Justin Trudeau et le Canadien anglais

Le premier ministre Justin Trudeau avance que le Canada est né à Vimy. Encore une fois, le premier ministre réfléchit comme un anglophone.

 

Pour le Canada anglais, la bataille de Vimy est un acte de naissance. À cette époque, le Canada est un dominion qui n’est pas maître de sa politique étrangère. Lorsque l’Empire britannique entre en guerre contre l’Allemagne, le Canada est en guerre lui aussi, sans qu’on lui demande son avis.

 

Cette situation aberrante pour un État souverain est incompréhensible aujourd’hui. Il faut comprendre que le Canada anglais est un peuple resté loyal à la Couronne britannique après la Révolution américaine. Les Canadiens anglais se considèrent comme des sujets britanniques ; les Canadiens, ce sont les francophones de souche.

 

Cette allégeance inconditionnelle est quelque peu troublante, dans la mesure où les Canadiens anglais n’habitent plus les îles britanniques depuis 150 ans… Leur nation se confond avec la Grande-Bretagne.

 

La bataille de Vimy permet aux soldats canadiens-anglais de s’illustrer, de se distinguer du corps expéditionnaire britannique. Enfin ! Pourtant, l’importance de cette bataille est largement exagérée… Elle ne permet pas d’atteindre l’objectif initial de percer le front allemand. Les soldats ennemis se replient pour former une nouvelle ligne défensive qui tiendra jusqu’en novembre 1918.

 

Néanmoins, la pugnacité des troupes canadiennes-anglaises impressionne. Ils gagnent leurs lettres de noblesse, ce qui permet au Canada de signer comme pays autonome le traité de Versailles, en 1919. C’est seulement en 1931, à la signature du Statut de Westminster, que le Canada acquiert sa pleine indépendance.

 

Mais quel est le sens de la bataille de Vimy. S’agit-il de la naissance du Canada ? Pas du tout. Le Canada est né avec les Canadiens-français. Ils ont donné ce nom à la Nouvelle-France, parce qu’ils ne se considéraient plus comme français. C’est le Canada que les troupes britanniques ont conquis en 1760.

 

Lorsque M. Trudeau affirme que le Canada est né à Vimy, en 1917, il parle comme un Canadien anglais pour qui tout ce qui existait avant 1760 ne vaut même pas la peine d’être mentionné.

 

Très décevant de la part de notre premier ministre.

20 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 12 avril 2017 03 h 02

    Mais, mais, mais...

    Mais, mais, mais, voulez-vous bien arrêter ma bande de torrieux de vous en prendre toujours à ce pôv Ti-Pit !!!?
    Un ange, un ange du seul Bon Dieu qui existe que je vous dis...
    Misère de misère, pour une fois que la sainteté peut avoir le visage d'un ange canadien, faut donner le temps au fils de finir le travail d'assainissement nationaliste que le père a entrepris si héroïquement il y a un demi-siècle. Faut bien qu'il prenne le temps nécessaire pour tout mettre en place afin de nous calmer de manière définitive.
    Yes sir, and definitely...

    Tourlou !

    • Jean-Marc Simard - Abonné 12 avril 2017 09 h 49

      Nous avons eu le Père...Nous avons le Fils...Qui est le saint-Esprit ? Ne serait-ce pas la constitution canadienne de 1982 que le diable québécois n'a pas voulu signer...Il se pourrait bien qu'un jour le fils se fasse crucifié par un «selfie» mal intentionné...Qui sait si la Trinité canadienne s'en sortira alors indemne ?

    • Aline Tremblay - Abonnée 12 avril 2017 15 h 43

      En ajoutant cette phrase du commentaire de l'abonné Jean-Pierre Martel
      « Si le Canada est né sur la crête de Vimy…
      …on doit avouer que c’est un bien triste endroit pour accoucher»

      Il y a de la matière pour Infoman. Merci de m'avoir fait rire.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 12 avril 2017 03 h 34

    Pourquoi s'obstiner à être Canadien?

    Vous dites que l'attitude de Justin Trudeau est très décevante de la part de "notre" Premier ministre.

    Vous déplorez que Justin Trudeau parle comme un Canadien anglais; c'est tout à fait normal: c'en est un.

    Ne me considérant pas comme Canadien, mais Québécois, je ne considère pas par conséquent Justin Trudeau comme "mon" Premier ministre mais comme le chef d'un gouvernement étranger. Si ce dernier croit que son pays est né lors de la bataille de Vimy, c'est son affaire et cela ne me regarde pas. Je dirais même que c'est dans l'ordre des choses que cela soit ainsi: nous ne faisons pas partie de l'histoire de ce pays étranger, comme s'attache à le démontrer le documentaire "The Story of Us" à leur télévision.

    Les Québécois s'éviteraient bien des déconvenues à répétition s'ils arrêtaient de vouloir se considérer comme les citoyens d'un pays qui ne leur appartient plus depuis longtemps et s'attachaient plutôt à cesser de se lamenter pour vouloir enfin fonder un pays qui leur ressemble.

    • Danièle Jeannotte - Abonnée 12 avril 2017 08 h 50

      À moins que vous ayez le grand bonheur de ne pas payer d'impôt au fédéral, vous êtes malheureusement obligé de considérer le Canada comme votre pays, même si tout ce que vous dites est rigoureusement vrai. C'est la conséquence de deux référendums ratés. Et comme il n'y en a pas de troisième à l'horizon, faute d'intérêt dans la population, ça ne risque pas de changer de sitôt.

