Un «banal» crucifix?

Je veux et dois protester contre la façon cavalière et injurieuse qu’a utilisée Jean-François Nadeau dans sa chronique du 6 mars pour faire référence au crucifix retiré de l’hôpital du Saint-Sacrement de Québec. Dans son ardeur à critiquer des politiciens trop pressés, il a préféré parler d’un « banal » crucifix enlevé d’un hôpital, puis d’un « simple » crucifix. Mettant complètement de côté le fait que ce crucifix a été retiré à la suite d’une plainte d’une personne qui « a ressenti » un malaise en le voyant… Pourquoi ? Comment ? Quel malaise ? Et que plusieurs milliers de personnes ont protesté. Parce que ce crucifix était un rappel et un symbole des raisons qui ont amené à la mise sur pied et au fonctionnement de cet hôpital. Parce que cet hôpital a fonctionné durant des dizaines d’années grâce à la compétence, et aussi au dévouement de religieuses qui croyaient profondément en ce que signifiait ce « simple » crucifix, aucunement « banal » à leurs yeux. [...] L’auteur a droit à la liberté d’expression. Mais il pourrait se demander s’il a su « apprécier la valeur de la chose dans son incidence sur le devenir collectif ». Au lieu de n’y voir qu’une hypocrisie, même si chez certains elle était probablement réelle.

 

Heureusement pour notre devenir collectif que le crucifix n’a pas été « banal » ou « simple » pour plusieurs dizaines de milliers de Canadiens français.

  • Yves Côté - Abonné 10 mars 2017 04 h 41

    SVP Monsieur Côté...

    "Heureusement pour notre devenir collectif que le crucifix n’a pas été « banal » ou « simple » pour plusieurs dizaines de milliers de Canadiens français.", dites-vous Monsieur Côté ?
    Et pour les Québécois, SVP, qu'en est-il donc selon vous ?
    Estimez-vous que ceux-ci sont tous si mécréants par définition, qu'il vous soit absolument inutile d'envisager la possibilité que quelques-uns d'eux et elles, ou certains d'elles et d'eux, soient croyants ?
    En quel cas, quelle manipulation de symbole décevante vous faites là pour donner aux Canadiens français l'occasion de polariser sur eux seul la valeur de leur identité, celle-ci s'obligeant à être en opposition aux Québécois, Monsieur !
    Aux Québécois qui comme moi, partisans convaincus de la nécessité pour tous de laïcité des institutions publiques, n'en sont pas des incroyants pour autant...
    Monsieur, permettez-moi de vous dire que de se servir d'un symbole religieux pour promouvoir "sans le dire", et comme vous le faites ici, une orientation politique, quelle qu'elle soit d'ailleurs, ne permet certainement pas de présenter de manière flatteuse la religion en question.
    Ce qui apparaît en tout condamnable au sincère croyant que j'ai le travers d'être...
    De l'être sans m'en cacher, tel je le dis ici, mais ni en l'exposant de manière ostentatoire partout, à tous, à tout bouts de champs et surtout, de manière à donner à X ou Y l'occasion ouverte de s'en servir politiquement...
    Salutation chrétienne, Monsieur.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 10 mars 2017 06 h 35

    CE CRUCIFIX, C'EST LA CROIX ET LA BANNIÈRE !

    Quand on lit dans le texte " Dans son ardeur à critiquer des politiciens trop pressés, il a préféré parler d’un « banal » crucifix enlevé d’un hôpital, puis d’un « simple » crucifix. Mettant complètement de côté le fait que ce crucifix a été retiré à la suite d’une plainte d’une personne qui « a ressenti » un malaise en le voyant… Pourquoi ? Comment ? Quel malaise " on a une illustration parfaite du cas d'une personne pour qui il semble IMPENSABLE qu'une autre personne puisse ressentir un malaise ou une gène en voyant un signe religieux dans une institution de l'Etat. Un malaise ? pourquoi ? comment ? et pourquoi pas la question habituelle " Ça vous enlève quoi, à vous non croyant, si on affiche nos crucifix ?" Eh bien oui ça nous enléve notre liberté de ne pas voir un signe religieux ! Car quand on lit,au sujet des religieuses " qui croyaient profondément en ce que signifiait ce « simple » crucifix, aucunement « banal » à leurs yeux." il est clair que pour l'auteur du texte cet objet a un sens religieux. Si ce n'est pas le cas ,Monsieur Côté serait-il d'accord pour remplacer ce crucifix par une plaque commémorative ? Pierre Leyraud

    • Pierre R. Gascon - Abonné 10 mars 2017 22 h 19

      déconfessionnalisation et déchristianisation

      En décrochant ce crucifix inoffensif d'un homme en train de mourir sur une croix, le CHU de Laval a manqué de respect envers plusieurs personnes; et, c'est en voulant respecter la croyance ou la non croyance du seul plaignant qu'une ordonnance a été exécutée de décrocher ce crucifix de l'enceinte du hall d'entrée du Centre hospitalier de l'Hôpital du Saint-Sacrement.

      Décision hâtive, rapide, non réfléchie et non négociée ne devrait être justifiée que par une raison de respect de l'ordre publique et non pas par une motivation antireligieuse.

