Vieux Québécois

Quand j’étais jeune, la défense du français, du Québec, était une des grandes causes qui passionnaient mon entourage. Un grand projet rassembleur, à portée universelle dans son appui à toutes les autres nations dominées par les impérialismes économiques et culturels.

 

Alors aujourd’hui, quand j’entends ces artistes québécois francophones de plus en plus nombreux qui chantent uniquement en anglais, je ressens un malaise et des questionnements. Pourquoi ma génération n’a-t-elle pas su transmettre ses idéaux à la suivante ? Dans quel autre pays occidental a-t-on vu un tel changement culturel ? Mais je sais, le Québec n’est pas un pays. Ces jeunes qui se veulent artistes n’essaient pas de me rejoindre et, en retour, je n’essaie pas de les encourager. Ils pensent sans doute à leur « carrière », souhaitent élargir leur public et peut-être faire plus de cash, mais s’intéressent-ils à faire rêver leurs proches, leur famille et leur petite nation fragile ? Pourraient-ils au moins interpréter de temps en temps une chanson en français pour accommoder les Québécois, comme disait l’autre ?

 

C’est entre autres cela, vieillir : se sentir de plus en plus étranger à sa société. Pas besoin d’être Québécois pour ressentir cela. Gérard Depardieu exprime aussi dans son dernier livre sa lassitude du monde. S’il était Québécois, sa lassitude serait bien pire, je crois.

5 commentaires
  • Danièle Jeannotte - Abonnée 30 janvier 2018 08 h 32

    De tout coeur avec vous

    Je partage votre tristesse quand je vois les artistes de la relève dire que l'inspiration leur vient plus facilement en anglais , quand je suis ramenée aux années 50 par ces jeunes youtubeurs qui parlent moitié-moitié parce que c'est plus «cool» et quand je constate que la trame musicale d'une émission diffusée à la SRC est en anglais, comme s'il n'y avait pas d'auteurs québécois suffisamment doués pour faire le travail. Vous et moi appartenons visiblement, pour reprendre les mots de Mme Francine Pelletier, au «vieux croûton» de la société québécoise incapable de comprendre que nous sommes désormais des citoyens du monde et que l'anglais est la langue de la modernité. Étrangers à leur société, comme vous le dites.

  • Gilles Delisle - Abonné 30 janvier 2018 09 h 10

    Je suis tristement des vôtres!

    " Moi aussi", je suis tristement des vôtres! De jeunes générations , plus allumées que nous sur les nouvelles technologies, plus créatifs que nous, mais dans leur confort d'une nation qui s'éteint, au travers d'une langue étrangèreet d'une culture qui n'est pas la leur! Les Québécois s'apprêtent encore à voter pour des partis politiques arrivistes et sans vision , qui vont faire semblant d'administrer et qui nous aurons amené nulle part dans quatre ans. Mon père décédé en 1994, croyait que son pays allait enfin exister avec le référendum de 1995, heureusement, il n'a pas vu ce qui est arrivé. Aujourd'hui, c'est à mon tour de m'apercevoir, que je ne verrai jamais ce pays du Québec naître, il est un peu tard maintenant.

  • Bernard Dupuis - Abonné 30 janvier 2018 10 h 07

    Le français n'est plus "dans le vent". Pourquoi?

    M. Bélanger fait ressortir un profond malaise vécu par de nombreux Québécois ces années-ci. Il se passe quelque chose qui apparaît mystérieux et qui inquiète grandement ceux qui se préoccupent de l’avenir de la langue et de la culture québécoise. Ce changement augure-t-il le début de la fin de la nation québécoise?

    Malgré les mystères qui entourent le changement d’idéal, on peut risquer quelques explications sur la base de l’actualité récente. Par exemple la cause générationnelle, les nouvelles élites financières et économiques et le rôle de sape joué par Radio-Canada au service du canadianisme (le nationalisme canadien).

    Il est vrai que le phénomène générationnel implique souvent plusieurs conflits et plusieurs contradictions. Qu’une génération aille à contre-courant de la génération précédente apparaît souvent tout ce qu’il y a de plus naturel. Ne dit-on pas « les temps changent », il faut « être de son temps »? Toutefois, un changement dans l’utilisation d’une langue ou de son abandon apparaît d’un autre ordre que d’une simple mode comme celle de porter les cheveux longs ou courts. Les causes doivent être plus profondes qu’un simple changement générationnel.

    Le rôle joué par les élites politiques, économiques et culturelles apparaît d’emblée plus important. Trudeau et ses ministres (pensons au ministre Garneau) qui parlent plus le franglais que le français, Couillard qui évite toutes les occasions de valoriser la langue française malgré toutes les statistiques, voilà des politiciens qui ne sont pas des modèles de valorisation de la langue française.

    Une autre cause importante m’apparaît le rôle joué par les médias et en particulier Radio-Canada qui a pourtant comme rôle de promouvoir la langue française. En effet, le français est de plus en plus absent sur les ondes de Radio-Canada. Les chroniqueurs et chroniqueuses culturels en sont venus à parler de plus en plus des artistes et des spectacles anglophones à tel point qu’on a parfois l’impression qu

    • Bernard Dupuis - Abonné 30 janvier 2018 10 h 09

      (suite et fin)

      Les chroniqueurs et chroniqueuses culturels en sont venus à parler de plus en plus des artistes et des spectacles anglophones à Montréal à tel point qu’on a parfois l’impression que la culture anglophone est plus importante que la culture francophone dans cette ville.

      Sans parler de ces nouvelles animatrices et chanteuses qui se targuent d’utiliser le vocabulaire anglais et les calques de l’anglais afin de faire plus inclusif de la diversité. En fait, c’est à l’exclusion du français auquel elles nous conduisent. Pourtant, dans l’histoire du Québec on sait que c’est par les femmes que la langue française s’est transmise et fut enseignée. Le changement de paradigme auquel nous assistons sera-t-il fatal pour le peuple québécois? Qui reste-t-il pour avoir le courage de transmettre et d’enseigner la langue française?

      Bernard Dupuis, 30/01/2018

  • Monique Girard - Abonnée 30 janvier 2018 15 h 44

    Ce fût un beau rêve!

    Je vous rejoins et je partage également votre tristesse. Je reconnais que tout bouge et change et c'est normal. J'accepte aussi que le rêve de construire un pays ne demeure que cela, un rêve. Mais il aura été exaltant et stimulant. J'étais prête à me serrer la ceinture pour que le peuple québécois soit vraiment maître de sa destinée. Maintenant, on est passé à autre chose...mais quoi? La mondialisation? L'économie? Est-ce que nous avons encore la fierté de notre belle langue française?
    Je souhaite grandement que notre belle jeunesse porte aussi un grand rêve, certes différent du nôtre mais elle a besoin de rêver aussi, d'être transportée!