Lettres - L'intimidation généralisée

Le timide souffre d'un manque d'assurance dans ses rapports avec les autres. Le timide est souvent gauche, embarrassé, indécis, incapable de s'imposer.

Le timide est souvent victime de manoeuvres, de gestes, de paroles, de pressions, de menaces visant à l'enfermer davantage dans sa coquille. Il n'ose plus; il se referme sur lui-même; il se forge une carapace jusqu'au jour où, démuni, désarmé, brisé psychologiquement, il décide de sortir de sa cage et de chercher dans la mort la solution à son problème.

À l'école, certains jeunes prennent souvent un plaisir diabolique à écraser, à détruire, à humilier celui qui est déjà à terre. Ils le piétinent, l'affublent de tous les mots, le provoquent, l'intimident, surtout lors des moments de récréation. Ils utilisent un langage vulgaire, destructeur, démoralisateur, et leur mépris, leur sourire narquois, leurs gestes répétitifs ne font que masquer leur immaturité, leur soif de dominer, d'écraser, de détruire, de faire c... le plus faible, le plus incapable de se défendre.

Alors, le timide se glisse entre les groupes, s'isole, arrive à s'esquiver jusqu'au moment où, fatigué, déboussolé, il se fait à nouveau harceler par un autre groupe qui reproduit le même scénario. Il se décourage et ne sait plus trop quelle direction prendre.

Le timide est souvent marqué par un tic, une allure hors du commun, des antécédents sociaux et familiaux. Il ne s'intègre pas: tout le monde cherche à le désintégrer.

Que faut-il faire? L'éducateur et les parents doivent dépister rapidement l'enfant timide. Les jeunes qui le côtoient doivent savoir que le plus faible dans un groupe n'a que faire de la moquerie, de l'intimidation, de la domination effrénée de la gang. L'éducateur et l'enseignant ont comme mission d'être le berger de l'être affaibli, désarçonné, incapable de se défendre lui-même. Ils ne doivent jamais abdiquer devant leur mission, celle qui doit amener le jeune à s'épanouir et à se forger une personnalité équilibrée.

En regardant les nouvelles le soir, à la télé, j'ai l'impression que l'intimidation se pratique à un très haut niveau. Pas étonnant que, dans la cour d'école, certains jeunes transposent avec éclat ce qu'ils aperçoivent dans le monde adulte. Dois-je vous dire que ce type de société me désole, me fait honte et me porte à m'interroger sur notre degré de civilité?

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Nestor Turcotte - Matane, le 30 novembre 2011
3 commentaires
  • Claude Laferriere - Inscrit 2 décembre 2011 02 h 45

    Bravo Nestor

    ...aussi les personnes handicapées vivent cet isolement tous les jours. Le Québec manque cruellement de "Role Model" pour nos jeunes, des figures héroiques associées au bien, à la courtoisie et au respect de la loi.

    Merci Nestor.

  • plan sud - Inscrit 2 décembre 2011 08 h 56

    La poule et l'oeuf

    Bien apprécié votre commentaire Nestor. Mais ce qui me chagrine le plus demeure le fait que toute intervention venant de l'extérieur du groupe ne fait que confirmer une non-appartenance. De ce fait le rejet devient encore plus rejet, et le groupe encore plus confirmé dans son identité.
    Tout groupe a ses règles d'exclusions, qui a la base lui permet de se maintenir. Lui donne une autorité.
    Ré-insérer un rejet...je pense que c'est impossible, mieux vaut lui donner des outils, des repères qui lui permettrons d'avoir une autre opinion de lui-même, de sa valeur, de ses possibilités. Combien de leaders d'aujourd'hui ont eu à traverser cette épreuve.
    Pour les suiveux, c'est toujours plus facile, mais ils ne vont jamais très loin, occupés qu'ils sont à se renifler la queue...entre eux.

  • Yvon Bureau - Abonné 2 décembre 2011 20 h 01

    Se libérer

    Aider l'intimidé à se libérer de programmations insconcientes enrigistrées dans son enfance.

    Faire de même avec l'intimidateur.

    Merci pour ce bel article. Encore fort bien écrit, M Turcotte.

    Dans ma pratique de 10 années comme psychothérapeute, j'ai eu le bonheur de recevoir en thérapie quelques jeunes personnes. Comme l'un m'a dit : Merci de m'avoir aidé à nettoyer mon ordinateur intérieur, bogué».