Diplomation universitaire québécoise: des analyses comparatives pertinentes

Contrairement à la diplomation universitaire de l’Ontario, celle du Québec au 1er cycle comporte, outre les baccalauréats, beaucoup de certificats.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Contrairement à la diplomation universitaire de l’Ontario, celle du Québec au 1er cycle comporte, outre les baccalauréats, beaucoup de certificats.

Fin janvier, les auteurs du texte ci-dessous ont publié une étude sur la diplomation universitaire dans l’ouvrage «Le Québec économique. Éducation et capital humain». Ils répondent ici à une analyse de cette étude publiée le 7 février dans «Le Devoir».

Nos collègues Pierre Doray et Benoît Laplante soutiennent dans Le Devoir du 7 février dernier : « Comme il n’y a pas de différence entre les deux groupes qui sont comparables (définis comme les Québécois francophones et les Ontariens anglophones nés, ayant étudié et résidant toujours dans leur province respective), il n’y a pas grand-chose à dire sur les avantages et inconvénients comparés des systèmes québécois et ontarien à partir de la proportion des diplômés. »

 

Euh vraiment ? Eh bien non ! Leur étude ne rend pas caduques toutes analyses comparatives sur la diplomation universitaire du Québec et ses caractéristiques, dont la nôtre dont ils ne parlent que fort peu. Des informations intéressantes, voire perturbantes, peuvent toujours en découler.

 

Un petit exemple. Leur étude porterait sur les seules vraies populations qui comptent. Chez les Québécois et les Ontariens « de souche » (expression utilisée par nos collègues) de 25 à 34 ans, la proportion de diplômés universitaires est identique : 21 % selon des données tirées du recensement de 2001. Tout indique que ces données incluent tous les diplômes universitaires : les certificats (diplômes courts de 30 crédits), les baccalauréats, les maîtrises et les doctorats.

 

Comme nous le signalons, contrairement à la diplomation universitaire de l’Ontario, celle du Québec au 1er cycle comporte, outre les baccalauréats, beaucoup de certificats. Tendance qui marque la diplomation universitaire québécoise depuis un bon moment et qui va en s’accentuant. Avec 75 % de la production totale canadienne de certificats, le Québec se démarque. Aujourd’hui, la diplomation totale des universités québécoises francophones est constituée à près de 40 % de certificats (7,2 % pour les anglophones).

 

Bref, en matière de diplômes universitaires, il est plus que vraisemblable que les Québécois francophones et les Ontariens anglophones « de souche » de 25-34 ans ne soient pas vraiment « comparables ». Ces derniers comportent certes plus de diplômés du baccalauréat que leurs équivalents québécois. Pour les diplômés concernés comme pour notre collectivité, il y a là un écart préoccupant.

 

Des données différentes

 

Notre étude utilise des données tout à fait différentes : soit les diplômes décernés par les universités canadiennes de 2001 à 2012. Elle porte sur des populations analogues : diplômés canadiens étudiant dans une province, dont le Québec et l’Ontario. Dans le cas du Québec, nous avons aussi recours à une distribution des diplômés selon la langue maternelle (francophones, anglophones et allophones). Ces données incluent les « de souche » et les « brindilles » — selon l’expression de l’anthropologue Serge Bouchard —, soit les étudiants de langue maternelle française non nés au Québec, mais qui y étudient. Il en va de même d’ailleurs pour les diplômés anglophones et allophones canadiens du Québec. Avec des estimations, notamment dans le cas des diplômes québécois, pour en ajuster le total à la baisse pour tenir compte de diplômés canadiens non résidents de la province.

 

Elle répond à deux questions. D’abord : quelle est la performance comparative de la diplomation universitaire québécoise par rapport à celles de l’Ontario et du Canada ?

 

Puis : quel rôle la diplomation des Québécois de langue maternelle française joue-t-elle dans la surperformance ou la sous-performance du Québec en ce qui a trait à la diplomation universitaire ?

 

Ont servi à répondre à ces questions les données les plus fiables qui existent, soit celles de Statistique Canada sur les effectifs étudiants, sur une période de 11 ans et selon le cycle d’études et le diplôme décerné, des universités canadiennes.

 

Des analyses pertinentes

 

Soulignons à gros traits quelques résultats significatifs émanant de ces données.

 

Elles incitent tout d’abord à bien distinguer la diplomation conférant un certificat de celle décernant un baccalauréat. L’intense concentration dans les universités du Québec, principalement les établissements francophones, des diplômes de certificats engendre des conséquences structurelles quant à la diplomation québécoise au baccalauréat. À ce niveau, l’écart de deux points de pourcentage des taux de diplomation (nouveaux diplômés en proportion du total des individus d’un groupe d’âge pertinent dans la population totale) du Québec et du Canada en 2002 (Canada 28 % vs Québec 26 %) est passé à six points de pourcentage en 2012 (34,4 % vs 28,3 %). Par rapport à l’Ontario, l’écart s’est aussi fortement élargi, passant de 6,5 points de pourcentage en 2002 (32,5 % Ontario vs 26 % Québec) à 13,8 points de pourcentage en 2012 (42,1 % vs 28,3 %). Que l’on dise que cette situation n’est pas alarmante et qu’il n’y a pas grand-chose à dire sur les causes de ces écarts nous semble, du point de vue de chercheurs, fort problématique.