    • Michel Sirois - Abonné 12 avril 2017 10 h 12

      Excusez-moi, pourquoi ne dites-vous pas que le référendum de 1995 fut volé? N'y a-t-il pas assez de preuves du vol du référendum par les fédéralistes pour en parler ouvertement? Nous n'avons pas raté le deuxième référendum; on se l'est fait voler. L'impact psychologique sur moi n'est pas le même!

    • Claude Bariteau - Abonné 12 avril 2017 16 h 30

      Le Canada, qui a statut de pays, n'est pas né à Vimy. Toutefois, le Dominion of Canada fut signataire du Traité de Versailles d'après guerre qui créa aussi la Société des Nations à la demande des États-Unis pour sa participation à ce conflit. La Nouvelle-Zélande et l'Australie furent aussi des signataires à la demande des États-Unis.

      Ce n'est toutefois qu'en 1931 que la Grande-Bretagne reconnut le Dominion of Canada comme entité politique souveraine au sens où elle devint autorisée à agir sans tutelle sur la scène internationale. Peu après, ses dirigeants mirent de l'avant un programme de construction nationale inspirée du rapport de la Commmission Rowell-Sirois qui fut déposé en 1941.

      C'est ce rapport qui servit de boussole pour centraliser le pouvoir à Ottawa en privilégiant des mesures sociales. Mais c'est aussi dans le sillage de ce rapport que le Canada cherha à tirer avantage des points d'impôt qui lui furent prêtés pour son effort de guerre.

      Seul le Québec fit des démarches pour les récupérer, ce qui permit le financement de la révolution tranquille. Peu après, le Canada chercha et cherche toujours à corriger l'entente intervenue. Ce fut l'oeuvre principale de Pierre Elliott Trudeau, qu'a poursuivi Jean Chrétien et que poursuit maintenant Justin Trudeau depuis que le Canada a mis la main sur le gouvernement du Québec avec Jean Charest et maintenant Philippe Couillard.

      C'est ça qu'il importe de bien comprendre et d'expliquer.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 12 avril 2017 16 h 52

      Il faudrait cesser de se perdre en "explications" et autres ruminations du même genre pour enfin passer à l'acte. C'est cette procrastination attentiste, référendiste et étapiste qui fait que plus personne ne nous prend au sérieux dans cette affaire qui n'en finit plus de traîner.

      Pendant qu'on continue à discuter et qu'on râle en déchirant sa chemise, la Terre continue de tourner et le temps commence à se faire rare...

      L'indépendance doit se faire par et pour ceux et celles qui en ont envie. Il faudrait arrêter de vouloir absolument la faire pour tout le monde, y compris pour ceux et celles qui n'en veulent pas. Ces derniers, tout comme les Loyalistes autrefois, auront à choisir le pays dans lequel ils veulent vivre quand le moment sera venu.

  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 12 avril 2017 05 h 28

    " Se raconter des histoires "


    Lire Rino Morin - Rossignol de l' Acadie Nouvelle :

    http:/www.acadienouvelle.com/chroniques/2017/04/11/se-raconter-histoires/

  • Pierre Raymond - Abonné 12 avril 2017 06 h 23

    Et quelle indépendance !

    « C’est seulement en 1931, à la signature du Statut de Westminster, que le Canada acquiert sa pleine indépendance. » A.R.

    ...tout en continuant d'avoir comme chef d'état la reine d'Angleterre, au grand plaisir des Canadians.

    • Luciano Buono - Abonné 12 avril 2017 11 h 34

      C'était évident lors de la commémoration à Vimy, au moment du recueillement, il y avait les trois chefs d"état à l'avant: Prince Charles, le GG du Canada et Francois Hollande. Le PM canadien lui se tenait 2 mètres en arrière.

    • Claude Richard - Abonné 12 avril 2017 12 h 06

      Vous avez parfaitement raison. Que diraient ces anglophones canadiens si le chef d'État français était aussi le chef d'État du Canada? Certainement pas que le Canada est pleinement indépendant. Ridicules ces gens qui se prétendent fiers que le Canada soit indépendant, et encore plus ridicules ces Québécois qui croient êtres libres à l'intérieur du Canada!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 avril 2017 08 h 21

    Si le Canada est né sur la crête de Vimy…

    …on doit avouer que c’est un bien triste endroit pour accoucher.

    Si c’est en 1867, il est apporté la cigogne britannique. Sa génèse est alors conforme au puritanisme victorien.

    Mais si c’est en 1534, le Canada nait au cours de la Renaissance : n’est-ce pas plus romantique ?

    Par contre, s'il est découvert par Giovani Caboto en 1497, il nait au Moyen-Âge. C'est déjà moins intéressant.

    Bref, le Canada est comme un phénix qui nait et renait selon les idéologies plus ou moins mensongères (comme diraient ceux qui y habitent depuis des millénaires).

    • Bernard Plante - Abonné 12 avril 2017 11 h 45

      "Bref, la Canada est comme un phénix qui nait et renait selon les idéologies plus ou moins mensongères."

      Exactement! C'est la caractéristique première d'un pays bâti à coups de campagnes de marketing plutôt que sur une quelconque histoire véridique. Commandites, distribution de drapeaux, fêtes commémoratives, renforcement identitaire et publicités ont créés ce semblant de pays.

      La guerre du marketing et non celle de Vimy a créé le Canada. Aujourd'hui elle le maintient en vie.

    • Jacques Patenaude - Abonné 12 avril 2017 17 h 12

      j'ai la solution!
      Faisons la moyenne de toutes les naissances du Canada et décrétons que cette moyenne est la date de naissance du Canada