Lettre - Morgentaler : au-delà de l’avortement

La mort d’Henry Morgentaler a suscité bien des commentaires, mais aucun de ceux que j’ai lus n’a traité de l’essence sous-jacente de son oeuvre. Oubliez l’avortement : le véritable héritage d’Henry Morgentaler, c’est d’avoir démontré que la fatalité peut être déjouée et renversée. Qu’avec des convictions et de la patience, il est possible de modifier le fameux « système ». Qu’avec la foi en l’exercice du libre arbitre, le déterminisme n’est pas inéluctable. Que le pouvoir des puissants, des biens pensants et de l’ordre établi n’est pas inexorable. Que les lois doivent servir les humains, et non les humains servir les lois, surtout quand celles-ci ne correspondent plus à l’évolution des moeurs et à réalité du quotidien.


Henry Morgentaler est de la trempe des Rosa Parks, cette couturière américaine qui, en 1955, a refusé de céder sa place à un passager blanc dans un autobus. Arrêtée par la police, elle a mené une bataille juridique et populaire (avec l’aide de Martin Luther King), qui a mené la Cour suprême des États-Unis à déclarer anticonstitutionnelles les lois ségrégationnistes dans les bus. Il est de la trempe des Nelson Mandela qui, malgré un passage momentané et déchirant à la violence qu’il exécrait (il était de l’école des Gandhi), s’est battu et a fait de la prison pendant 27 ans pour finalement renverser les lois ségrégationnistes de l’Afrique du Sud.


Durant les années 70, certains de mes contemporains tripaient sur les Beatles, d’autres vouaient un culte au Che, d’autres encore se sont identifiés au FLQ. Pour l’adolescent boutonneux que j’ai été à cette époque, mon parangon de la contestation ingénieuse, efficace et courageuse, c’était lui. […] Selon moi, Henry Morgentaler représente l’icône du révolutionnaire québécois qui a réussi.



Jean-Pierre Charest - Le 3 juin 2013

  • Michel Lebel - Abonné 5 juin 2013 07 h 04

    Le questionnement est toujours là.

    Chacun ses icônes! Je suis incapable de voir Morgentaler comme un modèle. Je comprends aisément qu'il ait soulagé et aidé bien des femmes, mais qu'a-t-il fait pour les droits des foetus? Le questionnement moral sur l'avortement demeure toujours ouvert. Toujours aussi dramatique!

    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 juin 2013 10 h 18

      Il y avait sans doute autant d'avortements avant qu'après le changement de la loi. La principale différence, c'est 45 000 femmes à l'hôpital de moins par année au Canada, dont plusieurs mouraient ou devenaient irrémédiablement stériles (sans compter celles qui mouraient chez elles). La légalisation a sans doute donc permis à plus d'enfants de naître que son interdiction.

      Notons qu'avec 17 pour 1000, le taux d'avortements au Québec est comparable ou inférieur à celui d'autres juridictions.

      Vous êtes-vous demandé ce que Rosa Parks a fait pour aider les hommes blancs en chômage? Ce que Nelson Mandela a fait pour la cause des Tibétains? Ce que les anti-avortements font concrètement pour aider le sort des enfants malaimés? Combien d'entre eux sont famille d'accueil pour enfants multipoqués?

    • Roxane Bertrand - Abonnée 5 juin 2013 16 h 15

      La perception que l'enfant est sacré est un jugement personnel.

      Ce qui est questionnable au niveau moral, c'est de l'imposer de force à une autre personne. De plus, cette autre personne peut avoir eu un cheminement différent.

      Personellement, l'avortement n'a rien de constructif. Mais de forcer les autres a "offrir leur corps" comme lieu d'accueil alors que cela les " ronge" pour une raison ou une autre; ÇA, c'est destructif.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 5 juin 2013 08 h 56

    Bel hommage fort mérité!

    Il y a ceux qui s'acharnent à mettre des barrières partout. Heureusement, il y a aussi ceux qui s'acharnent à abattre les barrières.

    • Solange Bolduc - Abonnée 5 juin 2013 09 h 51

      Je suis de celles-là !

  • Solange Bolduc - Abonnée 5 juin 2013 09 h 50

    Le droit de l'enfant : se développer sainement et vivre dans la dignité !vivre dans la dig

    M. Lebel, lorsqu'on est femme et qu'on porte un enfant indésiré, on ne pense pas au foetus, mais au droit de l'enfant à naître et vivre dans des conditions saines, en toute dignité !

    La grossesse indésirée risque de perturber à vie la mère et l'enfant, surtout s'il s'agit d'un accident de parcours, et que le père de l'enfant est tout aussi "indésirable" !

    La morale de cette histoire, c'est qu'il faut protéger l'enfant et la mère.

    Votre "grande droiture" vous empêche de comprendre ce que ressent une femme enceinte, ce qu'elle désire de plus profond pour son enfant : le bonheur qui ne s'improvise pas, mais se construit sur des bases solides: matérielle et psychologique!

    Autrement c'est la mort appréhendée !

  • France Marcotte - Abonnée 5 juin 2013 12 h 11

    L’essence sous-jacente de son oeuvre

    C'est ce dont M.Charest tient à nous parler.

    «...le véritable héritage d’Henry Morgentaler, c’est d’avoir démontré que la fatalité peut être déjouée et renversée. Qu’avec des convictions et de la patience, il est possible de modifier le fameux « système ». Qu’avec la foi en l’exercice du libre arbitre, le déterminisme n’est pas inéluctable. Que le pouvoir des puissants, des biens pensants et de l’ordre établi n’est pas inexorable.»

    S'il avait oeuvrer ailleurs, dans un pays qui croit qu'il peut engendrer de fortes personnalités, des personnes grandes, on aurait sans doute reconnu bien avant sa mort cette dimension d'exception.

    Ici, on attend des grands comme des sauveurs, sans vraiment y croire. Mais quand il en passe, on les voit de dos, quand ils sont passés.

    Heureusement, les enseignements de cet homme n'ont pas d'âge.