Lettre - Une « grève sociale » avec la CLASSE ?

Dans son manifeste publié récemment, la CLASSE lance un vibrant appel à la « grève sociale », sans nous dire avec plus de précision de quoi il s’agit. Est-ce une grève générale ? Une autre sorte de grève ?


La CLASSE proclame qu’elle veut « rejoindre demain l’ensemble de la population québécoise dans la rue ». Rien de moins ! Elle affirme même, en toute modestie : « Nous sommes le peuple. »


L’appel à la grève générale est un mantra de plusieurs groupes anarchistes et communistes dans le monde. Il serait intéressant de connaître les groupes politiques radicaux qui font du noyautage au sein de la CLASSE, à commencer par les anarchistes qui semblent y exercer une grande influence. C’est le cas notamment de l’Union communiste libertaire, un groupuscule anarchiste qui agit dans la quasi-clandestinité. On est loin de la transparence que certains leaders étudiants appellent de tous leurs voeux, alors même que la CLASSE tient tous ses congrès à huis clos.


En lisant le manifeste de la CLASSE, on est frappé par l’emploi de concepts et de mots qui évoquent la vieille utopie anarchiste et ses illusions. Chez certains jeunes, l’anarchisme semble avoir pris la relève du bon vieux « marxisme-léninisme », populaire ici à la fin des années 70 et au début des années 80. Et comme les « m-l » qui votèrent NON lors du référendum sur la souveraineté en 1980, les « anars » sont des adversaires du nationalisme et, singulièrement, du projet d’indépendance de notre nation, le Québec.


Je souhaite que les médias nous informent plus à fond sur les tenants et les aboutissants de la CLASSE, un groupe radical qui cherche à nous replonger dans des grèves étudiantes et d’autres perturbations sociales en pleine campagne électorale, quitte à faire réélire un gouvernement honni par une bonne majorité de Québécois.

34 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 18 juillet 2012 04 h 09

    Louis Fournier : un « ennemi du peuple » ?

    Monsieur Louis Fournier,

    Il est à craindre que votre intervention ne fasse de vous un «ennemi du peuple» …, cloué au pilori comme ces «contre-révolutionnaires» qui osaient remettre en question les fantasmagories maoïstes d’une petite-bourgeoisie qui se prenait pour la classe ouvrière, cette dernière étant d’ailleurs actuellement déclassée dans la mythologie révolutionnariste contemporaine, au profit de catégories postmodernes comme celle des LGBT (voir le manifeste de la CLASSE, qui y ajoute les «straights» …).

    Je partage avec vous cette interrogation sur la nature et la pertinence du mot d’ordre de «grève sociale». Le flou artistique entretenu à ce sujet a cependant des vertus pédagogiques, car il permet à la fois de recueillir l’assentiment de syndicalistes pour qui il s’agirait d’une journée nationale de grève, et d’autre part de conforter les fantasmes de “révolutionnaires” autoproclamés qui y verraient une mythique grève insurrectionnelle.

    Quant à la mouvance “anarchiste”, se nourrissant en partie de l’individualisme postmoderne, se propageant de la vague punk aux virtualités des “réseaux sociaux”, elle n’a aucunement la précision des contours organisationnels qui furent ceux des groupes “ml”, mais elle en a gardé en partie les fâcheux travers. Dans un constat sans doute sévère de trahison de l’idéal libertaire, on aura tendance à qualifier plusieurs courants d’anarcho-staliniens, ce qui est assez évident dans le cas du groupe Hors d’Oeuvre, voire d’anarcho-fascistes dans le cas de Troisième Voie et des “invisiblistes”.

    Il faudrait être plus nuancé en ce qui concerne d’autres composantes de cette mouvance, comme celle des anarcho-syndicalistes de l’UCL, mais dans la grande majorité des cas, le dogmatisme est désolant : le souffle libertaire de la nation québécoise est ignoré ou combattu par une version de l’“anarchisme” qui origine de milieux anglo-fédéralistes montréalais.

    Yves Claudé

    • Jacques Patenaude - Abonné 18 juillet 2012 10 h 30

      À lire leur manifeste moi aussi je suis convaincu qu'ils sont manipulé par des groupuscules radicaux qu'il serait utile de mieux connaitre. Ce serait un bon sujet d'enquête pour le Devoir.

  • Michel Lebel - Abonné 18 juillet 2012 06 h 21

    Autocritique requise!

    Les journalistes ont-ils bien fait leur travail d'enquête au sujet de la CLASSE et de ses porte-parole? J'ai de très sérieux doutes. Un peu d'autocritique, gens des médias! Ou peut-être vous aviez un biais favorable aux étudiants? Et votre professionnalisme? Cette qualité n'est pas seulement requise des ingénieurs, des avovats, des entrepreneurs en construction, etc.


    Michel Lebel

  • Chantale Desjardins - Abonnée 18 juillet 2012 07 h 04

    Des intentions, des mots...

