Mon ami,

Vendredi dernier, on s’est payé, toi et moi, une querelle de chiffonniers devant l’entrée du CHUM. Tu trouvais que je prenais trop de temps à dégager alors que je te trouvais agressif avec tes coups de klaxon répétés. Quand tu es venu cogner à ma vitre pour me pousser à dégager au plus vite, ma mince couche de vernis de civilisation s’est écaillée et, entre un vigoureux échange de doigts d’honneur, je t’ai invité à retourner dans ton pays. Je n’aurais pas dû et je te demande pardon. J’ai vu et lu dans ton regard une tristesse résignée : pas encore un autre ! J’aurais dû être plus sensible à la situation : peut-être étais-tu un de ces chauffeurs de taxi surdiplômés dont je retardais le gagne-pain. Peut-être étais-tu, tout comme moi, exaspéré par la circulation pénible dans les rues du centre-ville abandonnées au verglas par les autorités. Peut-être était-ce seulement une mauvaise journée. Je regrette d’autant plus ma « rage » au volant que, le même jour, de nombreuses autres personnes de bonne volonté tentaient de rétablir des ponts entre les communautés à l’occasion de la commémoration de la tuerie à la grande mosquée de Québec. Reste avec nous, tu as pleinement mérité qu’on puisse parfois s’engueuler… fraternellement.

11 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 1 février 2018 04 h 23

    Est-ce denrée rare que celle....

    ...de demander pardon ? Pardon qui nécessite humilité pour être activé. Merci monsieur Lepage. Il y a certainement une grande dame qui est aussi heureuse de vous lire ce matin. Je nomme « madame » la dignité.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages.

  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 1 février 2018 05 h 21

    Chapeau bas , M. Raymond LePage !


    Pensons au beau et bon proverbe :

    «  Le premier à demander parDon est le plus brave ;

    Le premier à parDonner est le plus fort ;

    Le premier à oublier est le plus heureux . « 

  • Guy Archambault - Abonné 1 février 2018 08 h 32

    Magnifique courage

    Cher Monsieur Lepage,

    Votre mot m'a profondément ému. Certains y verront de l'autoflagellation. Moi, je ne vois que courage et confiance en soi dans la reconnaissance d'un dérapage et dans la demande de pardon. Vous reconnaissez dans l'Autre un être humain respectable ayant une conscience et un vécu, peu importe son origine, sa couleur, ses croyances. Vous avez illuminé ce gris matin de février.

    Guy Archambault

  • Renée Larouche - Abonnée 1 février 2018 10 h 59

    Miséricorde à hauteur d'humain

    M. Lepage, vous avez allumé un grand feu d'amour et de fraternité ! Qu'il se multiplie et réchauffe : y en a pour tout le monde ! Préparez-vous à recevoir tout plein de retombées. Un geste si simple, pourtant... et qui fait GRAND bien ! Merci 1000 fois !

  • Nadia Alexan - Abonnée 1 février 2018 11 h 00

    Politesse oblige!

    Les gens civilisés ne font jamais «le doit d'honneur» vulgaire, même dans les pires frustrations et les pires circonstances et ne disent jamais à quelqu'un de retourner dans son pays!

    • Louis Fortin - Abonné 1 février 2018 12 h 12

      Rectification, l'homme civilisé fait des erreurs, mais il sait les admettre et demander pardon.

    • Sylvie Demers - Abonnée 1 février 2018 14 h 27

      En effet!!!

      S.Demers abonnée

    • Marc Therrien - Abonné 1 février 2018 17 h 08

      @ M. Fortin,

      Effectivement. Ce qui fait que je ne voudrais pas «appartenir» à un groupe tellement civilisé qu’il m’exigerait un tel niveau d’infaillibilité morale en m’interdisant d’exprimer voire même d’éprouver la moindre colère ou frustration dans une situation sociale où je ne suis pas l’agresseur, mais l’agressé. Je ne serais pas capable de cette hypocrisie qui me ferait déclarer que, contrairement au commun des mortels, je n’éprouve plus ces sentiments qui les font encore souffrir parce qu’ils ne sont pas encore des anges.

      Marc Therrien

    • Charles Lebrun - Abonné 1 février 2018 17 h 28

      Une question à N. Alexan: Est-ce qu'une personne civilisée fait la leçon à quiconque?

      Ce n'est pas une critique, c'est simplement une question...

      "Tu ne peux juger un homme sans avoir marché deux lunes d'affilées dans ses mocassins" (proverbe autochtones)