La laïcité ouverte: une coquille vide

Dans son article intitulé L’incohérence de la laïcité « ouverte », Daniel Baril a parfaitement raison, les interventions du gouvernement Couillard à propos de la laïcité sont tellement tordues que non seulement elles ne règlent rien, mais elles ajoutent à la confusion. Comment pourrait-il en être autrement d’une laïcité qui, pour se vanter d’être ouverte, s’ouvrirait sur son contraire ?

De la même façon, quand on se plaît à condamner l’islamophobie sans jamais la définir, cela permet de condamner tout discours qu’on ne veut pas entendre. À propos de certains discours haineux rencontrés sur le Net, encore là, la confusion sert mieux que la clarification. Pour contrer les propos haineux rencontrés sur le Net, un bon gouvernement ne devrait-il pas faire oeuvre éducative en expliquant clairement la différence entre la critique d’une idéologie et les propos haineux contre ceux qui partagent cette idéologie ? Là encore, on se montre plus rapide à condamner qu’à éduquer. Le gouvernement Couillard préfère museler qu’éduquer ! Il semble passé maître dans l’art de semer la confusion, au point où son discours sur la laïcité ressemble à une coquille vide. N’est-ce pas pire que la langue de bois ?

39 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 15 mars 2017 07 h 12

    Non au modèle français!


    De fait, c'est pas vraiment une coquille vide, puisque le gouvernement libéral a fait le choix de ne pas aller dans la ''route''de la laïcité. Il a choisi plutôt le modèle américain ou britannique ou du Canada anglais comme avenue. Il a dit non au modèle français. C'est un choix politique contestable, mais c'est le sien. Je le partage. Le bien commun ne requiert pas qu'on connaisse une ''guerre'' religieuse. Bien au contraire!


    Michel Lebel

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 15 mars 2017 10 h 25

      @ M Lebel
      Quand vous écrivez 'Il a dit non au modèle français. C'est un choix politique contestable, mais c'est le sien. Je le partage.' on ne peut que s'incliner devant la force de l'argument !
      Plus loin on lit aussi 'Le bien commun ne requiert pas qu'on connaisse une ''guerre'' religieuse. Bien au contraire! ' Est-ce que le bien commun a déjà requis une "guerre" qu'elle soit religieuse ou non ?

      Pierre Leyraud

    • Marc Therrien - Abonné 15 mars 2017 10 h 53

      Effectivement, ce n'est parce que ceux qui ne pensent pas comme Philippe Couillard se sentent incompris que celui-ci n'a pas été clair. Ce n'est pas non plus parce qu'il décide autrement que le souhait que ces personnes incomprises ont exprimé, qu'il ne les a pas entendues et écoutées. Vient un temps où il faut décider et un moment donné d'admettre que la décision est claire, mais c'est seulement qu'on ne l'accepte pas, qu'on résiste et qu'on s'oppose à l'autorité.

      Je pense que ça se passait comme ça dans beaucoup de familles face à l'autorité du chef ou de la cheffe de famille. La volonté et les règles étaient claires, mais on les contestait parfois.

      Marc Therrien

    • Gisèle Filion - Abonnée 15 mars 2017 11 h 20

      Le mot coquille vide faisait allusion à ces coquilles prétendument vides, qui cachent du contenu. Ni vu, ni connu… Ici, ce serait un contenu qui ressemble plus à son contraire. À force de tordre les mots on leur fait dire le contraire du sens défini par les dictionnaires. . Ainsi la non-laïcité se prétend laÏque.

    • Michel Lebel - Abonné 15 mars 2017 12 h 41

      @ Pierre Leyraud,

      Chaque pays a son histoire, celle du Québec n'est pas celle de la France. Le Québec n'a pas connu la Révolution française ni la loi de la laïcité de 1905. Le Québec est une terre d'Amérique et non d'Europe. La notion de laïcité ne fait pas partie, à ce jour, du paysage québécois. C'est la notion de neutralité de l'État qui est surtout présente.

      Quant au bien commun, il a notamment exigé de faire la guerre au régime nazi.

      M.L.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 15 mars 2017 16 h 19

      @ M Lebel
      Vous écrivez 'Chaque pays a son histoire, celle du Québec n'est pas celle de la France' et plus loin 'Le Québec est une terre d'Amérique et non d'Europe' tout à fait irréfutable, et vous semblez faire une déduction en écrivant 'La notion de laïcité ne fait pas partie, à ce jour, du paysage québécois. C'est la notion de neutralité de l'État qui est surtout présente.' Quel lien logique y a t il entre vos deux citations ? À ce compte là on se demande comment des notions comme la démocratie, les droita de la personne ....on bien pu traverser les mers ?

      Pierre Leyraud

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 mars 2017 16 h 32

      Monsieur Leyraud, Michel Lebel ne fait que dire qu'il la partage, ce qui est différent de dire qu'elle est meilleure. Auquel cas vous auriez pu en effet lui demander des arguments.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 15 mars 2017 17 h 54

      @ R Maltais Desjardins
      Michel Lebel dit non au modèle français et il partage le choix du gouvernement , c'est à dire le modèle anglais ou américain...J'ose penser qu'il considère donc que le choix qu'il fait est le meilleur non ? Si ce n'est pas le cas je pense qu"il y a un problème quelque part !

