Lendemain de manifestation

Comme chaque lendemain de manifestation, j’enrage. Mes dents ont grincé toute la journée en entendant dans les médias l’expression « population prise en otage » et en lisant des titres comme « Les professeurs font l’école buissonnière ».

Déplorer qu’une manifestation entrave notre petit quotidien relève, pour moi, de la démission. Nous avons démissionné de notre job de citoyen qui lutte, minimalement, pour ne pas tout céder aux puissants de ce monde. Le 1 % nous a donné notre 4 % : nous sommes relégués à notre rôle de contribuable qui accepte sans broncher. Plus tristement encore, nous nous rangeons du côté des dirigeants et nous renions celles et ceux qui se battent pour obtenir plus et gagner en mieux-être. Et ce, même si nous ne sommes ni patrons, ni dirigeants, ni puissants.

À force de baigner dans l’individualisme, nous semblons avoir oublié que nous sommes une collectivité, qui, en s’unissant, pourrait faire pencher la société plus en sa faveur. Nous ne voulons plus lutter. Pire, nous nous trompons d’ennemi. Avec le délaissement du mot « ouvrier », nous serions-nous soudainement mis à penser que nous n’en sommes plus, des ouvriers ? Ce serait oublier que bien peu d’entre nous ont un contrôle sur notre travail, voire sur nos conditions de vie.

J’ai l’impression que nous ne voulons plus nous associer à la classe que nous formons, qu’on l’appelle classe « ouvrière » ou « moyenne ». Mais refuser ce titre et dénigrer les luttes qui viennent avec, c’est se faire croire que si on le voulait, on pourrait, nous aussi, changer de « classe ». Les dirigeants de ce monde sont morts de rire en nous voyant caresser cette chimère et en nous regardant nous détourner des syndicats, des institutions qui pourraient pourtant équilibrer les rapports de force.

4 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 2 octobre 2015 08 h 57

    Tout à fait d'accord

    On pratique ainsi la division du peuple. Exactement comme pendant le printemps 2012, au cours duquel le Journal de Montréal, pour ne citer que lui, s'attardait sur les blessures que subissaient... les policiers.

  • Pierre Alarie - Abonné 2 octobre 2015 10 h 35

    sympathie d'enragement

    complètement d'accord. Pasolini affirmait que le consumérisme a réussi ce que le fascisme n'a pas réussi soit créer une uniformité écrasante de la pensée et des façons de vivre. Il n'existe plus de classe ouvrière, mais une classe moyenne qui vit au centre d'achats (ou au centre Vidéotron et Bell).
    Ce qui me décourage souvent ce n'est pas que des politiciens nous lancent de la poudre aux yeux c'est que les gens se laissent berner par analphabétisme politique.
    'ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux' La Boétie.

    continuons à résister....entre deux magasinages.....

  • Yves Corbeil - Inscrit 2 octobre 2015 10 h 59

    Vous résumé très bien la situation ambiante au Québec

    Encore un peu de souffrance avec Couillard et son équipe économique. Ils ont la couenne dure les classés moyens chez nous, c'est pas la monté à genoux des marches de l'oratoire qui va les effrayés, ni 2, 3 points de pourcentage sur leur dettes personnelles non plus.

    Faut être patient au Québec, la solidarité ça vient en dernier lieu quand tu as épuisé toutes tes options et pour le moment ils en ont encore trop des options les classés moyens pour regarder de chaque côtés et encore moins vers le bas. Car les ''loosers'' yont juste à faire comme eux, se lever pis aller travailler bande de... pis les grévistes syndiqués, tout cuit dans la bouche qui se plaignent pour 2, 3 ans sans augmentation pis une couple d'avantages perdus. Ils sont plus capable non plus de les entendres se plaindrent les pas syndiqués.

    Patience Mlle.

  • Hélène Morin - Inscrite 2 octobre 2015 11 h 03

    Enfin !

    Enfin quelqu'un qui nous ramène aux vraies affaires. Qui parmi les gens qui travaillent, a un contrôle sur son travail, sur ses conditions de vie? C'est ça la vraie question? Relire Marx, pourquoi pas? J'ajouterais que ce délaissement du mot "ouvrier" a été fait consciemment pour faire oublier le rôle que la classe oucrière a dans toutes les luttes puisqu'elle forme la majorité. Le néo libéralisme fait très bien son travail d'infiltration.