      Historiquement, ne vous en déplaise monsieur Leyraud, l’Église de Rome et ses institutions se sont substituées à l’État démantelé de la Nouvelle France pour assumer les deux missions essentielles de notre État naissant : peupler et mettre en valeur le territoire. De 1760 à 1960 ce sont ces institutions qui serviront d’armature aux assises de notre État qui va nous permettre de conserver notre cohésion nationale ; garantie de notre existence comme nation française en Amérique.

      Ensuite arrive : la déconfessionnalisation et la déchristianisation : l'ère de l'ultra modernité; cette ère d'incertitudes après celle de la modernité des certitudes de la Charte universelle des droits et libertés, adoptée par l'ONU à la suite des deux guerres mondiales.

      J'écris non à votre intolérance cultuelle car c’est votre incapacité de rejoindre l’autre dans sa différence, voire le refus délibéré de cette différence.

      Le Dieu de nos ancêtres nous veut humains et fraternels; il n’est pas un tyran prompt à éliminer les opposants.

      Mais pourquoi transformons-nous nos particularismes en barrières discriminatoires, comme si les bons étaient tous d’un côté et les méchants tous de l’autre? Ensemble, nous formons un champ sur lequel Dieu fait lever le soleil et tomber la pluie.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 mars 2017 07 h 54

    Vive la catho-laïcité ?

    Un vulgaire crucifix ne deviendra jamais le symbole du dévouement de ces religieuses que si on veut bien le voir ainsi.

    Mais que veut-on au juste ? La Laïcité ? Mais qu’entend-on par là ?

    Veut-on dire qu’on garde toute la camelote catholique mais qu’on interdit tout ce qui représente d’autres confessions religieuses (et plus précisément, ce qui est musulman) ?

    Il va falloir un jour que le gouvernement du Québec se tienne debout.

    Pour bien comprendre la laïcité, il faut distinguer ‘la pierre’ et les humains.

    Tous les symboles religieux _amovibles_ doivent disparaitre de la propriété de l’État. Ces symboles ont leur place dans les institutions confessionnelles seulement.

    Et les gens ? Ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. Les manifestations extérieures de leur foi, cela ne regarde pas l’État. Tout au plus l’État devrait-il interdire le port du masque en public sauf pour des raisons médicales ou climatiques.

    Quant au patrimoine, il faut comprendre que tout ce dont on hérite est ‘patrimonial’. Mais quand nos parents décèdent, combien de leurs biens sont mis à la poubelle ? Donc tout ce qui est ancien ne mérite pas d’être conservé.

    Le crucifix de l’Assemblée nationale, oui, au musée. Mais toute la camelote de plâtre peint, fabriquée à la machine, à la poubelle S.V.P.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 10 mars 2017 22 h 24

      Pour certains, une croix peux être considérée comme un signe patrimonial, toutefois, évitons toute confusion avec ce signe religieux de foi chrétienne. L'identité chrétienne s'ancre dans l'histoire et s'actualise, d'un point de vue individuel et collectif.

      Jacques-Cartier n'a t-il pas planté une croix à Gaspé, en 1534?

      La religion est irrécupérable parce qu'elle est là pour témoigner du crucifié sur la croix. ET, même si la société s'est sécularisée et le pluralisme installé, le christianisme est par essence universel et a vocation à se proposer à tous et toutes.

      Ainsi, cette croix est un signe distinctif entre les religions; et, dans une société plurielle, ce signe religieux ne met pas en danger la paix civile et la fraternité vécue au quotidien.

      En reconnaissant nos sources chrétiennes, notre société poserait un geste indispensable à une intégration réussie des populations immigrées; j'en suis convaincu : cette reconnaissance sera un moyen d'éviter la rivalité communautaire que l'on a connu récemment à Québec, malheureusement.

      C'est par laïcisme que nos sources de culture chrétienne sont niées par les politiques et les institutions.

  • Bernard Terreault - Abonné 10 mars 2017 08 h 27

    Femmes admirables

    Ces femmes auraient pu être juives ou bouddhistes, elles auraient fait pareil. C'est ainsi dans toutes les sociétés, les femmes se sont dévouées au nom de leur religion, quelle qu'elle soit, pendant que les hommes s'entretuaient au nom de leur religion, quelle qu'elle soit. (Avec quelques exceptions, bien entendu, Catherine de Russie versus François d'Assise).

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 mars 2017 15 h 05

      Lorsqu’on abolit la discrimination sexuelle dans les armées, les femmes au front tuent lorsqu’elles en reçoivent l’ordre, exactement comme le font les hommes.

      Ceci étant dit, vous avez raison de souligner le dévouement des milliers de religieuses qui ont façonné notre histoire.

  • Raynald Richer - Abonné 10 mars 2017 08 h 35

    Effectivement le crucifix n’a pas été “banal

    Effectivement, «le crucifix n’a pas été “banal” ou “simple” pour plusieurs dizaines de milliers de Canadiens français.»

    Mais pour plusieurs, on ne peut pas dire que ç’a été «heureusement»

    Pensons aux jeunes garçons abusés sexuellement par les prêtes, aux Amérindiens dans les pensionnats ou aux femmes qui se faisaient dire combien d’enfants elles devaient avoir ou pour tout le reste.

    On peut donc comprendre que certaines personnes éprouvent un malaise en le voyant accroché dans le hall d’une institution destinée à soigner les gens.