Nos doubleurs donnent enfin l’heure juste

J’ai lu ce passage étonnant sur le tout nouveau site Web de l’Association nationale des doubleurs professionnels (ANDP), qui regroupe 12 maisons de doublage au Québec : « Nos membres créent des versions en langue française internationale pour les grands réseaux de diffusion traditionnels, les nouveaux canaux de diffusion par abonnement sur l’Internet ou toute autre plateforme. Ces versions sont présentées sur toute la planète francophone. Ils peuvent aussi, dans le cas de projets qui doivent rejoindre un marché spécifique ou avoir une saveur locale, préparer un doublage en utilisant les expressions et les références historiques ou humoristiques qui rejoignent les spectateurs ciblés. »

 

L’ANDP dit enfin la vérité, car son discours, comme celui de l’Union des artistes (UDA) d’ailleurs, était tout autre avant : « Les Québécois désirent avoir accès à des films et des séries télévisées doublés ici, qui leur ressemblent et qui tiennent compte des particularités linguistiques et culturelles d’ici. » Nous savons pourtant depuis longtemps que la langue utilisée dans la grande majorité des doublages québécois a toujours été incontestablement le français international, et ce, dès la télésérie Star Trek, en 1969. Mais il fallait titiller la fibre nationaliste des Québécois pour pousser les gouvernements successifs à Québec à toujours plus subventionner leur industrie, mise en difficulté.

 

Alors, maintenant que l’ANDP reconnaît les faits, je lui demande pourquoi les Québécois devraient grassement subventionner des doublages « en langue française internationale pour les grands réseaux de diffusion traditionnels, les nouveaux canaux de diffusion par abonnement sur l’Internet ou toute autre plateforme », quand nous sommes très bien servis à ce chapitre par les doublages européens, qui eux présentent l’avantage de ne rien nous coûter ?

 

En conclusion, je soumets le compromis suivant à l’ANDP et à l’UDA : les seuls doublages qui bénéficieraient dorénavant de subventions étatiques seraient ceux ayant « une saveur locale » et utilisant « les expressions et les références historiques ou humoristiques qui rejoignent les spectateurs ciblés ». Tous les autres ne le seraient pas.

22 commentaires
  • Paul Toutant - Abonné 6 janvier 2018 10 h 05

    Bien dit!

    Bien dit! Rien de plus frustrant que d'entendre des doublages à l'accent soi-disant
    " français " par des comédiens d'ici. Et que dire des traductions. Entendre une souris de Disney dire " je vais becter avant de me mettre au pieu" me fait maudire cette industrie.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 janvier 2018 21 h 59

      M. Toutant, un journaliste suisse a demandé au romancier québécois Patrick Senécal s’il lui avait fallu beaucoup reprendre le texte de son roman «Le Vide» pour l’adapter au lectorat franco-européen: «Il a fallu faire quelques ajustements, principalement dans les dialogues. Nous avons enlevé certains patois trop québécois pour mettre des termes plus neutres.» C’est en quelque sorte ce que font trop souvent nos maisons de doublage. Au lieu d’opter pour des mots et des expressions sonnant québécois, ils optent pour des mots et des expressions neutres ou carrément français. Pourtant, leurs clients, essentiellement, ne sont pas des Européens, mais des Québécois. Comprenne qui pourra!

      Un cinéphile a écrit:

      «Contrairement à d'autres opinions que j'ai lues, les [doubleurs] québécois reprennent les mêmes expressions que nos cousins français, en l'occurrence: lycée, flingue, mec, nana et j’en passe. Et ils les reprennent parce qu'ils veulent que leur français soit considéré comme ‘international’ et non pas ‘québécois’.»

      Les critiques ne sont pas dupes:

      «Ce qui agace [dans «Festin de requin»], c'est qu'on oublie rapidement [le travail des comédiens] à cause du français international impeccable que l'on déploie poliment, si bien qu'on ne sent rien de québécois dans tout ça. ‘Fichtre!’ s'exclame constamment Dylan. Difficile de s'y identifier.»

      «Petit coup de gueule personnel au responsable du doublage [québécois de «Bruce le tout-puissant»]. Pourquoi Nolan fait-il un reportage sur des pâtissiers mitonnant le plus gros ‘cookie’? Vous n'avez pas trouvé le mot ‘biscuit’ dans le dictionnaire?»

