Pas si mal, l’école de rang

Monsieur Jean-François Nadeau,

N’eût été l’excellent article de Mme Gaétane Gascon paru dans la page Idées du Devoir du 17 juin, j’aurais manqué le vôtre daté du 11 juin. J’y suis retourné voir et je me permets de rajouter un peu à la protestation de Mme Gascon concernant la triste image que vous faites de l’école de rang.

L’école numéro 7 à Saint-Damien de Brandon fut construite en 1917. Transformée en maison de villégiature depuis 1963, elle fête donc son centenaire et ne semble pas près de s’écrouler. Son toit, fabriqué par un ferblantier, tient toujours et est toujours étanche, à ce que je sache. Plusieurs des écoles, construites dans la foulée du Rapport Parent, et où j’ai enseigné, ont dû être rénovées et les toitures refaites au cours des années subséquentes. Et je ne parlerai pas de leur laideur avérée…

Vous avez raison de dire que les « maîtresses d’école » avaient une formation moins poussée que les nouveaux enseignants d’aujourd’hui, mais elle était suffisante pour apprendre aux enfants la lecture et l’écriture, les fondements de la pensée.

Mon école n’était ni « petite » ni « basse ». Demeurant à proximité, j’allais allumer le poêle le matin, durant les mois les plus froids de l’hiver, afin d’éviter le gel de la tuyauterie. Souvenir gratifiant ! « Mal équipée » ? Assez en tout cas pour que j’y aie lu des livres qui m’ont donné le goût de la lecture. Une bénévole du rang s’occupait de la bibliothèque volante qui renouvelait régulièrement les livres.

Je ne me souviens pas de la présence oppressante du clergé dans mon école. Les visites les plus mémorables y furent celles de l’inspecteur.

L’absentéisme était à peu près inexistant.

J’ai du mal à accepter la vision pessimiste que votre article transmet de l’école de rang. Une studieuse comparaison des deux types d’école, en plus et en moins, ne manquera pas de couronner l’école moderne. Cependant, il est bien dommage que cette tendance à l’autodépréciation de tout ce qui a précédé la modernité nous empêche de reconnaître les bienfaits de nos anciennes institutions. La modernité nous a apporté ce qu’elle devait nous apporter ; faut-il pour autant noircir nos origines ? L’école de rang fait partie de l’histoire du Québec et, personnellement, j’en garde une très belle image.

2 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 19 juin 2017 05 h 24

    Cas généraux et cas particuliers

    Il est toujours possible de trouver des cas qui diffèrent de la situation générale, mais cela ne change pas le portrait de cette situation. Pour avoir une bonne idée de la situation générale, je suggère la lecture de ce livre fort intéressant de Maurice Tardif :

    La condition enseignante au Québec du XIXe au XXIe siècle. Une histoire cousue de fils rouges: précarité, injustice et déclin de l’école publique

    https://www.pulaval.com/produit/la-condition-enseignante-au-quebec-du-xixe-au-xxie-siecle-une-histoire-cousue-de-fils-rouges-precarite-injustice-et-declin-de-l-ecole-publique

  • Murielle Tétreault - Abonnée 19 juin 2017 18 h 06

    En 1950, on apprenait à lire .

    Si seulement les maîtresses d'aujourd'hui pouvaient apprendre à lire aux enfants de 2017 autant que celles de 1930 à 1970 pouvaient le faire , ce serait bien. Les enfants de 2017 n'entreraient pas au secondaire sans pouvoir lire un texte de 10 lignes ou les questions de leurs problèmes de mathématiques.
    Dans le temps , Les élèves apprenaient à lire les Fables de La Fontaine et les questions et réponses de leur catéchisme.En cinquième année, ils savaient lire et compter. Bien certainement, on apprenait en comptant des tombes et des grains de chapelets, des cordes de bois et on apprenait à lire en lisant La vie des saints mais on savait lire.Quand Messieurs les commissaires et le curé de même que l'inspecteur faisaient leurs visite, la maîtresse savait que son job dépendait de nos réponses, PAs de son syndicat.
    Je conseille à tous de lire Ces enfants de ma vie de Gabrielle Roy.