      Pierre Leyraud

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 mars 2017 07 h 14

      Il me semble qu'il avait simplement la courtoisie d'admettre que le fait de le penser ne signifie pas qu'il ait raison.

      Sur l'autre question, vous savez, il n'y a pas que la tradition républicaine française qui ait traversé les océans. Notre conception de la démocratie et des droits de la personne a d'autres sources. Cela explique en bonne partie pourquoi nous avons un peu de mal à penser et à organiser les rapports entre l'individu et la collectivité, entre le privé et le public, entre le politique et le religieux, etc.

      Évidemment, on peut régler ça en cinq secs à disqualifiant l'une de ces traditions ou en célébrant les mérites de l'autre, comme on en voit bien s'époumonner la main sur le coeur à chaque occasion, mais ces professions de foi ne nous permettent pas de surmonter nos contradictions. Elles ne font au contraire que les crystaliser et scléroser la réflexion.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 15 mars 2017 07 h 59

    Y -a t-il seulement une coquille ?

    Vous écrivez très justement 'un bon gouvernement ne devrait-il pas faire oeuvre éducative en expliquant clairement la différence entre la critique d’une idéologie et les propos haineux contre ceux qui partagent cette idéologie ? ' mais comment un gouvernement comme celui du PLQ pourrait-il penser comme ça alors que ce qu'il a en tête c'est : élections, pouvoir, néo-libéralisme ? À un vivre ensemble librement discuté et consenti il préfère la confusion, l'attentisme, le cas par cas. Non M Couillard la démocratie ce n'est pas un consensus mou et informe, c'est avant tout des débats et des choix libres faits sur la bases des discussions éclairées et éclairantes. Votre attitude face aux demandes des citoyens au sujet de la laïcité est tout à fait à l'opposée.

    Pierre Leyraud

  • Pierre Desautels - Abonné 15 mars 2017 08 h 05

    Le travail à la chaîne.

    "Pour contrer les propos haineux rencontrés sur le Net, un bon gouvernement ne devrait-il pas faire oeuvre éducative en expliquant clairement la différence entre la critique d’une idéologie et les propos haineux contre ceux qui partagent cette idéologie ?"

    D'une certaine manière, vous donnez raison à Charles Taylor, qui nous disait dernièrement que ce débat entraîne assurément ce genre de comportement et qu'on mélange tout. C'est pour cela qu'il a fermé son dossier.

    Malgré ce que dit Taylor, le gouvernement a sa part de responsabilité à cause de son laisser-faire dans ce dossier. Mais le PQ et la CAQ devraient aussi faire oeuvre éducative auprès de certains de leurs partisans, minoritaires sans doute, qui sont passés maîtres dans la propagation de messages haineux.

    • Gisèle Filion - Abonnée 15 mars 2017 11 h 52

      Non, je ne donne pas raison à Charles Taylor, ce n’est pas le débat d’idées qui

      entraîne automatiquement des propos haineux, c’est le mélange de deux notions :

      celle bien légitime , de critique d’une idéologie, et celle de propos haineux

      qui incitent à la haine de personnes ou des groupes de personnes identifiables.

      C’est pour ça qu’il faudrait que le Gouvernement fasse oeuvre éducative à ce sujet.

      Oui, d’autres partis politiques et des journalistes pourraient le faire aussi. Je verrais

      bien l'émission 24/60 à RDI, ou Mario Dumont à LCN, aborder le sujet. Mais puisque

      c’est le gouvernement Couillard qui est au pouvoir , la tâche de leader en ce domaine,

      ne lui revient-elle pas en priorité ? Ça me semble urgent de la faire.

    • Jacinthe Lafrenaye - Abonnée 15 mars 2017 13 h 10

      Pierre Desautels vous dites:"Mais le PQ et la CAQ devraient aussi faire oeuvre éducative auprès de certains de leurs partisans, minoritaires sans doute, qui sont passés maîtres dans la propagation de messages haineux."

      Dénoncer des accommodements déraisonnables qui favorisent certaines religions n'a rien d'haineux. Ce n'est pas porter des accusations contre les pratiquants de ces religions.

    • Pierre Desautels - Abonné 15 mars 2017 14 h 02


      @Gisèle Filion

      Merci pour votre réponse. On pourrait peut-être dire que ce débat sur la laïcité, c'est comme la boisson, "y en a qui portent pas ça" , comme disait Duplessis. Quant à Philippe Couillard, il ne faut pas trop compter sur lui pour faire oeuvre éducative. Les dérapages le servent trop bien et comme les politiciens des autres partis, il préfère jeter de l'huile sur le feu.

