La classe des «bolés»

Je suis un « gars de Curé-Antoine-Labelle » à Sainte-Rose. En 1967, c’était la plus grosse polyvalente du Québec, avec ses 6000 élèves et trois horaires distincts. À l’époque, on y regroupait les élèves selon trois catégories : cours général, cours scientifique et, ô sacrilège, cours classique. D’abord classé au scientifique par mon professeur de 7e année, j’ai eu la chance d’avoir une « mère fonceuse » qui a eu tôt fait de me faire admettre au cours classique, où j’ai fréquenté les meilleurs élèves et les meilleurs professeurs. J’y ai appris le latin, l’espagnol, les sciences et tout le reste… Puis, au début des années 1970, le cours classique a été rayé de la carte. Je me suis donc retrouvé en 5e secondaire (CPES), mêlé, comme d’autres, à toutes sortes d’hurluberlus, dont la seule idée était de perdre leur temps en classe. Je me rappelle même qu’au cours d’anglais, le prof laissait les plus récalcitrants jouer aux cartes au fond du local. Voilà le tableau ! Alors, M. Jean Beaudoin (« Oser choisir le secondaire public sur le Plateau ? », Le Devoir, 13 septembre 2017), je vais vous dire : une chance que je suis passé durant quatre ans par les classes de « bolés », comme vous dites. Je suis finalement devenu enseignant durant plus de 30 ans dans une école privée fort renommée et je suis fier d’avoir contribué à élever le talent de mes élèves au lieu de le rapetisser.

4 commentaires
  • Michel Laforge - Abonné 16 septembre 2017 07 h 20

    MOI

    MOI aussi je suis un «bolé», MOI. Je suis un «bolé» de l'école publique. En 1976, j'ai même été pressenti par un programme international de la NASA. Je suis donc passé de mon école à un collège américain afin que, MOI, je puisse, MOI aussi, faire partie de l'élite. Je suis revenu au Québec en 1978-79 où j'ai complété mes cours en sciences pures et appliquées.

    Tout comme vous l'avez été, je suis présentement enseignant. Je le suis dans une école de raccrocheurs depuis 25 ans.

    Ma question elle est simple : Que fait-on avec les joueurs de cartes dans le fond de la classe? On les rejette comme le fait l'école privé? On fait comme s'ils n'existaient pas? On les ignore? Tiens, pourquoi pas, on les ostracise et on les bannit.

    Dites moi, que fait-on avec eux?

    P.S.: Madame Pauline Gagnon, chercheuse émérite, viendra dans mon école de raccrocheurs donner une conférence sur «La matière noire» très bientôt.

    Nous, on leur donne ce qu'il y a de mieux.

  • J-Paul Thivierge - Abonné 16 septembre 2017 12 h 49

    Adaptation scolaire aux besoisn des intellos comme des technos .

    Peut-être que si notre société valorisait plus et mieux la formation pratique et les métiers " manuels "
    Si les élèves qui ne sont pas des intellos mais qui aiment bien être pratiquement techniquement bien utiles étaient dirigés vers des DEP et ensuite auront accès à des DEC (de 3 ans ) techniques intéressants dont on manque et on manquera encore longtemps dans notre sociét.
    Je suis persuadé que bien des jeunes qui peinent et s'ennuient vers les DES pourraient passer suite à èeur secondaire 3 à des études de métiers et devenir ensuite technologues spécialistes des technologies modernes d"avenir .

  • Maryse Lafleur - Abonnée 16 septembre 2017 13 h 53

    La lutte des classes ...

    Tant qu'à vivre dans le passé!

    J'ai aussi fait mon cours classique, six ans dans des écoles privées, certaines que j'ai aimées car on y cultivait la coopération et l'entraide, puis les Ursulines où tout n'était qu'apparence.

    Oui, j'étais aussi une bolée. Pour des raisons que je n'ai pas à expliquer ici, je n'ai pu entrer à l'université dès la fin de mon cours. Après deux ans, je suis allée au cégep suivre des cours qui ne faisait pas partie du cursus de cher cours classique (psychologie entre autres, et de nouveaux cours de philosophie).

    Puis j'ai fait de la suppléance en français au secondaire (surtout en 4 et 5).
    Puis je suis entrée à l'université et j'ai enseigné dans un cégep (parfois des tâches pleines, parfois à temps partiel et parfois sans tâche). Mon évaluation?

    Même avec de mauvais professeurs (incluant à l'université), j'ai réussi mes études.
    J'ai beaucoup aimé enseigner au cégep car la démocratisation de l'enseignement a permis à des jeunes dont les parents n'avaient pas les moyens financiers de les envoyer à l'école privée de poursuivre leurs études au niveau post-scondaire.
    Si je voulais caricaturer comme vous le faites, je dirais que les cégépiens sont plus allumés et moins coincés que les étudiants des collèges classiques. Mais bon, tous les étudiants des collèges classiques n'étaient pas si constipés, même pas chez les Ursulines. Et non, tous les cégépiens ne sont pas aussi allumés les uns que les autres.

    Cependant, tous ont droit au respect. Serait-ce une nouvelle valeur? Je ne le crois pas. En tout cas, vous ne la démontrez pas, du haut de votre statut de bolé. Avoir la tête bien faite, c'est un privilège dont tous ne bénéficient pas et c'est la loi de la nature. Mais avoir du coeur et faire preuve d'humanisme, de sensibilité et de respect est drôlement plus important.

    Vraiment, votre témoignage est la preuve que l'instruction et l'édducation sont deux choses différentes. Quelle tristesse.

  • Céline Delorme - Abonnée 17 septembre 2017 14 h 18

    Deux problèmes

    Les commentaires à cette lettre mélangent deux choses différentes et on y fait des jugements très rapides...
    1- Les élèves doués devraient avoir accès à une instruction qui les aidera à développer leurs talents. Ce n'est pas en dénigrant les élèves doués qu'on aidera les jeunes en difficulté. En tant que professionnelle de la santé j'ai connu plusieurs élèves doués qui ont eu de graves difficultés au secondaire général: Il peuvent être ridiculisés ou harcelés par les autres élèves moins doués et ainsi souffrir de dépression ou troubles anxieux, et hypothéquer leur avenir. Certains adultes souffrent encore de stress post traumatique après une adolescence où ils ont vécu du harcèlement grave par des élèves, et une incompréhension des professeurs.

    2-Les élèves en difficulté ont un grand besoin de services professionnels, qui ont été coupés par le gouvernement actuel, au lieu d'être augmentés, comme ils auraient dû, si on veut constituer une bonne société. Ceci est très regrettable, et on doit le dénoncer sur toutes les tribunes.