C’est la traduction simultanée qui irrite

Dans sa chronique intitulée « Le ridicule ne tue pas », Mme Francine Pelletier traite de l’utilisation du mot anglais « hi » au centre-ville de Montréal et critique la mobilisation de l’Assemblée nationale en faveur de son interdiction.

Pour être exact, la motion adoptée n’est pas impérative ; elle ne fait qu’inviter les commerçants et tous les salariés à accueillir chaleureusement leur clientèle locale et internationale avec le mot « bonjour » seul, plutôt qu’en conjugaison avec le mot « hi », comme dans la locution « bonjour-hi », qui est maintenant largement répandue, du moins à Montréal, où j’habite.

C’est la traduction simultanée et généralisée qui est irritante. Ceci nous ramène aux années 1970 et au combat de Gaston Miron contre ce qu’il a appelé le bilinguisme de naissance ou le bilinguisme colonial. Le Québec alors était le royaume du traduit, comme on trouve encore dans tous les bureaux, parcs et autres endroits publics sous juridiction du gouvernement fédéral : door/porte, poussez/push, pont/bridge, péage/toll, men/hommes, adresse/address, ou bienvenue/welcome ; Comme si le français ne suffit pas dans l’espace public, parce que ce n’est que la langue domestique, propre aux rapports personnels mais pas au commerce.

J’accepte volontiers qu’un commerçant s’adresse à un client qu’il sait anglophone par la salutation « hi ». Mais je n’aime pas qu’on s’adresse de plus en plus à moi par deux mots qui se chevauchent alors qu’un seul suffit, au cas où il y aurait une anglophone dans la file d’attente qui me mène à la caisse.

Les égards dus à nos visiteurs anglophones (et pas à ceux dont la première langue n’est pas l’anglais) ne doivent pas nous mener au retour du bilinguisme généralisé du Québec, d’autant plus qu’ils ne nous le demandent pas. La pratique spontanée et généralisée du « bonjour-hi » n’est pas de la sociabilité, c’est une autre marque d’effacement volontaire du colonisé.

2 commentaires
  • Jean-Charles Vincent - Abonné 14 décembre 2017 03 h 44

    Le royaume du traduit

    Comme on voit encore sur les abords du pont Jacques Cartier et sur l'emprise du port sous l'autoroute Bonaventure: Fin/End; Viaduc No x; Overpass no x; et en prenant bien soin de préciser ou prends fin l'emprise. Cela me rappelle l'enfance et l'autobus sur St-Denis Direction nord ou le chauffeur s'égosillait à claironner le nom des rues dans les deux langues en prenant bien soin de se tordre la bouche pour l'anglais. Comme cela il ne risquait pas de passer pour un bègue. Nous avions droit à St-Joseph/Sainte-Jouseph; Beaubien/Bawbienne; Jean-Talon/Jan Taloune. Cette époque nous revient avec le Bonjour/Hi.

  • Jean-Guy Plante - Abonné 14 décembre 2017 08 h 22

    Un épiphénomène d'un état d"esprit.

    Vous avez raison M.Dumas. Le style "bonjour-hi" n'est que l'épiphénomène, simple élément sous-jacent, d'un mal de vivre d'une clique anglophone, d'un mal de vivre dans une communauté, devenant un peu plus métissée au fil du temps, dont la langue commune est la langue française. Il est là la vraie signification de ce petit acte quotidien. Cela proclame qu'on est au Canada et que le Québec doit se soumettre à la majorité canadienne et ne pas proclamer sa seule différence en Amérique du Nord. Cela proclame que la langue commune n'existe pas puisqu'une béquille linguistique doit toujours l'accompagner.
    De plus, cette invitation laisse entendre aux nouveaux arrivants qu'il n'y a pas une langue officielle ici et que, véritablement, «no need to learn french»..
    Ce n'est pas un petit geste anodin mais une attitude d'esprit qui fait que certains, de langue maternelle non-française, ont le mal de vivre, dans un environnant où leur langue maternelle n'est pas la langue commune,. Les francophones hors-Québec ont été forcés de vivre dans un environnement différent de leur langue maternelle, celle-ci étant reléguée au domaine privé. La même réalité de la présence d'une langue commune devrait s'imposer dans le grand Montréal comme cela est le cas dans les grandes villes métissées du monde. Ceci n'empêchant évidemment l'usager de toute les langues du monde. Voilà la situation où le bât blesse.