    Au temps de Duplessis, on accusait les communistes pour tous les maux en particulier la chûte du pont de Trois-Rivières. On voit dans le manifeste des intentions malveillantes basées sur des courants de pensée. On cherche les anarchistes, les marxistes-lénisme, les méchants syndicalistes. C'est dangeureux les nouveaux courants de pensée qui risquent d'engendrer une révolution. M. Fournier nous lance des mises en garde basées sur qu'elle fondement. Je ne suis pas inquiet des associations étudiantes qui font preuve de sérieux et nous projette vers l'avenir. Nous vivons une période intéressante et il faut discuter au lieu de faire peur au peuple. Quand le manifeste parle du peuple, il faut lire le paragraphe précédent et comprendre que les étudiants font partie du peuple et non qu'ils sont le peuple.
    Il ne faut pas voir des méchants partout et partir en guerre sur des mots mais chercher à comprendre le Québec d'aujourd'hui avec nos élites politiques qui cherchent à berner le peuple et a se faire réélire par l'argent, par la flatterie et par les belles paroles creuses qui endorment le monde. Nous sommes rendus plus loin que nos politiciens libéraux qui vivent sur une autre planète dirigés par un homme qui a fait son temps.

    • Michel Richard - Inscrit 18 juillet 2012 08 h 23

      M St-Jacques
      Vous pensez vraiment que c'est faire preuve de sérieux, appeler à une "grève sociale" quand personne ne semble savoir à quoi ça rime ?
      Vous croyez que c'est sérieux qu'un petit groupe de jeunes (ils disent représenter 150 000 étudiants, mais le nombre qui a approuvé le manifeste est beaucoup, beaucoup plus petit) dise à: "nous sommes le peuple".
      Vous croyez que ça fait sérieux quand un des porte-paroles dit, essentiellement, qu'ils enfreindront la loi électorale, mais que ce ne seront que de petites infractions ?
      Vous mettez pas la barre très haute !

    • Daniel Pierre-Roy - Inscrit 18 juillet 2012 10 h 09

      Je trouve amusant de dire que la CLASSE réflète un nouveau mouvement de pensée.

  • Claude Poulin - Abonné 18 juillet 2012 08 h 13

    L'ignorance de l'histoire

    L'ignorance et plus spécifiquement l'ignorance de l'histoire est sans doute le principal facteur de cette dérive politique si bien illustrée par Louis Founier (on se rappellera son excellent ouvrage sur le FLQ). La manipulaiton des esprits est déjà à l'oeuvre et assez manifeste comme en témoignent certains textes publiés ici et qui ne mangueront pas d'influencer les jeunes idéologues de la CLASSE. Dommage! Claude Poulin Québec

  • France Marcotte - Abonnée 18 juillet 2012 08 h 49

    Par le chas de la réalité

    C'est le propre des gens jeunes d'être idéalistes, absolutistes; qui ne l'a pas été et puis ce n'est que jusqu'à un certain âge qu'on peut l'être.
    Après, on devient de plus en plus immobile et sans âge fou et tendre, il n'y aurait de changements dans aucune société.

    La CLASSE veut rencontrer les gens (par le passé, une telle chose a-t-elle été faite par des groupuscules?).

    C'est par le regard et le toucher que leurs idéaux passeront le test de la réalité.
    Croire que les Québécois rencontrant les jeunes ne peuvent réussir ce passage obligé, c'est ne faire confiance au jugement de ni des uns ni des autres.

    • France Marcotte - Abonnée 18 juillet 2012 11 h 35

      Plutôt que le toucher, on pourrait dire plus justement le senti et y ajouter la raison, celle que les intermédiaires brouillent inlassablement.

    • Solange Bolduc - Abonnée 18 juillet 2012 13 h 31

      Vous avez absolument raison, Mme Marcotte! Il est étonnant de cosntater à quel point ces jeunes font peur ! On doit les trouver très brillants pour en avoir peur à ce point! Et pendant ce temps, on tente par tous les moyens de les empêcher de s'exprimer !

      On joue avec la démocratie !

    • Denis Raymond - Inscrit 18 juillet 2012 23 h 28

      Très bien dit. Ça me rappelle le film de Bernardo Bertolucci ''Innocents''(The Dreamers). Une jeunesse qui teste ses limites pour se trouver, dans un décor de Mai 68. Nous on se fait sûrement vieux, insécure dans le présent, angoisse de l'avenir.

    • Julien Villeneuve - Abonné 19 juillet 2012 16 h 30

      Mme. Marcotte-

      Il y a longtemps que je souhaite vous dire à quel point vos commentaires sur ce site manifestent une sagesse et une lucidité qui vous font honneur et dont le Québec a grandement besoin. N'ayant aucun autre canal pour le faire, j'espère qu'ici fera l'affaire.

      Respectueusement,

      Julien Villeneuve