      «Les langagiers québécois font tout pour traduire en français international, contrairement aux Français qui utilisent plusieurs expressions très franco-françaises.»

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 janvier 2018 11 h 55

    Développer l'économie en se tirant dans le pied

    On ne construit pas une économie en achetant des produits de moindre qualité fabriqué ailleurs.

    Le doublage des films et séries américaines par les sociétés de doublage européennes font pitié. Traduire le slang américain par de l’argot parisien est tout simplement ridicule. Des films de gangsters deviennent involontairement des films comiques.

    Nous possédons une expertise particulière au Québec et celle-ci doit être encouragée et soutenue par l’État.

    Il est faux de croire, par exemple, que l’industrie américaine se développe indépendamment de l’État. Parlez-en à Bombardier, à notre industrie du bois d’œuvre, et à nos producteurs laitiers, tous victimes du protectionnisme américain.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 janvier 2018 14 h 38

      Le doublage européen fait pitié? Nous ne voyons pas les mêmes films, M. Martel. Personnellement, j'aime mieux entendre le slang états-unien traduit en argot parisien que de l'entendre en français international... québécois.

      Ces propos de la traductrice primée Luise von Flotow, de l’Université d’Ottawa, me semblent toujours pertinents: «Il nous semblait qu'une population qui rejette le français “made in France” et qui préfère le doublage local préférerait aussi entendre une version locale de son français. Or, non seulement l'accent et les régionalismes québécois (y compris les blasphèmes) sont généralement bannis des films doublés au Québec, mais la peur de faire des “fautes”, de présenter un français de mauvaise qualité, entraîne aussi une perte de créativité dans la traduction.»

      Dans sa critique toute récente de la télésérie canadienne «Cardinal» (saison 2), le journaliste Stéphane Baillargeon s’est prononcé sur le doublage québécois: «Par contre, la traduction de cette nouvelle aventure, encore en “Mid-Atlantic French”, s’avère aussi étonnante (et agaçante) qu’au premier versement. En ce pays-ci, personne, et surtout pas les policiers et les gars de base, ne parle de cette manière lisse, propre, disons radiocanadienne pour faire court. C’est quand même bête de tourner une série canadienne jusqu’au cliché dans ses lieux et ses personnages, mais de ne pas faire parler tout ce beau monde à la canadienne.»

      http://www.ledevoir.com/culture/television/516418/

      Oui, certes, M. Martel, les films doublés en France le sont dans une langue qui diffère un peu de la nôtre par l'accent et certains termes, mais nous la comprenons aisément et nous y sommes habitués. En outre, du seul fait que cet accent et ces termes nous dépaysent quelque peu, le doublage français renforce l'illusion qu'ils sont originaux.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 janvier 2018 14 h 56

      Concernant l’économie:

      Alain Dubuc écrivait en 1997: «L’industrie [du doublage] québécoise est foncièrement artificielle. Elle a connu son essor avec la loi Bacon qui, il y a dix ans, a forcé les distributeurs à fournir rapidement une version française des films américains à l’écran au Québec. Parce que les versions “made in France” n’étaient pas disponibles, puisque les films américains sortent beaucoup plus tard en France, il a fallu doubler au Québec.»

      La chroniqueuse Nathalie Petrowski écrivait la même année: «La loi Bacon, m'a soutenu [René] Malo, est la pire affaire qui est arrivée au cinéma québécois. La ministre [Lise Bacon] a lâchement abandonné les distributeurs québécois et a vendu leur marché aux Américains pour un plat de lentilles. La loi a peut-être favorisé l'émergence d'une industrie du doublage de 20 millions. Mais elle a surtout permis aux Américains d'inonder le marché de leurs films et de faire chez nous deux fois plus d'argent qu'avant. Le doublage dans toute cette affaire ma fille, m'a répété Malo, est un cadeau empoisonné. C'est le cheval de Troie des Américains.»

      Serge Losique écrivait 15 ans plus tard: «Il ne faut pas oublier non plus que la loi 109 [la loi Bacon] sur le cinéma n'a pas aidé le cinéma français. Dès qu'on a forcé les majors américaines à sortir la version doublée en français de leurs films en même temps que la version originale anglaise, c'était le commencement de la fin de la distribution indépendante du cinéma international sur nos écrans et le déclin accéléré du cinéma français sur nos écrans. J'ai déjà écrit dans les pages de “La Presse” que ce serait catastrophique pour d'autres cinématographies d'exister au Québec si on procédait à l'application de la loi sur le doublage des films américains. Hélas, le temps a justifié mes craintes. Auparavant, nos distributeurs avaient six mois pour faire la promotion du cinéma français et international avant la sortie des versions doublées en français des films américains.»

