Lettres - Les contradictions de la démocratie chilienne

Les médias au Chili (et dans le monde) concentrent leurs reportages sur le sort des 33 ouvriers enterrés dans une mine au nord du pays, et plus récemment sur la commémoration du bicentenaire de l'indépendance. Ils informent beaucoup moins sur un événement qui interpelle pourtant l'ensemble de la société chilienne: la grève de la faim entamée depuis deux mois par 34 membres d'une communauté indigène de l'ethnie mapuche, la plus importante du pays. Essentiellement, les grévistes demandent que cesse la discrimination judiciaire dont ils sont l'objet par la justice chilienne: en effet, pour réprimer leurs actions revendicatives, on applique la loi antiterroriste, qui impose des peines bien plus lourdes que celles de la législation civile ordinaire. De plus, certains des accusés sont soumis à une double condamnation, par les tribunaux civils et par les tribunaux militaires.

L'ironie de cette histoire c'est que la loi antiterroriste fut créée par la dictature de Pinochet, qui pratiquait le terrorisme d'État envers ceux qui se battaient contre ce régime. Et par la suite, cette loi a été maintenue et appliquée par les gouvernements élus démocratiquement, présidés par Ricardo Lagos et par Michelle Bachelet, non pas contre les coupables de crimes sous la dictature, mais contre les indigènes qui revendiquent la récupération de terres qu'ils considèrent leur appartenir.

Les élites politiques, autant du gouvernement comme de l'opposition, semblent aujourd'hui un peu plus sensibles à la demande des grévistes. Mais si jamais on parvient à une solution au conflit actuel, il faudra plus tard régler les questions de fond: la demande des terres et d'autonomie administrative pour les indigènes.

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José del Pozo - Professeur d'histoire, UQAM, le 12 septembre 2010
1 commentaire
  • - Inscrit 14 septembre 2010 19 h 38

    Le Chili et les Mapuche

    Le Chili ne respecte pas les traités qu'il a signé dont la convention 169 de l'organisation mondiale du travail qui prévoit la consultation des peuples autochtones avant de prendre leurs terres ou d'y faire des développements. Au contraire, le Chili a ouvert les portes aux minières internationales, en particulier les Canadiennes, sans consultation et au détriment des Mapuche qui voient leurs terres dévastées quand elle n'ont pas tout simplement été expropriées pour accommoder les grand propriétaires terriens.

    Les Mapuche luttent pour leur survie en tant que peuple et pour le respect de leurs droits et on les traite comme des terroristes, comme le dit l'auteur. Il est temps que le Chili fasse l'objet d'un examen par l'ONU et la Commission des droits de l'homme et que cesse cette persécution et ce traitement indigne de ses autochtones par un pays développé et qui se dit démocratique.

    Les média aussi sont en partie responsable de cet état de chose car on ne parle pas de ce drame des Mapuche alors qu'on fait grand état d'une seule personne qui a fait la grève de la faim dans le Cuba des frères Castro... On dirait que pour les médias, il y a deux poids, deux mesures et quand un pays de gauche a des problèmes de droits de l'homme, on le crie sur les toits mais si c'est un pays de droite, comme le Chili, on le tait. Faudrait peut-être que les journalistes fassent leur travail et exposent sur la place publique ces violations des droits des peuples autochtones qu'on retrouve au Chili - ça aiderait peut-être à sauver la vie d'un ou de plusieurs grévistes de la faim mapuche.