Lettres - Gaz de schiste: une dissonance cognitive!

La représentation dominante du Québécois dans la Canadian Family est celle de «l'enfant gâté», qui chiale tout le temps, se dit propre, mais profite de l'argent du pétrole sale, consomme sans retenue sans polluer sa cour, se paie des services à crédit, etc. Le premier ministre déchu du Nouveau-Brunswick a payé le gros prix pour avoir fait fi de cette représentation méprisante qu'ont ses commettants envers les Québécois.

Les Québécois nécessitent certes un examen de conscience collectif, mais le débat sur l'exploitation des gaz de schiste est symptomatique d'un problème de fond.

Le défi de Lucien Bouchard est colossal, les meilleures décisions ne pourront se prendre que dans un contexte plus détendu. Paradoxalement, c'est son partenaire de l'époque de la crise du verglas qui a nourri la «paranoïa» collective envers ce qui est perçu comme une industrie polluante promue par un gouvernement sans crédibilité. Qu'on le veuille ou non, le jupon dépasse lorsqu'on s'adresse à quelqu'un. Si M. Bouchard aborde le Québécois suivant sa vision paternaliste «lucide», il interpellera l'«enfant gâté» collectif qui n'en veut pas dans sa cour.

Le vrai défi pour Lucien Bouchard est de résoudre, ce qui est, en terme marketing, une dissonance cognitive liée à l'identité québécoise: hydroélectricité, énergie propre, ressource collective et gaz de schiste, exploitation privée, énergie polluante.

Selon le Lexique marketing, la dissonance cognitive se dit d'«un sentiment d'inconfort dû à la perception d'une contradiction entre éléments cognitifs (connaissance, émotion, croyance ou attitude). Cette perception peut conduire les individus à réduire cette dissonance soit par élimination d'un élément dissonant (rejet ou refus d'accepter), soit par modification de ses croyances ou attitudes.» Bonne chance, Monsieur Bouchard!

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Jean Duchesneau - Joliette, le 27 janvier 2011
  • De St-Éloi - Inscrit 31 janvier 2011 06 h 06

    Quand le débat glisse vers une pseudo psychologie collective

    En fait, l'attitude des québécois n'a rien de québécois, on retrouve la même attitude en France où une industrie entrée en catimini dans le paysage par un gouvernement complaisant est critiquée. Les citoyens français, dont l'énergie rappelons-le est nucléaire, s'élèvent, comme aux USA, contre les méthodes de cette industrie. La ministre de l'écologie veut interdire les méthodes d'exploitation américaines, c'est à dire la fracturation hydraulique. Face à l'envahissement de cette industrie sur leur territoire les citoyens se renseignent et découvrent les multiples problèmes causés par cette industrialisation du territoire. Il n'y a donc aucune dissonance cognitive. L'auteur utilisle les procédés de droite bien connus et répétés à satiété au Québec , soit celui du québécois paresseux, du québécois complexé, du québécois incapbale de parler bien le francais de ce québécois qui a toujours un problème face aux autres etc ( et dont la fierté ne peut s'exercer sur ces acquis de développement écologique), afin de faire basculer le débat non pas du côté d'un débat raisonné sur les enjeux réels de cette industrie,comme tous les groupes écologistes et de citoyens le réclament, mais sur un débat sur la psychologie collective des québécois. Méthode que je qualifierais de Bombardienne.
    Une autre façon de mettre dans les coins les opposants est de les qualifier de radicaux. La ministre de l'écologie de France serait une radicale. Tous ceux qui pensent que les méthodes de l'industrie sont potentiellement dangereuses sont des radicaux. Tous ces procédés rhéhoriques sont et seront largement employés à mesure que débat deviendra plus ardu. Les médias y adhéreront comme à leur habitude, établissant des catégories de modérés ou de radicaux. Et pourtant ce que demandent ceux qui veulent un moratoire découle entre autre chose de l'application d'une loi votée au Québec, celle du développement durable.

  • jeanduc - Abonné 31 janvier 2011 10 h 59

    Perceptions!

    St-Éloi, vous confondez opinion et perception. L'acceptabilité sociale est fondée sur des perceptions provenant de faits concrets et de discours de leaders d'opinion . Lucien Bouchard avec son discours "lucide" laisse entendre que si les québécois veulent continuer à se payer des services à crédit, ils devront profiter de la "manne" qui passe. Il y a quelques temps, Lucien Bouchard, en entrevue, se disait encore souverainiste car, affirmait-il " avec l'indépendance, les québécois (enfants gâtés) deviendraient plus responsables". Il s'agit là d'un discours culpabilisant qui selon moi ne fonctionnera pas. Toutefois, le vrai défi pour Lucien Bouchard et ses nouveaux patrons c'est de démontrer que le gaz de schiste peut être exploité proprement et que cette richesse, même exploitée par le privé, offrira des retombées économiques intéressantes pour le bien collectif. À l'instar de l'ex-président d'Hydro Québec, Lucien Bouchard joue sa réputation de leader d'opinion dans ce dossier!

  • Marc-Aurèle Lachance - Inscrit 31 janvier 2011 17 h 39

    De St-Eloi: Entièrement d'accord

    Bien frappé de sa culture de conservateur, comme tout conservateur d'injustice socio-écologique d'ailleurs, M. Bouchard tentera certainement de marginaliser ses opposants, en tentant de modifier comment les gens perçoivent la demande de moratoire, de façon à modifier du même coup leurs opinions, le tout au profit de l'industrie.

    Après avoir bafoué la laïcité, il fallait qu'il bafoue le développement durable, plus particulièrement le principe de précaution. Doit-on se surprendre que cela émane d'une cervelle monodimensionnelle?

    Quant à la confusion, M.Duc n'a pas de leçon à donner, car il confond la notion de démonstration, qui est du domaine du savoir, et celle d'opinion, qui est du domaine du sentiment. Illustration de comment la droite et le discours publicitaire du marketing considèrent les gens qui votent comme des crédules de la religion, celle du chef en l'occurrence. Lulu est un faiseur d'opinion, un «leader d'opinion», certes, de la même école que Charest d'ailleurs, mais c'est beaucoup trop lui demander de faire la démonstration que le gaz de schiste puisse être exploité par le privé proprement, cela sans risque pour le bien collectif... En fait, demander à un faiseur d'opinion d'effectuer une telle démonstration est quelque peu farfelu...

    Et sans une telle démonstration, on voit mal comment une perception pourrait changer. À moins bien sûr de confondre perception et opinion...