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 janvier 2018 15 h 29

      Un professionnel du doublage, dont je préfère taire le nom, a comparé deux traductions relatives au film «Le Tailleur de Panama». Son verdict m’apparaît sans appel:

      « Je crois sincèrement que c’est l’industrie du doublage québécoise qui donne dans l’idéalisation en se réfugiant derrière une langue totalement artificielle qui, loin de mieux servir le propos des œuvres originales, leur enlève plutôt la saveur, ainsi que de nombreuses nuances. Et je n’ai pas à chercher loin pour illustrer mon propos puisque M. [Pierre] Curzi [l’ancien président de l’UDA] a eu la gentillesse de faire la recherche à ma place en juxtaposant dans une de ses lettres l’adaptation que la France a faite du «Tailleur de Panama» à celle (hypothétique) qui aurait été proposée dans un doublage fait au Québec.

      Dialogue original: «It’s big money Andy! Harry, he says to me, your guys pay peanuts!» France: «Un gros paquet de fric! Harry, il m’a dit, tes mecs ils payent des clopinettes!» Québec: «Énormément d’argent! Tu sais ce qu’il m’a dit? Ces gens-là paient trois fois rien.» Et encore: Original: «No fuck all!» France: «Que dalle!» Québec: «Rien du tout!» Je m’excuse, mais je ne vois pas en quoi le texte québécois nous ressemble. Il s’agit d’une version épurée de toute expression locale française, soit, mais qui n’offre aucune correspondance d’ici. Cette traduction ne rend que l’information contenue dans le texte anglais, mais elle évacue tout le reste. Le personnage joué par Pierce Brosnan est un homme vulgaire, à des lieues de son célèbre James Bond, ce qui constitue une touche d’ironie tout à fait volontaire et souhaitée par le réalisateur du film. Voilà pourquoi il s’exprime dans une langue anglaise colorée, qui justifiait parfaitement l’emploi d’argotismes français correspondants.

      Voir la suite plus bas:

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 janvier 2018 15 h 29

      En plus, ce Britannique affiche un certain mépris: Dialogue original: «Without the Yanks to hold our hands, London will cut the entire project.» France: «Sans les Yankees pour nous tenir la main, Londres retirera ses billes du projet.» Québec: «Et sans les Américains derrière nous, Londres va abandonner le projet.» Depuis quand peut-on se permettre de ne pas traduire l’intention derrière le mot “Yanks”? À ce que je sache, “Américains”, ça n’a pas du tout le même sous-entendu. Il ne faudrait pas que, au nom de leur regrettable francophobie (paradoxalement superposée à un étrange complexe qui leur donne des boutons quand ils reconnaissent leur propre langue), les Québécois choqués d’entendre “que dalle” ou “clopinettes” se mettent à dénaturer le texte original en prétendant lui rendre ainsi justice.

      Ce ne sont que des exemples un peu simplistes, mais si on avait eu le courage de dire: «Ils payent des pinottes», ou de remplacer le «On a fait un bide à Washington» par «On s’est plantés à Washington», et non par «Ils n’ont pas marché à Washington», traduction technique sans âme, on pourrait alors se permettre de comparer les deux textes et prétendre que le nôtre nous représente plus fidèlement. Je sais bien que les Français, de par leur histoire et leur géographie, ont parfois plus de misère à comprendre la réalité nord-américaine que les Québécois. Mais je pense sincèrement que nos adaptations édulcorées ne sont pas un reflet plus fidèle de cette américanité. D’ailleurs, la raison pour laquelle on entend de plus en plus d’argot dans les doublages français est simple: il y a de plus en plus de “slang” dans les versions originales. »

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 janvier 2018 09 h 53

      M. Martel vante l’expertise des doubleurs québécois. Une chose est sûre, les acteurs ont beaucoup d’expérience, car nous entendons toujours les mêmes.