 

Entre autres sujets traités à partir de nos données figure aussi le lien entre les tendances mentionnées et la performance comparative en diplomation des francophones — « de souche » et « brindilles » accumulés — par rapport à celles des anglophones et des allophones du Québec.

 

Au Québec, dans la période 2001-2012, près de 80 % de la population totale est de langue maternelle française. Mais la distribution selon la langue maternelle des diplômés des universités québécoises indique que 73 % des baccalauréats vont à des francophones et 27 % à des anglophones et allophones ; 70 % des maîtrises sont décernées à des francophones et 30 % à des anglophones et allophones ; enfin, 57,7 % des doctorats sont alloués à des francophones et 42,3 % à des anglophones et allophones.

 

Ces quelques résultats tirés de notre étude indiquent combien demeurent toujours pertinentes les analyses comparatives de la diplomation universitaire apportant un éclairage sur celle du Québec. Nous avons la prétention de penser, d’une part, que notre étude soulève des questions qui méritent réflexion. Et d’autre part, que nos collègues, P. Doray et B. Laplante, ne peuvent vraiment soutenir qu’il n’y a plus grand-chose à dire sur un sujet que leurs travaux ont déjà semble-t-il clos.

4 commentaires
  • Gilles Roy - Abonné 14 février 2018 12 h 54

    Y avait pas photo...

    Messieurs Maheu et Lacroix usent de données système assez récentes, et messieurs Doray et Laplante de données auto-rapportées datant de loin. Bref, on ne joue pas dans la même ligue ici, côté rigueur. Or on veut continuer la joute. Étrange, non? Un peu comme si on prenait une revanche au raquetball, même après l’avoir d’abord emporté 21 à 6, puis 21 à 3.

  • Raymond Labelle - Abonné 14 février 2018 15 h 01

    Égos et recherche de la vérité

    Au lieu d'avoir une étude défensive, ces auteurs auraient pu reconnaître certains points valides soulevés par MM. Doray et Laplante ("DL") (ici: http://www.ledevoir.com/opinion/idees/519475/le-di ).

    - DL ont raison de mentionner qu'il faut comparer les gens inscrits résidents dans une province avant de s'inscrire si on veut comparer la diplomation des... résidents d'une province. Pourquoi refuser de dire: oui c'est indiscutablement vrai (même si DL ont pu se tromper sur d'autres points).

    - Les auteurs ont ici raison de mentionner que si l'on inclut dans "diplomation universitaire" les certificats, et qu'il y en a sensiblement plus en proportion au Québec qu'ailleurs, le taux de diplomation prend un autre sens. Les auteurs ont malheureusement ignoré complètement le point soulevé par DL comme quoi, étant donné la différence de système avec l'Ontario, l'équivalent de certains diplômes de Cégep professionnel québécois pourraient en Ontario y être considérés comme des bacs. Non, on cherche les poux pour décrédibiliser en bloc l’autre au lieu de chacun reconnaître ses erreurs et ses bons points et ensemble chercher la vérité. Tenons compte de tout ça, acceptons les critiques valides, n'acceptons pas les autres, tenons compte de toutes et ajustons le tir.

    Les égos ici priment sur la recherche de la vérité.

    Dans une autre intervention, je vais faire des commentaires plus précis sur d'autres aspects.

  • Raymond Labelle - Abonné 14 février 2018 15 h 24

    Statistiques et sciences molles.

    "Mais la distribution selon la langue maternelle des diplômés des universités québécoises indique que 73 % des baccalauréats vont à des francophones et 27 % à des anglophones et allophones ; 70 % des maîtrises sont décernées à des francophones et 30 % à des anglophones et allophones ; enfin, 57,7 % des doctorats sont alloués à des francophones et 42,3 % à des anglophones et allophones."

    - Parmi les gens de toute langue maternelle, il ne faudrait retenir que les personnes qui étaient résidentes d’une province ou d’une autre pour comparer… le taux de diplomation des résidents d’une province ou d’une autre. Par exemple, si la proportion de résidents du Québec est plus faible dans les universités anglaises que dans les universités françaises…

    - Il faudrait distinguer anglophones et allophones. L’amalgame est grossier.

    - Au départ, la langue maternelle est-elle le critère le plus important ? Corrélation n’est pas raison. Oui, la corrélation peut faire se demander s’il y a lien de causalité, mais ne résout pas la question. La corrélation peut aussi être attribuable à une cause tierce aux éléments corrélés ou être aléatoire (peu probable ici j'en conviens). Du côté cause tierce, on pourrait explorer le statut socio-économique. À statut socio-économique plus élevé, peut-être plus de diplomation. Relents historiques, mais pas nécessairement discrimination contemporaine. Mérite examen plus profond. On pourrait peut-être même découvrir que dans certaines couches moins favorisées socio-économiquement, les francophones sont plus diplômés par rapport aux anglophones et allophones ? Je ne sais pas, mais juste pour illustrer du possible...

    Et j’en laisse passer.

    Oui, en effet, il reste beaucoup à dire et à faire pour bien comprendre cette question. Sur ce point précis, on peut être d'accord avec les auteurs.

    • Serge Lamarche - Abonné 14 février 2018 15 h 55

      Bons points!