Gatineau: la médecine en anglais…

C’est avec stupéfaction que je prends connaissance de l’opinion des docteurs Eidelman et Brousseau à propos de la création du campus médical satellite de l’Université McGill en Outaouais. On y mentionne que les 18 premiers mois de la formation seraient livrés en anglais uniquement, ceci étant justifié par le fait que l’on doive « utiliser le moyen le plus rapide pour nous permettre d’aller de l’avant sans délai : la vidéoconférence ».

Je ne doute pas qu’il y aurait eu d’autres moyens d’assurer l’enseignement de la médecine en français à Gatineau : ainsi, le recours aux professeurs des universités de Montréal, Laval ou Sherbrooke par vidéoconférence aurait sans doute pu répondre à cet impératif temporaire.

Lorsqu’on croit à la nécessité de protéger le français, on trouve des moyens appropriés. Je fus doyen-fondateur de la faculté de droit de l’Université de Moncton, là où l’enseignement de la common law devait être entièrement délivré en français. Presque tous les intervenants anglophones jugeaient le projet irréalisable (Rapport Soberman) ; on privilégiait la création d’un cours bilingue au New Brunswick Law School. Au contraire, les francophones néo-brunswickois insistaient pour avoir un enseignement complet en français. Ce qui fut fait ! Bien sûr, on dut y mettre tous les efforts nécessaires.

Seulement trois Néo-Brunswickois pouvaient y devenir professeurs. Nous avons convaincu trois Québécois et trois Ontariens anglophones parfaitement bilingues de se joindre au noyau initial. Le programme débuta. Un écueil surgit : le Barreau de certaines provinces canadiennes exigeait que les étudiants reçoivent un cours de philosophie de la common law. Il semblait bien alors que personne au Canada ne pouvait dispenser ce cours en français. Nous fîmes appel aux universités nord-américaines et reçûmes l’information du Michigan State University qu’un dénommé John H. Crabb, anglophone parfaitement bilingue, y avait enseigné cette matière ; cependant, ledit professeur séjournait en Suisse. Nous avons trouvé son adresse et l’avons persuadé de venir donner cet enseignement un semestre par année. Aujourd’hui, les diplômés de la faculté de Moncton pratiquent la common law en français partout au Canada.

Comme quoi, quand on croit à la nécessité du français, on peut réussir sans vidéoconférence en anglais…

4 commentaires
  • Pierre Deschênes - Abonné 20 septembre 2016 06 h 18

    Volontarisme

    S'il existait dans le cursus universitaire une telle chose qu'un cours sur le volontarisme, votre lettre ferait certainement partie du corps du cours et serait abondamment citée.

  • Jean Breton - Abonné 20 septembre 2016 10 h 35

    Se tenir debout

    Bravo Monsieur Patenaude. Des hommes comme vous qui se tiennent debout parmi une masse de rampants qui s'écrasent devant l'hégémonie de la langue anglaise sont rares. Surtout à l'heure où le Québec est affligé par le phénomène du « retour du mouton », selon l'expression fort juste du politologue Christian Dufour.

  • Gilles Théberge - Abonné 20 septembre 2016 10 h 39

    C'est que sous le prétexte de répartition du Québec en plusieurs "morceaux", on a attribué l'Outaouais à McGill et l'on voudrait maintenant nous faire croire que l'enseignement sera en français .

    Déjà ce n'est pas encore commencé que l'on trouve des prétextes pour dévier de cette trajectoire.

    Tour ça n'est qu'un leurre. On parle de la "perfide" Albion, bien en voici un exemple!

    Je n'ai jamais cru en ce projet.

    Espérons que le prochain ministre de l'Éducation, saura voir clair.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 20 septembre 2016 21 h 29

    Bonne et mauvaise nouvelle

    Bonne nouvelle: quand on est décidé à se faire respecter, on fait les démarches en conséquence et on obtient ce que l'on recherce. Mauvaise nouvelle, pour nous surtout: il n'y a aucune volonté à faire respecter le fait français au Québec, lanque officielle de cette province. Au contraire, toutes les raisons sont bonnes et valables pour imposer l'anglais. Ils sont tellement créatifs lorsqu'il s'agit d'imposer l'anglais à une province dite francophone que ça fait peur.