      Ainsi, il y a un an l’acteur québécois Daniel Picard avait déjà doublé… 412 acteurs ou personnages différents, Gilbert Lachance 409, Pierre Auger 359, Jacques Lavallée et Jean-Marie Moncelet 324, Jean-Luc Montminy 318, Benoît Rousseau 309, Hubert Gagnon 307, Hugolin Chevrette 286, Martin Watier 274, Vincent Davy 263, Alain Zouvi 262, Marc Bellier 254, François Godin 252, Patrice Dubois 249, Mario Desmarais 246, Manuel Tadros 243, Sébastien Dhavernas 231 et Antoine Durand 230.

      Un doublage qui se respecte doit passer inaperçu, en créant l'illusion que les personnages parlent en direct dans une langue vivante, avec des voix assorties et exclusives. Or, si on devine la voix d’un acteur québécois trop souvent exposée derrière les acteurs étrangers, le charme est rompu.

      Si encore nos doubleurs ne faisaient que du doublage, mais nombre d’entre eux font les voix dans des documentaires et des publicités. Gilbert Lachance (la voix de Casey Affleck, Kevin Bacon, Josh Brolin, Pierce Brosnan, Steve Carell, James Caviezel, Bryan Cranston, Tom Cruise, John Cusack, Matt Damon, Daniel Day-Lewis, Johnny Depp, Chiwetel Ejiofor, Will Ferrell, Colin Firth, Cuba Gooding Jr., Mark Hamill, Tom Hollander, Hugh Jackman, Val Kilmer, Matt LeBlanc, John Leguizamo, Damian Lewis, Jet Li, Rob Lowe, Andrew McCarthy, Matthew Modine, Alfred Molina, Viggo Mortensen, Michael O’Keefe, Michael Palin, Michael Paré, Simon Pegg, Sean Penn, Lou Diamond Phillips, River Phoenix, Liev Schreiber, Michael Shannon, Charlie Sheen, Craig Sheffer, Gary Sinise, James Spader, Jason Statham, David Suchet, Kiefer Sutherland, Chris Tucker, Casper Van Dien, Mario Van Peebles, Mark Wahlberg, Ken Watanabe, pour n’en nommer que 50 sur 409) ne donne notamment pas sa place hors des plateaux de doublage. Nos pauvres oreilles bourdonnantes demandent grâce.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 janvier 2018 09 h 30

    Sortie des films doublés

    Depuis quelques années, les doublages français se réalisent souvent en même temps que les nôtres. Pourquoi alors s’en priver?

    Ainsi, trois films doublés au Québec sortent le 12 janvier ici: «The Commuter», «The Post» et «Phantom Tread». Les deux premiers sortent le 24 janvier en France et le dernier le 14 février. «Paddington 2», doublé en France, sort le 12 janvier ici, mais il est sorti le 6 décembre chez nos cousins. «Insidious: The Last Key», doublé au Québec, est sorti le 5 janvier ici et le 3 janvier en France. «Jumanji: Welcome to the Jungle», doublé au Québec, est sorti le 29 décembre ici et le 20 décembre en France. «Downsizing», doublé au Québec, est sorti le 29 décembre ici et sortira le 10 janvier en France.

    Bref, dans la majorité des cas, nous pourrions très bien attendre les doublages français.

    En 2007, j’ai vu au cinéma «Ratatouille». Le doublage de ce film d’animation, d’une grande qualité, avait été réalisé en France (on ne pouvait espérer mieux, l’action se déroulant justement là-bas). En 2008, j’ai aussi vu au cinéma «Frost/Nixon» dans son excellente version doublée en France («Frost / Nixon, l’heure de vérité»). En 2011, j’ai aussi vu au cinéma «The Tree of Life» dans sa remarquable version doublée en France («L’Arbre de vie»).

    Ces trois films ont été vus à la télévision quelques années après leur sortie. «Ratatouille» et «Frost/Nixon» l’ont malheureusement été dans leur doublage québécois, mais heureusement, pas «L’Arbre de vie». C’est dire que le doublage québécois de ce dernier film, intitulé «L’Arbre de la vie», n’ayant servi à rien, a été produit en pure perte, et cela, en partie aux frais du contribuable. Dans les cas de «Ratatouille» et «Frost/Nixon», nous avons payé pour des doublages qui n'ont pas servi dans les salles. Ils nous reviennent conséquemment très chers. Car les majors états-uniennes acceptent de faire doubler en double leurs films au Québec à condition que le gouvernement consente à de généreuses mesures fiscales.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 janvier 2018 08 h 03

