Pourquoi émailler son discours de mots anglais?

Il est surprenant d’écouter le langage utilisé par des animateurs ou des artistes à la télévision qui n’hésitent aucunement à nous inonder de mots anglais au cours d’entrevues. En quelques heures à peine, on a entendu successivement dans des émissions en français, dimanche 12 novembre, des artistes parler de : « story telling », de « delivery » et de « spreading ».

Ces termes s’ajoutent à d’autres, entendus dernièrement : « premier lead » à la télé, dit par une jeune comédienne, ou encore « shut down », « one-liner » et « edgy ».

Pourquoi utiliser ces mots anglais ? Pour se tirer un rang au-dessus du public ? Pour montrer que l’on possède le jargon anglais du métier ? Par paresse ? Par snobisme ? Par ignorance ?

Je donne ces quelques exemples, mais il y en aurait beaucoup d’autres, et il suffit de prêter l’oreille pour entendre ces mots anglais qui n’ont pas leur place dans notre langue, car le français possède les mots et expressions pour décrire ces réalités.

Lorsque des anglophones s’expriment en français, on peut s’attendre à ce que des mots anglais apparaissent ici et là dans le discours, car ces locuteurs ne connaissent pas toujours tous les mots en français requis pour la communication, mais quand il s’agit de francophones qui disent aimer leur langue, on s’attendrait à ce qu’ils respectent leur public.

7 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 16 novembre 2017 07 h 55

    Snobisme pur et simple

    À une autre époque, c'était le français et encore plus avant, au 16ième siècle, l'Italien. À quand le Chinois?

  • Danièle Jeannotte - Abonnée 16 novembre 2017 08 h 47

    Toutes ces réponses et aussi...

    Je vous cite : « Pour se tirer un rang au-dessus du public ? Pour montrer que l’on possède le jargon anglais du métier ? Par paresse ? Par snobisme ? Par ignorance ? » Toutes ces réponses sont valables mais j'ajouterais ceci : comme Internet est devenu la principale source d'information et que les contenus sont très majoritairement rédigés en anglais, ce ne sont plus les mots français qui viennent spontanément à l'esprit de ces animateurs et artistes, d'autant plus que la lecture, exercice indispensable à l'acquisition d'un vocabulaire, n'est pas suffisamment promue par notre système d'éducation qui produit plutôt des analphabètes fonctionnels en quantité industrielle. Certains linguistes avides de popularité et même certains écrivains bien connus donnent d'ailleurs de la crédibilité à l'anglicisation du vocabulaire au nom d'une soi-disant créativité linguistique. Quand on pense à tous ceux qui ont travaillé d'arrache-pied pour créer des termes en français dans des domaines où tout se disait en anglais, il est assez désolant de constater que nous sommes en train de jeter tout ce travail à la poubelle par paresse et par indifférence.

    Entendu sur les ondes de la société d'État : une chanteuse à qui on faisait remarquer que son horaire était très chargé a répondu « Oui, mais je suis capable de dimmer-down de temps en temps. » Cette créativité-là, on peut s'en passer.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 16 novembre 2017 10 h 45

    Vous avez raison M. Lincourt

    J’ai remarqué la même chose à la radio de R-C chez des commentateurs réguliers pourtant semble-t-il bien instruits.

    C’est effectivement navrant de constater que le mépris de la langue française se fait aussi naturellement sur nos ondes.

    L’autre jour j’étais dans une succursale d’une chaîne de restaurant connu où nous avons eu droit à au moins 8 chansons consécutives en anglais entrecoupés de commentaires en franglais. C’était pourtant une station privée du Québec!

    N’y a-t-il pas un minimum de quotas à respecter au Québec pour de la musique francophones? Déjà qu’en français certaines chansons sont d’une construction douteuse.

    On a vraiment une attitude de colonisé: tout ce qui vient d’ailleurs est meilleur...d’après des revus spécialisées françaises souvent elles-mêmes traduites de l’anglais!

    Avec un tel ensevelissement culturel nous avons peu de chance de retrouver un peu de fierté linguistique. Si au moins les gérants faisaient l’effort de choisir des postes qui nous respectent dans les centres d’achat et restaurants on pourrait redécouvrir nos racines francophones.

    Il y a quelques années une belle gagne de jeunes 6-12 ans en camp d’été de Rimouski (au moins 95% de francophones) sont venus se baigner sur ce qui nous reste de plage à Sainte-Luce-sur-mer. Les moniteurs 16-18 ans les ont abreuvés pendant 3 heures à tue-tête de musique anglophone à l’aide d’immense caisse de son. N’en pouvant plus j’ai appelé le service des loisirs de Rimouski et de Sainte-Luce: le son a baissé mais la musique anglaise à continuer!

    Quel sorte de message a envoyé nos administrateurs de loisirs à ces jeunes sur la plage?

    Ces jeunes vont-ils revenir individuellement sur des plages en pensant qu’il est socialement acceptable d’écœurer des gens avec de la musique trop forte quand ce n’est pas des postes de radio genre Jeff Fillion?

    Ces jeunes vont-ils associer plaisirs de la plage et musique anglaise le reste de leur vie?

    Aprè

  • Constant Vaillancourt - Abonné 16 novembre 2017 10 h 55

    Respect de la langue française

    Je suis entièrement d'accord avec Monsieur Lincourt. Même Le Devoir contient beaucoup trop d'anglicismes inutiles. En fait, tout le monde des communications semble comtaminé.

  • Bernard Dupuis - Abonné 16 novembre 2017 11 h 05

    Les néo Canadiens franglais

    Il fut un temps où lorsqu’on entendait Jean Chrétien ou Denis Coderre parler en « franglais », on se disait que le langage de ces politiciens canadianistes était bien à leur image. On croyait que ce langage allait disparaître avec l’arrivée d’une nouvelle génération plus instruite et plus cultivée. Or le plus consternant, c’est que c’est l’inverse qui arrive. La nouvelle mode semble ignorer de plus en plus le vocabulaire français. L’on ressent continuellement besoin de dire : « comme on dit en anglais … ». C’est comme un mantra qui revient des dizaines de fois par jour autant à la radio qu’à la télévision de Radio-Canada. C’est comme si la langue française devenait trop pauvre pour exprimer ses idées et ses sentiments.

    J’ai bien aimé votre lettre et je voudrais renchérir en disant que l’on assiste à une forme tout à fait moderne du « colonisé ». On pourrait parler du « néo-colonisé ». Celui-ci a perdu confiance en l’avenir du français et se croit obligé de renier la langue que ses ancêtres ont défendue de manière héroïque pendant des générations.

    Le français semble avoir perdu son sens surtout à Montréal. Sous prétexte « d’ouverture et d’inclusion », on dirait que l’objectif est de rendre le français invisible et inutile. Et cela se fait grâce à un lavage de cerveau sans précédent. La semaine dernière, on essayait de faire croire que Leonard Cohen était un grand Montréalais de renommée internationale alors qu’il s’est le plus souvent montré étranger à cette ville, à sa culture et à sa langue française.

    Certains artistes, surtout musiciens, semblent avoir développé une certaine détestation à l’égard de la langue française originale. C’est ainsi que la plupart des spectacles se donnent en anglais et que même les francophones ne semblent même plus se rendre compte de l’absence du français. La propagande "antifrançais" semble produire son effet sur les francophones eux-mêmes. Les tenants du "franglais" et du "bilingual" salissent la réputation du français en l