que la souffrance est la dégradation de l’identité, une dégradation qui s’exprime jusque dans les actions les plus simples de la vie… »

Quatorze ans plus tard, nous sommes engagés vers un nouveau paradigme : celui du droit de choisir sa mort. Refuser à l’usager son droit à demander l’aide médicale à mourir, droit que lui accorde la loi québécoise sur les soins de fin de vie… et confirmé par la Cour Suprême du Canada, c’est nier sa dignité, c’est nier à la fois sa rationalité et sa volonté. C’est nier sa capacité de décider.

4 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 février 2018 04 h 50

    … mourir de dignité ?

    « Quatorze ans plus tard, nous sommes engagés vers un nouveau paradigme : celui du droit de choisir sa mort. » (Jacques Hould)

    Nouveau paradigme ?

    Oui et non !

    Oui, si on se réfère qu’autrefois (encore de ce jour) la famille prenait la décision du débranchement !

    Non, si on pense que l’actuelle volonté du législateur ne fait pas le bonheur de tous !

    Entre-temps, comment, pourquoi et que …

    … mourir de dignité ? - 14 fév 2018 -

  • Marguerite Paradis - Abonnée 14 février 2018 14 h 36

    VIVRE DANS LA DIGNITÉ...

    ... jusqu'à la fin, serait ma préférence, sans avoir la « bénédiction » de nos nouveaux curés, les médecins »
    Merci

  • Marc Therrien - Abonné 14 février 2018 20 h 37

    Choisir sa mort comme sa promise

    Et ce droit de choisir sa mort ira davantage de soi quand les omnipotents auront pris profondément conscience que la vie et la mort sont compagnons de l'errance humaine et qu'on peut épouser sa mort, sa promise comme on a auparavant choisi son épouse ou son époux dont on a aussi épouser la mort..

    Car, les histoires d'amour finissent toujours mal, en général, comme le chantait joyeusement les Rita Mitsouko.

    Marc Therrien

    • André Joyal - Abonné 15 février 2018 20 h 31

      M. Therrien, votre culture n'a pas d'égale: qui est cette jovialiste chanteuse
      que les moins de 20 ans ne sauraient connaître, comme chante l'autre?
      J'ajoute aux jeunes les plus de 70 ans, moins vous...
      surtout si elles sont plus d'une à ainsi chanter.