      En 2006, j’ai vu sur grand écran la VFQ de «The Da Vinci Code», dont le doublage est en partie québécois («Le Code Da Vinci») et en partie français («Da Vinci Code»). En effet, les acteurs français Jean-Pierre Marielle, Jean Reno et Audrey Tautou se sont doublés eux-mêmes en France, alors que les autres acteurs le sont par des Québécois, dont Bernard Fortin (Tom Hanks). Si trois voix françaises ont pu être acquises par la maison de doublage québécoise, pourquoi pas toutes? En 2009, j’ai aussi vu sur grand écran la VFQ de «The Pink Panther 2», dont le doublage est de même en partie québécois («La Panthère rose 2») et en partie français («La Panthère rose 2»). Johnny Hallyday et Jean Reno se sont doublés eux-mêmes en France, alors que les autres acteurs le sont par des Québécois. Si deux voix françaises ont pu être acquises par la maison de doublage québécoise, pourquoi pas toutes? En 2012, j’ai aussi vu sur grand écran «Life of Pi» dans sa VFQ («L’Histoire de Pi»). Tous les personnages y sont doublés par des Québécois, à l’exception de celui interprété par Gérard Depardieu, qui s’est doublé lui-même en France («L’Odyssée de Pi»). Si une voix française a pu être acquise par la maison de doublage québécoise, pourquoi pas toutes? Finalement, en août 2016, j’ai aussi vu sur grand écran la VFQ de «Jason Bourne», dont le doublage est de même en partie québécois («Jason Bourne») et en partie français («Jason Bourne»). Tous les personnages y sont doublés par des Québécois, à l’exception de celui interprété par Vincent Cassel, qui s’est doublé lui-même en France. Si une voix française a pu être acquise par la maison de doublage québécoise, pourquoi pas toutes?

  • Louis Desjardins - Abonné 7 janvier 2018 13 h 37

    Vivement, que votre analyse se retrouve sur la table du conseil des ministres!

    M. Le Blanc,

    Votre démonstration est limpide. Je me dis qu’il est inutile d’en rajouter et pourtant! Me vient à l’esprit un autre cas de figure : la version doublée ici du remake de Diaboliques avec nulle autre qu’Isabelle Adjani... doublée (!)… par quelqu’un d’autre (Violette Chauveau). C’était surréaliste. Je n’ai pas pu regarder le film plus de quelques minutes. Et je ne dis pas ici que Violette Chauveau ne travaille pas bien. Elle a sans doute fait un travail professionnel. C’est tout le système qui est détraqué. Doubler Adjani... Et je ne crois pas me tromper en affirmant que ce n’est sûrement pas un cas unique.

    Pour le bénéfice des lecteurs qui se demandent où trouver de telles infos, voici le lien :

    http://www.doublage.qc.ca/p.php?i=162&idmovie=

    Pour ma part, j’ai un lecteur multizone qui me permet de voir et surtout d’entendre les versions européennes. Ça coûte un peu plus cher mais on ne s’en passerait plus une fois qu’on l’a.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 janvier 2018 16 h 04

      M. Desjardins, vous soulevez un point important, car voilà le plus choquant: entendre des acteurs francophones d'outre-Atlantique doublés par des Québécois.

      On notamment subi un tel sort, outre Isabelle Adjani, Yvan Attal, Stéphane Audran (doublée 3 fois par 3 actrices d’ici), Juliette Binoche (doublée 4 fois par 2 actrices d’ici), Michel Blanc, Leslie Caron, Vincent Cassel (doublé 3 fois par 3 acteurs d’ici), Laetitia Casta, Alain Chabat, Gérard Darmon, Cécile de France, Julie Delpy (doublée 2 fois), Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Jean Dujardin, Vincent Elbaz, Charlotte Gainsbourg (doublée 3 fois par 2 actrices d’ici), Eva Green (doublée 3 fois), Isabelle Huppert, Tchéky Karyo (doublé 4 fois par 4 acteurs d’ici), Mathieu Kassovitz (doublé 2 fois), Christophe Lambert (doublé 2 fois par 2 acteurs d’ici), Mélanie Laurent, Marc Lavoine, Thierry Lhermitte, Sophie Marceau (doublée 2 fois), Olivier Martinez, Jeanne Moreau, Vincent Perez (doublé 2 fois par 2 acteurs d’ici), Michel Piccoli, Denis Podalydès, Jean Reno (le champion, doublé 9 fois par 5 acteurs d’ici), Omar Sy (doublé 3 fois par 3 acteurs d’ici), Lambert Wilson (doublé 5 fois par 4 acteurs d’ici) et j’en oublie sûrement. Pourtant, ils se doublent eux-mêmes sur le Vieux Continent. Et tant pis pour le facteur de continuité (la voix française de John Wayne a été la même pendant des décennies).

