Soin de fin de vie et euthanasie

Réaction à la lettre de Marc Therrien, parue dans Le Devoir du 9 décembre. Monsieur, vous avez le droit de déplorer que certains médecins qui s’opposent aux soins de fin de vie parlent d’euthanasie parce que les deux expressions ont des connotations émotives très différentes. Mais vous ne pouvez cependant trafiquer le sens des mots. Car il s’agit bien, en l’occurrence, d’une forme d’euthanasie. Les lois de Belgique et des Pays-Bas qui ont précédé et inspiré la loi québécoise parlent justement d’euthanasie.

 

Étymologiquement, le mot euthanasie (du grec eu-thanatos, bonne mort) signifie mort douce et sans souffrance. Il désigne la mort donnée à autrui pour hâter la fin de ses souffrances. La notion comprend donc deux éléments essentiels : un acte spécifique (tuer, provoquer la mort) et un motif de compassion. L’anglais dit exactement mercy killing. L’acte peut être fait avec le consentement du malade ou non (euthanasie volontaire ou involontaire), par un médecin ou un quidam (comme dans le cas de Robert Latimer en Alberta), grâce à un moyen médical (une piqûre) ou autrement (gaz, étouffement).

 

Sur le plan éthique, plusieurs citoyens et citoyennes, de même que la plupart des religions, y voient un acte immoral. Certains théologiens catholiques, comme Hans Küng, et des prêtres québécois comme Raymond Gravel, y voient au contraire un acte éthiquement acceptable dans certaines circonstances. La question est difficile. Difficile d’analyser toutes les exigences du respect de la vie. Difficile, par exemple, de distinguer parfois l’acte euthanasique d’autres interventions visant à améliorer le confort du malade : analgésiques, abstention et arrêt de traitements devenus inutiles, voire sédation palliative terminale, qui ont la mort comme conséquence (et non comme effet direct recherché) et que certains appellent d’ailleurs malencontreusement euthanasie passive.

 

Sur le plan légal, le respect de la liberté de conscience ou de l’autonomie n’est pas un absolu. D’autres éléments doivent renter en ligne de compte. La législation doit tenir compte des conséquences à court et moyen termes sur la société, soit très concrètement des dangers d’abus et des possibilités de dérives, ainsi que de l’influence des lois sur les mentalités. Ce que la plupart des pays qui légalisent l’euthanasie font d’ailleurs en partie. Mais cela ne change pas le sens des mots.

7 commentaires
  • Jacques Tremblay - Inscrit 13 décembre 2016 08 h 20

    Un patient en fin de vie dira-t-il " je veux qu'on m'euthanasie" ou plutôt " je veux qu'on m'aide à partir dans la dignité" ? Les rigoristes auront beau ergoter mais l'expression " Aide médicale à mourir " renferme toute la compassion nécessaire pour partir dignement.
    Le terme "euthanasie" inclue aussi les départs non volontaires ce qui est à l'opposé de l'idée fondamentale derrière l'Aide médicale à mourrir.
    Mais n'y avait-il pas une forme d'hypocrisie avec l'euthanasie passive qui se pratiquait avant l'AMM? Je suis convaincu que bien des professionnels préfèrent un consentement éclairé à une décision qui reposait uniquement sur leurs épaules tout en ayant une espèce d'épée de Damoclès pointée dans leur dos. Là comme ailleurs il ne faut pas que les croyances des uns deviennent la loi de tous les autres.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

  • Marc Therrien - Abonné 13 décembre 2016 08 h 29

    Un mot doux pour une mort douce

    Je vous remercie M. Durand de votre effort pour comprendre le sens de mon propos au-delà des mots qui ont été écrits. Votre apport au débat est très étoffé. On comprend que dans le langage, il y a une différence entre dénoter (indiquer) et connoter (référer à, évoquer). Vous avez donc bien compris que je réagissais à la stratégie d’utiliser la connotation négative du mot euthanasie pour influencer le débat, ce qui est de bonne guerre. Les choix de mots ne sont jamais neutres. Ils traduisent l’intention du locuteur qui cherche à produire un effet chez son interlocuteur. C’est pourquoi, après exploration de toutes les possibilités lexicales reliées à ce concept, j’en conclus que, du point de vue du patient en fin de vie, le premier concerné, le concept d’aide médicale à mourir est somme toute très approprié, car il indique bien ce qu’il veut dire tout en étant rassurant par ce qu’il évoque. Un mot doux pour une mort douce

    Marc Therrien

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 décembre 2016 15 h 27

    Sauf en Allemagne

    En Allemagne, le terme Euthanasie a été utilisé par les nazis pour nommer l'extermination des malades mentaux. D'où l'usage actuel de Sterbenhilfe (aide à mourir) pour nommer la réalité contemporaine.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 décembre 2016 15 h 52

    … sans problémo !

    « Sur le plan légal, le respect de la liberté de conscience ou de l’autonomie n’est pas un absolu. » (Guy Durand)

    Possible, mais, absolu ou selon, ce respect nécessite un encadrement légal, surtout éthique si on cherche à l’affranchir de vérité et de solidarité humaines, d’abord et avant tout !

    Si, d’exemple, on désire l’aide médicale à mourir dans la dignité, il nous est alors possible de refuser que les proches décident, à notre place, ce que la volonté nous dicte, et ce, bon grès ou malgré le monde de la mort qui risque d’arriver, en tout temps, plus précisément où l’impensable s’y présente !

    Entre-temps, mourir sans ou avec l’aide médicale ?

    L’Important est ou demeure que notre conscience, ou via cette conscience de l’autre, soit libre ou respectueuse de mourir en bonne santé et …

    … sans problémo !

  • Michel Lebel - Abonné 13 décembre 2016 16 h 53

    C'est pareil!


    La réalité est simple: l'aide médicale à mourir est un euphémisme pour désigner l'euthanasie ou une de ses formes. C'est tout. N'ayons pas peur des mots, de grâce!


    M.L.