Entre discrimination positive formelle et réelle

En réponse à la chronique de M. Christian Rioux, publiée le 16 juin :

Considérer, comme M. Rioux, que les pratiques de discrimination positive formelles sont des « privilèges dérogatoires » qui consistent à ne pas choisir les personnes « sur la base de leurs seules compétences » mais bien « à cause de [leur] origine ethnique », c’est : 1) oublier que les pratiques de discrimination positives consistent la plupart du temps à favoriser, à compétences égales, certaines catégories de personnes ; 2) laisser entendre qu’il est particulièrement difficile de trouver des personnes compétentes au sein de ces catégories, et que c’est la raison pour laquelle elles sont sous-représentées dans les divers milieux ; 3) négliger le fait que la discrimination positive formelle est une réponse à une discrimination positive réelle qui est à l’oeuvre de façon systémique dans nos sociétés.

Cette discrimination positive réelle s’exerce en faveur de certaines autres catégories de personnes (notamment les personnes non racisées) qui ont, elles, la chance de jouir de privilèges qui, loin d’être « dérogatoires », sont érigés en norme sociale. Autrement dit, considérant que les personnes non racisées sont fortement surreprésentées dans les divers lieux de pouvoir et postes prestigieux, ne doit-on pas considérer qu’elles y sont avant tout parvenues non pas « sur la base de leurs compétences », mais bien « à cause de [leur] origine ethnique » ?

M. Rioux déplore les « privilèges fondés sur l’ethnie qui brisent le contrat social ». Il oublie que le « contrat social » (conclu par qui, d’ailleurs ?) est fondé sur un système qui produit et reproduit sans cesse des privilégiés et des exclus. Si le contrat social est injuste et discriminatoire, ne faut-il pas le briser ?

5 commentaires
  • Bernard Massé - Abonné 19 juin 2017 08 h 52

    merci

    Merci de m'aider à mettre de l'ordre dans le malaise qui m'a saisi en lisant l'article de Rioux. Je sentais que, comme très souvent, l'auteur se trompait (nous trompait?), mais je n'arrivais pas à exprimer mon malaise. Votre courte lettre me permet de comprendre les failles dans l'argumentation de Rioux. Il me reste un point à comprendre, le même qu'à chaque fois que je le lis: écrivait-il à ce moment comme journaliste ou comme commentateur? Ce double chapeau devient agaçant à la longue.

  • Michel Blondin - Abonné 19 juin 2017 09 h 17

    Généraliser l'exception?

    "considérant que les personnes non racisées sont fortement surreprésentées dans les divers lieux de pouvoir et postes prestigieux, ne doit-on pas considérer qu’elles y sont avant tout parvenues non pas « sur la base de leurs compétences », mais bien « à cause de [leur] origine ethnique » ?" Anne Plourde et al.


    Généraliser la discrimination positive est utopique. Ce n'est pas un principe mais une exception à la règle. Du cas par cas. Elle a pour nom juridique de disposition dérogatoire.
    Et c'est la majorité à l'Assemblée nationale qui décide.Elle ne veut même pas utiliser la disposition dérogatoire pour déroger de l'Arrêt Jordan concernant des accusations criminelles incluant le meurtre . Je ne vois pas comment on peut en faire une règle pour toute personne ou tout groupe ayant une particularité qui la rend "racisée" selon votre expression.
    Cette expression fourre-tout prend des communautés qui ne sont pas une "race particulière" mais viennent de plusieurs pays. On devine que c'est une expression qui cache la situation des musulmans qui ne sont pas une ethnie mais veulent des privilèges en culpabilisant la majorité d'être intolérante.

    Le texte donne l'impression désagréable que la majorité est fautive de ne pas tenir compte de tous les particularismes ou spécificités du peuple québécois? Du multiculturaliste mur à mur.


    Il y a une centaine de langues parlées au Québec et une centaine d'ethnie sans inclure ceux qui ne sont pas reconnues dans leurs pays d'origine.

    La majorité dirige et détient les postes à cause de leur "origine ethnique"? Laquelle?
    L’impression que le Québec se fait « runner » par les Anglos, une ethnie constitutionalisée, permet-elle à d’autres de sentir la bonne affaire? Ce texte donne l'impression d'une intention d'exclusion?

    On est des bons gars, pas fumée, pas d'tabac. Rapellons que le peuple québécois est déjà minorisé. Doit-on le raciser dans le Canada ou en faire un pays non multiculturelle?

  • Pierre-Yves Guay - Abonné 19 juin 2017 09 h 21

    BRAVO !

    Merci mesdames d'avoir remis les pendules à l'heure.

  • Réjean Martin - Abonné 19 juin 2017 13 h 22

    la question est

    la question est : peut-on se passer de la discrimination positive et parvenir à de bons résultats du point de vue mixité ? car, c'est bien plus simple de s'en passer que de l'établir; l'établir comment ? pour combien de temps ? tant de questions...

    • Gaetane Derome - Abonnée 19 juin 2017 19 h 03

      Je ne crois pas la discrimination positive nécessaire.Il suffit d'accepter les gens selon leurs compétences en ne regardant pas le sexe et ni l'ethnie.Regardez ce qui s'est passé dans les facultés de médecine,dans les années 70 les femmes étaient encore en minorité et maintenant c'est plutôt l'inverse.
      Il suffit d'ouvrir la porte et de permettre aux gens d'entrer...