      La suite :

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 janvier 2018 16 h 05

      Mais le plus comique, c’est que des acteurs bien de chez nous ont subi un pareil sort, notamment Lothaire Bluteau (doublé 4 fois par 4 acteurs d’ici), Geneviève Bujold (doublée 8 fois par 3 actrices d’ici), Caroline Dhavernas (doublée 3 fois par 3 actrices d’ici), Rémi Girard (doublé 1 fois par Hubert Gagnon, alias Homer Simpson), Charlotte Le Bon, Rachelle Lefèvre (doublée 7 fois par 3 actrices d’ici), Carl Marotte (doublé 4 fois par 3 acteurs d’ici) et Daniel Pilon (doublé 2 fois par 2 acteurs d’ici, dont l’increvable Hubert Gagnon). En Europe, Victoria Abril, Claudia Cardinale, Jodie Foster, Diane Kruger, Sergi López, Carmen Maura, Charlotte Rampling et Kristin Scott Thomas se doublent généralement eux-mêmes, mais ici, nous peinons à convaincre nos propres acteurs de se doubler eux-mêmes. Les maisons de doublage d'ici n'ont aucun respect pour les cinéphiles québécois, qui les prennent pour des idiots.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 janvier 2018 19 h 02

      J'oubliais: Caroline Dhavernas est la fille de Sébastien Dhavernas, le grand défenseur du doublage québécois. Je n'en reviens personnellement pas.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 janvier 2018 20 h 31

      @ Sylvio Leblanc «Les maisons de doublage d'ici n'ont aucun respect pour les cinéphiles québécois, qu'ils prennent pour des idiots.»
      Est-ce ainsi qu'aurait dû être formulée cette dernière phrase?

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 janvier 2018 23 h 03

      Mme Sévigny, ce serait peut-être plus clair ainsi :

      «Les maisons de doublage d'ici n'ont aucun respect pour les cinéphiles québécois; elles les prennent pour des idiots.»

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 janvier 2018 16 h 43

    Le fameux sondage sur le doublage

    En réplique à ma lettre du 16 décembre 2015 dans “Le Devoir”, Sophie Prégent et Jean Ducharme – respectivement présidente de l’UDA et vice-président de l’ANDP – écrivent ceci dans “Le Devoir” du 21 décembre 2015: «Les Québécois savent non seulement reconnaître le doublage fait au Québec, mais savent également reconnaître la qualité de celui-ci.» Permettez-moi d’en douter. À toutes les fois que des parents, amis ou connaissances voient un film doublé, c’est plus fort que moi, je pose la question de l’origine du doublage et rares sont-ils à me répondre avec certitude. Pourquoi? Parce que le doublage québécois ne sonne généralement pas québécois, voilà tout. Ce qui met la puce à l’oreille de certains, c’est la reconnaissance de la voix distinctive d’un acteur: «C’est un doublage québécois; j’ai reconnu Yves Corbeil.» Ah bon!

    L’UDA et l’ANDP font souvent référence à un sondage Léger dans lequel «75 % [des Québécois] préfèrent que le doublage soit fait au Québec.» Il serait judicieux de commander un autre sondage et d’y inclure la question suivante: «Si l’argent consenti au doublage par le gouvernement québécois l’était plutôt au cinéma, vous contenteriez-vous du doublage français?»

    Mais voici le commentaire éclairant d’un cinéphile sur ledit sondage: «Il n'y a rien de surprenant à ce que la population sondée se dise favorable, en théorie, à un doublage fait au Québec plutôt qu'à un doublage fait en France. Soumettez toutefois aux auditeurs réguliers de la série “Downton Abbey” une version doublée au Québec et vous verrez quel sera leur choix. Imaginons un peu Robert Crawley avec la voix de Bernard Fortin, Charles Carson avec celle de Vincent Davy et John Bates avec celle d’Yves Corbeil. Et, bien entendu, n'oublions pas ce cher Thomas Barrow avec la voix ‘zozotante’ de Jean-Luc Montminy (celui qui double Adam Savage dans “Les Stupéfiants”).