    • Pierre Desautels - Abonné 15 mars 2017 14 h 05

      @Jacinthe Lafrenaye

      Justement, une quantité énorme de commentaires dans les réseaux sociaux ne portent pas seulement sur une critique des pratiques religieuses, mais sont des messages implicites de haine envers les musulmans. C'est un fait.

    • Jacinthe Lafrenaye - Abonnée 16 mars 2017 14 h 02

      Pierre Desautels

      il ne faut pas faire d'amalgames: montrer son désaccord avec quelqu'un n'est pas de la haine.

    • Pierre Desautels - Abonné 16 mars 2017 18 h 31

      @Jacinthe Lafrenaye

      Il n'y a pas d'amalgames. Il y a des messages de désaccords et il y a aussi des messages de haine envers les musulmans en général. Le groupuscule la Meute en fait étalage, et aussi, les radios poubelles de Québec, qui l'ont avoué après la tuerie. Vous-vous souvenez?

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 15 mars 2017 09 h 10

    Les doigts dans les oreilles

    Comment est-il possible de poursuivre la discussion à ce degré zéro de l'argumentation, quand les interlocuteurs jouent à réfuter les termes employés? Est-ce que quelqu'un ici, un chroniqueur du Devoir ou un philo-pop français, déchire sa chemise contre l'emploi du terme "antisémitisme"? Nous savons pourtant que les Arabes aussi sont des Sémites, ce ne sont pas seulement les Juifs. Et nous comprenons tous que le terme ne renvoie pas à des discussions théologiques mais à la haine.

    De même, comment croire que tous ces bons commentateurs la jouant chevaliers solitaires de la vertu continuent de ne pas comprendre l'évidence? Lorsqu'on parle de jeter les Musulmans hors du Québec, de brûler les mosquées, d'y jeter du sang de porc, d'arracher le voile des passantes, nous sommes dans la haine des individus sous prétexte de leur religion. La critique de l'idéologie, lorsqu'elle est faite de façon simpliste, peut entraîner la haine de ceux qui la partagent. La définition du Larousse (est-ce si difficile en 2017 de la trouver sans l'aide du gouvernement?) renvoie à l'"hostilité envers l'Islam, les Musulmans".

    Y aurait-il donc une distinction entre la critique idiote du souverainisme et la haine des souverainistes? Nous savons bien que les deux vont de pair. Je ne parviens pas encore à concevoir que tous les fumistes poussant les hauts cris contre la volonté d'encadrer les manifestations publiques de haine ne parviennent pas à comprendre comment cette haine fonctionne.

    Ah, que ferions-nous au Québec sans Musulmans? Il nous faudrait un nouveau bouc émissaire....

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 15 mars 2017 10 h 32

      @ A Lamy-Theberge
      Quand je lis "Y aurait-il donc une distinction entre la critique idiote du souverainisme et la haine des souverainistes? Nous savons bien que les deux vont de pair." j'ai des frissons dans le dos et j'espère que vous parlez pour vous seul et vous tout seul.Distinguer les idées des gens qui adoptent ces idées c'est le b.a.ba de la démocratie.

      Pierre Leyraud

    • Marc Therrien - Abonné 15 mars 2017 11 h 10

      Effectivement, il arrive parfois que les termes sont bien définis pour qui est capable de les entendre. L'intensité de la souffrance personnelle a un impact sur le degré de cécité et de surdité face aux évidences. Selon son dégré de paix intérieure ou de souffrrance face à diverses situations sociales, on demandera aux politiciens soit "d'appeler un chat, un chat" soit d'utiliser la langue de bois pour ne pas heurter les sensibilités.

      Il y a une certaine quantité de vérité qu'une personne peut tolérer et celle-ci varie d'une personne à l'autre. Ainsi, la gestion de la variété des épidermes sensibles est un des facteurs qui rend l'exercice de gouverner si difficile.

      Marc Therrien

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 15 mars 2017 16 h 44

      Vous avez l'épiderme sensible, M. Leyraud, ce qui vous empêche peut-être de constater le fossé existant entre l'idéal et la réalité. Mon commentaire s'adressait évidemment à la teneur des discours publics, non aux critères de l'idéal démocratique, par rapport auxquels je suis bien d'accord avec vous.

      Pour ma part, à aucune reprise dans le cadre du crachoir collectif organisé à l'encontre de la communauté musulmane n'ai-je perçu la capacité des locuteurs de présenter et de respecter la distinction, ce qui contribue directement aux incidents haineux quotidiens qui sont rapportés. En revanche, l'Islam comme religion n'a pas semblé souffrir.

  • Bernard Terreault - Abonné 15 mars 2017 09 h 32

    D'acc

    Distinguer attaques contre des idées et attaques contre des personnes. Je pense beaucoup de mal de certaines doctrines des trois religions monothéistes, mais je pense beaucoup de bien de plusieurs prêtres catholiques que j'ai connus. Et il y a sûrement des pasteurs, des rabbins, des imams admirables. Mais je ne peux qu'exécrer des notions comme la guerre sainte ou djihad musulman, celle de "peuple élu" des Juifs, ou le célibatat des prêtres et la misogynie catholiques.