Lettre - Un film à voir!

Il faut voir et entendre le film de Simon Beaulieu, Miron, un homme revenu d’en dehors du monde. Ma femme, qui aime L’homme rapaillé, a pleuré. Et moi qui ai enseigné le cinéma toute ma vie active, je sentais tout au long que j’avais le privilège de vivre une expérience cinématographique.

 

Sacré Beaulieu ! Il a compris le cinéma documentaire. Il ne s’est pas servi de Miron pour monter ses images, pour monter dans ses images à lui. Il a ramassé, il a rapaillé les images du pays (ce pays sans bon sens) qui traînent dans nos archives nationales et il a fait monter les mots de Miron au travers de ces images-là. Et je me disais, de temps en temps, en essayant de comprendre les images rapaillées sur l’écran, qu’il n’est pas facile de faire des images claires de notre réalité qui est embrouillée. Et puis, à d’autres moments, je pensais à Perrault qui disait qu’il fallait batailler drôlement pour nous donner les images de notre pays à nous. Cependant que les mots de Miron me disaient que l’amour charnel n’est que la métaphore de l’amour du pays.

 

J’entends encore les derniers mots que Miron prononce dans le film, des mots qu’il emprunte à Jean Bouthillette dans Le Canadien français et son double : « Ce que doit vaincre le peuple canadien-français, c’est sa grande fatigue, cette sournoise tentation de la mort. »

 

Et je pense à cet article puissant d’Hubert Aquin : La fatigue culturelle du Canada français.

 

Et je me dis que Miron, le plus grand poète de notre pays, est mort un an après la défaite de l’indépendance nationale de 1995. Je me dis aussi que Perrault, le plus grand cinéaste documentariste de notre pays, est mort trois ans plus tard ; Perrault qui disait : « je me suis voulu d’un pays qu’on ne voulait pas ».

6 commentaires
  • alain petel - Inscrit 25 mars 2014 05 h 47

    Gaston, Hubert, Pierre et les autres

    Excellent film d'images rapaillées d'une certaine histoire du Québec qu'on n'enseigne pas, enfin pas beaucoup. Vous citez Perrault, Aquin avec raison. On aurait pu parler de Bourgault et de Falardeau aussi. Des hommes forts en images et en verbes qui ont marqué l'histoire du Québec au sortir de la grande noirceur. C'est ce qui est intéressant avec le film de Simon Beaulieu, et il l'a mentionné à quelques reprises, il ne s'agit pas d'un film sur Miron, mais avec Miron. Film d'époque. Pari réussi.

  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 25 mars 2014 09 h 19

    Où?

    Où donc passe ce film? Merci!

  • Louise Ringuet - Abonnée 25 mars 2014 11 h 52

    Réponse à Claude Saint-Jarre


    Le film est présenté au cinéma Ex-Centris.

    • Claude Saint-Jarre - Inscrit 25 mars 2014 13 h 24

      Merci!

  • Luc Deneault - Inscrit 25 mars 2014 16 h 11

    quasi une oraison funèbre

    Je partage le propos de cette lettre, ce n'est pas un documentaire classique, plutôt un essai, un profond buzz poétique ou la musique pénétrante sonne l'oraison funèbre des rêves de Miron (penser à la déprimante campagne électorale qui sévit ces jours-ci). Miron qui faisait du slam avant son temps.

    À voir et revoir!

  • Patrick Desrosiers - Inscrit 25 mars 2014 22 h 16

    Ah ! Monsieur Warren !

    Je me souviens de vos cours sur le cinéma américan à la télé dans le temps ;-)
    Cours que j'écoutais toujours religieusement.
    Salutations !